Berdugo-Premiere partie

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BERDUGO

Après Tolédano, le nom patronymique le plus répandu dans la ville de Meknès au Maroc au point qu'on disait que si on jetait une pierre au Mellah elle tombait toujours ou sur un Tolédano ou sur un Berdugo ! L'origine ibérique du nom est évidente, mais sa signification l'est beaucoup moins comme en témoignent le grand nombre d’explications avancées et qu'il convient d'étudier en détail, comme peut-être le meilleur cas d'espèce pour illustrer les difficultés et les limites de l'onomastique. La première, se basant sur le sens littéral du mot en espagnol – le bourreau – était généralement admise par le bon peuple, d'autant plus qu'elle collait à la réalité quotidienne, les Berdugo ayant à Meknès, le monopole, la "serara", de l'abattage rituel du gros bétail. Aussi évidente soit-elle, cette explication ne résiste pas à l'examen critique car il est impensable qu'on attribue le titre sinistre de bourreau à celui qui accomplit une si haute mitsva. Quant à supposer que dans

l'Espagne très catholique, des Juifs aient pu remplir la fonction de bourreau, c'est méconnaître l'histoire et la théologie car dans la conception chrétienne le condamné à mort peut toujours se racheter à la dernière minute en embrassant le crucifix et comment alors tin Juif pourrait-il lui ôter son âme – rachetée et sauvée ? … La seconde explication, se basant également sur le sens littéral espagnol y voit une déformation de Verdugo, verdure, bourgeon, scion, rejeton, le b et le v se prononçant presque de la même manière en espagnol, dans le sens votif qu'il grandisse et propsère comme une plante, traduction du patronyme hébraïque Semah (plante). La troisième, plus sophistiquée, est liée à la tradition conservée dans la famille selon laquelle ils descendraient de la Maison de David et portaient donc les insignes de la royauté, à savoir, le sceptre d'or, en hébreu " Charbit Hazahav" (c'est d’ailleurs le titre de l'un des livres du plus célèbre rabbin de la famille, rabbi Raphaël Berdugo) et en portugais " Verge di oro" qui a été avec le temps altéré en Verdugo-Berdugo. Sur cette prétention de descendance royale, il n'y a pas de document indiscutable. Il aurait toutefois existé dans le passé comme le rapporte un émissaire de Terre Sainte, rabbi Moché Pardo, qui affirme avoir vu lors de son passage à Meknès en 1840, l'arbre généalogique de la famille remontant jusqu'à Bostanaï Gaon de la famille de Zéroubabel Ben Shaltiel, descendant du roi David. Cet arbre, établi en Espagne, était contresigné par des rabbins de Castille de la génération de l’expulsion, et parmi eux rabbi Moché Alachkar qui fut Grand Rabbin d'Egypte. La quatrième explication affirme qu'il s'agit de l'ethnique d'une localité de la province espagnole de Ponterverdo qui porte ce nom. La dernière explication semble si naturellement couler de source qu'on se demande pourquoi il a fallu en inventer d'autres: Berdugo est la déformation phonétique à la marocaine de … Portugal. Elle m'a été confirmée par le grand rabbin de Jérusalem, Shalom Messas, Berdugo par sa mère. Il en est en effet établi que c'est du Portugal que la famille est arrivée au Maroc, même si au départ elle était d'origine espagnole. Comme les originaires du Portugal étaient beaucoup moins nombreux à Meknès que les originaires d'Espagne, cette particularité était assez notable pour devenir un surnom puis un patronyme. L'arbre généalogique de la famille remonte jusqu'au fondateur de la famille au Maroc, Moché dit, l'Ancien arrivé au Meknès avec l'expulsion du Portugal en 1497. Deux rabbins de la famille, rabbi Yéhouda Berdugo de Tibériade et Raphaël Berdugo de Meknès, ont établi en 1977 les arbres généalogiques des trois branches principales de la famille qui ont été publiés avec les livres "Sharbit Hazahav” et "Mayim amoukim". Au XXème siècle, nom moyennement, répandu porté exclusivement au Maroc, essentiel­lement à Meknès et par émigration à Rabat, Tanger Larache, Casablanca et en Terre Sainte.

 

 

  1. MOCHE: Surnommé "Hakadmon", l'Ancien, fondateur de la famille au Maroc. Il arriva en 1497 avec les rares Juifs qui réussirent à quitter effectivement le Portugal au moment de l'expulsion. Il s'installa à Meknès, donnant naissance à une dynastie ininterrompue de rabbins et de dirigeants communautaires jusqu’à nos jours.

 

  1. YAHYA: Fils de Aharon. Né et éduqué à Meknès, il fut rabbin à Fès et on le trouve parmi les signataires de Takanot entre 1601 et 1605. En 1609, il fut contraint de quitter Fès pour échapper aux persécutions et trouva refuge à Tétouan où il fut appelé à seconder rabbi Yossef Bibas au tribunal rabbinique. 11 mourut à Tétouan en 1617.

