Culte des saints musulmans  dans l’Afrique du Nord et plus spécialement au Maroc-Edouard Montet

Au point de vue social, les marabouts ont souvent joué un rôle bienfaisant comme protecteurs de l'agriculture, creusant des puits, créant des oasis, développant la culture du sol et la rendant florissante, etc. Nous avons parlé plus haut de leur intluence comme zet’ât’ et comme bechchàr. Il nous suffira d’ajouter pour compléter cet article le patronage qu’ils exercent vivants ou morts soit à l’égard des corporations soit à l’égard des villes. C’est ainsi que Moûlaye Boû-Chtâ, dont nous avons cité la double sépulture, est le patron des musiciens, des chanteurs et des amateurs de sports, dans la région du Fah’ç-. Sîdî Moh’ammed el-H’àdjdj Boû-'Arrâqia est le patron de Tanger, Sîdî Belliot celui de Casablanca, etc.

Voici, enfin, pour achever ce tableau du patronage maraboutique, deux brèves légendes de saints, dans leurs fonctions de patrons protecteurs des cités. Sîdî Yoûsof et-Tlîdî, patron d’Ech-Chaoûn, sortit de son tombeau, lorsque les guerriers de Lékhmâs assiégeaient la ville; saisissant l'échelle, sur laquelle ils montaient à l'assaut, il la jeta au loin, écrasant les grimpeurs et les assaillants restés au pied des murailles’.

Sîdî s-Sa'îdî, patron de Tétouan, anéantit par une formidable explosion les soldats espagnols qui, en 1860, voulurent violer son mausolée.

Dans les pages qui suivent, nous verrons d’autres legends de saints faisant ressortir les divers rôles qui leur sont attribués.

 

Quelques légendes de saints.

Forme que revêt la légende des saints musulmans.

La forme que revêt la légende des saints, dans l’Islàm, est caractéristique. C’est à titre exceptionnel qu’on y rencontre cette piété mystique, cette intimité religieuse, ces allégories pleines d’instruction et d’édification, qui donnent tant de charme à la légende des saints dans le Catholicisme.

Sans doute l’hagiologie musulmane est débordante d’imagination ; cette faculté de l’esprit s’y donne non seulement pleine carrière, mais s’y livre à tous les excès dont elle est capable. C’est là le trait le plus frappant des biographies de marabouts. Mais, il faut bien l’avouer, ce procédé littéraire rappelle de beaucoup plus près la manière de composer et d’écrire des 1001 nuits que la composition et le style qui conviennent à la légende pieuse. Voici, à titre d’exemple typique, un récit hagiographique musulman, correspondant de tous points à la definition que nous venons de donner. Il est tiré de la légende d’un saint célèbre, enseveli au Caire, le walî Leith ben Sa‘d, surnommé Aboû-l-Makàrim, « le père des grâces. »

 

« Un pauvre homme gémissait sous le fardeau d’une dette, dont il lui était impossible de s’acquitter; dans sa détresse, il s’en alla chercher consolation auprès du tombeau du saint. Le double poids du souci et de la meditation pieuse le plongèrent dans un sommeil qui lui ôta le sentiment de son malheur. L’Imàm (le saint) lui apparat alors en songe et lui dit : « Rassure-toi, pauvre homme!

En te réveillant, tu prendras ce que tu trouveras sur mon tombeau. » Le pauvre diable ne tarde pas à s’éveiller; il n’eut pas besoin de chercher longtemps pour apercevoir perché sur le tombeau un oiseau qui possédait la faculté merveilleuse de réciter le Coran selon les sept modes de lecture consacrés et en observant toutes les règles rituelles.

Il emporte l’oiseau merveilleux comme présent de l’homme miraculeux ; l’oiseau se laisse faire. A peine entré dans la ville, il devient l’objet de l’admiration générale, et en même temps affluent pour son possesseur toutes les ressources nécessaires à l’existence. La reputation de l’oiseau s’étant répandue jusqu’au palais, l’homme est invité à faire admirer au prince et à la cour la science de son oiseau. Le prince, émerveillé, comble le pauvre diable de présents et veut lui acheter son oiseau. La somme permet au misérable non seulement d’acquitter la dette qui l’écrasait, mais de se mettre pour le reste de ses jours à l’abri du besoin. Le prince, cependant, enferme son hôte ailé dans une cage dorée et l’entoure des plus grands soins. Mais le «père des grâces» lui apparaît en songe, au moment précisément où iI rêvait de l’oiseau merveilleux, et lui tient ce langage : « O Prince, sache que tu tiens mon esprit enfermé dans une cage dans ton propre palais. » Le prince, qui ne se rendait pas un compte exact de ces paroles, voulut au matin interroger l’oiseau, mais il trouva la cage vide. C’était l'esprit de l'imâm, qui, sous la forme d’un oiseau, avait servi de moyen pour délivrer un malheureux de sa dette. Sa tâche accomplie, il pouvait rentrer en paradis '. » On ne sera pas étonné, après cela, de voir des saints transformés, non seulement en animaux, mais en êtres monstrueux, en objets, en figures géométriques (un carré, par exemple), etc. Nous allons illustrer, par quelques nouveaux exemples typiques de légendes de saints, les observations générales que nous avons présentées dans la première partie de cette étude. Il ne s'agit, il est à peine nécessaire de le dire, que d’un choix d’épisodes, d’un intérêt particulier, que nous faisons dans les biographies légendaires des saints de l’Afrique du Nord.

Culte des saints musulmans  dans l’Afrique du Nord et plus spécialement au Maroc-Edouard Montet

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