Je me souviens-Dora Coriat-Extraits d’un manuscript

ברית מספר 27

Dora CORIAT

Je me souviens

Extraits d’un manuscrit

Je tiens a remercier Catherine Courson et mon mari Emile Corneau qui ont genereusement dome de leur temps pour taper ce manuscrit.

Je remercie M. Sidney Corcos pour ses encouragements et ses efforts pour diffuser ce manuscrit.

Je remercie Mr Asher Knafo, editeur de 'Brit' d'avoir reserve une place a ces memoires dans ce numero de 'Brit'!

En hommage a ma mere, Dora Coriat

Gladys Corneau

 

PREMIER VOYAGE A LONDRES

Les souvenirs de mon enfance s’estompent de plus en plus. Je realise qu’a force de ne plus en parler avec mes chers Parents qui ne sont plus, ils ne me reviennent plus aussi facilement a 1’ esprit. Je vais essayer d’ecrire au fur et a mesure des possibilites de ma memoire certains faits. Pour moi, peut etre, pour mes filles, qui sait? Cela pourra peut-etre interesser mes petits fils qui m’aiment tant.

A l'age de deux ans, maman et papa m’ont emmenee a Londres. II y a quelques annees encore je revoyais plusieurs scenes de cette "aventure" il n’en reste qu’une ou deux a relater. Un soir au theatre: beaucoup de lumieres, de monde, et ce qui me frappe surtout, le rideau sur la scene avec un immense chien vert aux yeux ronds et noirs. Maman m’a dit bien plus tard la difficulte  qu’elle avait eue a me faire admettre si jeune dans ce theatre. Devant mon minois eveille et ma sagesse, voyant que nous etions des touristes ils permirent cette derogation terrible en Angleterre. A l'epoque j’etais tres brune avec de longs cheveux noirs et des franges coupees au ras de mes sourcils.

Un autre jour, je nous vois dans une rue de Londres , un vieux cousin de Papa nous aborde, neglige dans sa tenue, une barbe poivre et sel, hirsute bref, donnant nettement une impression de salete. Maman voit bien que je ne veux pas saluer, est embarrassee. Je me tourne alors vers elle et lui dis: «Est-ce que ce monsieur s’est lave aujourd’hui?» Vous imaginez la tete de Maman.

Marrakech

A Marrakech plus tard une promenade avec Maman, a dos d’ane, sur ma magnifique selle anglaise, achetee specialement pour moi, je vois une immensite de terrain (je crois l’avoir situe plus tard) Maman et moi hurlant pour entendre l’echo nous retourner nos voix.

Les soirs d’ete nous montions prendre l'air a la terrasse. Les terrasses marocaines se touchent entre elles, et ne sont separees que par des murettes, tres basses, que l’on enjambe tres facilement. Ceci permet aux voisines de se rejoindre et bavarder de temps en temps. Mais ce qui nous enchantait vraiment c’etait le spectacle des cigognes dans leurs nids. Les saluts du male y revenant, les claquements de bec, les  renversaient en arriere pour un profond salut. Ces vols gracieux, ces silhouettes blanches et noires se detachant sur le beau ciel bleu, ces remparts rouges, de cette couleur de terre brulee speciale au sud marocain, ces couchers de soleil flamboyants, sont des spectacles a jamais graves en nous.

Quelques mots sur notre premiere maison a Marrakech: une ancienne demeure, comme toutes celles de la ville, carrees, avec au centre un ciel ouvert protege tant bien que mal de la pluie, par des auvents autour des verandas interieures. Le rez- de-chaussee etait reserve aux bureaux et entrepots de commerce de Papa. Une enorme balance etait accrochee a un angle. Combien de fois Elza et nos amis sommes montes sur ces grands plateaux pour nous balancer! L’odeur des amandes, du the, du sucre montait vers nous. Je la sens encore.