 

  1. MOCHE (1679-1731): Fils de rabbi Abraham. Le premier célébré grand rabbin connu de la famille, plus connu sous ses initiales de "Hamashbir". Rabbin-juge, enseignant et dirigeant communuataire, il fut le disciple de rabbi Yossef Bahtit et de rabbi Habib Tolédano. Il succéda en 1723 et jusqu'à sa mort, à rabbi Moché Tolédano comme président du Tribunal Rabbinique. Il se distingua à ce poste par son extrême érudition et son sens de la justice. Son grand ami, rabbi Haïm Benattar, rapporte qu'il évitait de croiser le regard des personnes traduites devant lui de crainte de les brouiller ou de les intimider. Le rav Hida rapporte dans son livre "Shehm Hagdolim" les éloges de ses contem­porains sur sa droiture et son érudition. Il composa un grand nombre d'ouvrages qui étaient devenus des classiques avant même d'être imprimés, recopiés à la main à chaque génération, dont son chef-d'oeuvre "Roch Mashbir", commentaires talmu­diques en deux tomes, le premier imprimé à Livourne en 1840 et le second à Jérusalem en 1975; "Kanaf rénanim", également en deux tomes, commentaires sur le livre de la Genèse (Tome I: Jéru­salem 1909, tome II Casablanca, 1932 ). Son livre de Responsa "Shéolot outchouvot" a été parmi les premiers imprimés par l'Association Dovev sifté Yéchanim fondée à Meknès en 1939 par son lointain descendant rabbi Shalom Messas. Son fils unique, Yéhouda, mourut de son vivant et il ne laissa que des filles, mais sa fille aîné perpétua le nom de la famille en épousant un proche parent, rabbi Mordekay Berdugo, le fils de rabbi Yossef, l'oncle de son père. De ce mariage naquirent deux rabbins éminents rabbi Yékoutiel et rabbi Raphaël Berdugo.

 

  1. YEHOUDA (1690-1744): Fils de rabbi Yossef. Enseignant de grand talent. Il succéda à son parent et maître, le rav Mashbir au tribunal rabbinique en 1731 et y siégea jusqu'à sa mort avec rabbi Yaacob Tolédano et rabbi Moché Dahan. Malgré sa mort prématurée, il a laissé une oeuvre considérable. Son livre le plus connu, "Mayim Amoukim", qui est comme son nom – les eaux profondes – l'indique, un commentaire très approfondi de la Torah, devait être initialement publié avec le livre de son "ami dans l'âme", rabbi Hayim Benattar "Or Hayim", mais ce dernier avait été contraint de quitter préciptamment le Maroc sans avoir eu le temps de passer par Meknès emporter avec lui le manuscrit. Bien qu'il n'ait été imprimé pour la première fois qu'en 1910, ce livre de commentaires bibliques, connut un succès prodigieux et plusieurs rabbins célèbres lui ont consacré des commentaires comme rabbi Abraham Lasry d'Alger, rabbi Moché Elbaz de Self ou, rabbi Yaacob et rabbi Yossef Berdugo de Meknès. Le livre a été de nouveau imprimé en 1975 par un de ses descendants, rabbi Yéhouda Berdugo de Tibériade, en même temps que le com­mentaire qu’en fit le grand rabbin de Tibériade, rabbi Hay Yaacob Zrihen. Dans sa préface, il n'hésite pas à le comparer à Maimonide en lui décernant le titre de Maimonide du Maroc. Ses deux autres livres "Mahané Yéhouda", recueil de sermons, et commentaire de la Méguila d'Esther et son ouvrage de Responsa n'ont pas encore été publiés.

 

  1. MORDEKHAY (1715-1763): Füs de rabbi Yossef. Surnommé "Harav Hamarbitz" ou encore Mordekahy Hatsadik. Il lut en son temps plus célèbre que son frère aîné que nous venons d'étudier, rabbi Yéhouda. Membre du tribunal rabbinique de 1753 à sa mort. Auteur d'un grand nombre d'ouvrages dont "Parachat Mordekhay", commentaires sur le Pentateuque, publié en 1948. Il avait épousé, comme nous l'avons vu, la fille aînée de son illustre parent, le rav Hama- shbir dont il fût le disciple. A sa mort son compatriote, le grand poète rabbi David Hassine lui consacra une poignante élégie reproduite dans son recueill "Téhila ledavid". Ses deux fils, rabbi Yékotiel et rabbi Raphaël furent des rabbins encore plus célèbres.

 

  1. YEHOSHPHAT. Fils de rabbi Yéhouda. Né à Meknès, il monta à Tibé­riade en 1750. Il fut ensuite grand rabbin et président du tribunal rabbinique de la ville de Dir Elkmakar au Liban.

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