L'etage comprenait 5 pieces, une cuisine, une salle de bain (unique a Marrakech a l'epoque). On accedait a cet etage par un escalier tournant garni de beaux azulejos colores espagnols, on debouchait alors sur les verandas. Leurs balustrades etaient garnies de beaux pots de faience espagnole, plantes de fleurs de toutes sortes, de plantes grimpantes qui egayaient tout l’ensemble. Des canaris dans de belles cages dorees, chantaient a longueur de journee. Je n’oublie pas aussi une belle horloge noire a bords denteles, incrustee de nacre et son cadran emaille garni de belles fleurs de couleurs vives. Cette pendule est espagnole. Je suis allee a San Sebastien et j’en ai vu partout et aussi chez les antiquaires. (Qu’est-elle devenue? Je ne me souviens pas de 1’avoir vue a la villa, peut-etre a la cave avec tous les restes de cette maison?)Le soir j’etais sensee me coucher a 8 heures. Apres diner, Maman, Papa et moi faisions quelques tours de veranda pour nous degourdir apres diner. Chaque fois je suppliais Maman de me laisser 5 minutes de grace, les aiguilles toumaient inexorablement et j’allais me coucher.

Les chambres donnaient toutes sur ces patios. En arrivant a l’etage, tout de suite a droite, se trouvait le salon, seule piece carree de la maison. Meublee d’une fagon assez rococo et parfois naive, d’abord le beau tapis anglais vert avec de-ci dela, ses couronnes de roses d’un ton un peu plus clair, aux fenetres des rideaux de velours d’Utrecht d’un vert sombre assorti au tapis. Un splendide canape anglais et deux fauteuils. La belle « zafania » d’un cote, de l'autre cote une vitrine faite par notre brave ebeniste Habib (sorte d’armoire vitree qui nous a suivi a la villa et ou Elza avec son adresse formidable avait installe une maison de poupees complete meublee par elle et les poupees habillees par elle, sur le cote une petite cage en carton et des ficelles formaient un ascenseur puisqu’a part le rez de chaussee il y avait deux etages). Dans cette vitrine, tout un adorable brie a brae se melangeait avec de fort belles pieces d’argenterie. Une table vitrine en acajou anglais, de ravissants gueridons anglais toujours en acajou, 6 ou 7 fort belles chaises et quelques chaises musicales 2eme Empire noir et or. Beaucoup de tableaux, de photos, des peaux de panthere par terre et un gros ours en peluche blanche sur ses 4 pattes qui faisait L admiration de tous nos visiteurs arabes grands caids et chefs arabes dont je parlerai apres. Puis presque au seuil de la piece un immense plateau blanc, au centre duquel une espece de boule que Ton remplissait d’eau de rose et dans laquelle par le meme orifice se trouvant en dessous on pompait de Pair, on tournait une petite cle et l’eau de rose jaillissait a une hauteur d’un metre du sol.

A gauche du salon, un grand balcon donnant sur notre petite me. En face, deux fenetres desquelles on voyait la Place des Ferblantiers et un vieux cimetiere arabe. Ceci me rappelle les enterrements arabes qu’on y voyait, le corps dans un linceul blanc, parfois recouvert d’un beau tissu de soie, ballottant a droite et a gauche a cause de la marche acceleree des porteurs, et la belle priere des morts musulmans, chantee bien a l’unisson par les porteurs et les suivants « Allah, Allah Mohammed rassou li Allah ». A droite, un salon aux meubles d’osier peints en rose! Plein a craquer d’objets vieillots. J’ai les photos de ces pieces, a leur vue, je suis partagee entre l’envie de rire et de pleurer! Dans ce salon, je m’en souviens encore fort bien, nous avons recu une fois, des voyageurs arrivant de Casa, ils etaient tres fatigues et je me vois encore disant a Juanito Ausaldo (un de nos visiteurs) « Sit down properly ». J’entends encore les exclamations honteuses de Maman, les fous rires de toute l'assistance. Apres 49 ans, certains souvenires reviennent.

Dora CORIAT

Je me souviens

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