Une nouvelle Seville en Afrique du Nord-Debdou-Une miniature de Jérusalem.

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J'avoue que j’affectionne tout particulièrement les origines de ma sainte communauté. Je ne puis oublier mon village, ses petites ruelles où je me suis nourri d’un Judaïsme authentique et intègre, naturel et spontané.

Du reste, on remarque que Debdou avait beaucoup de points com­muns avec la Jérusalem d’antan, la ville du Temple. Pour n’en citer que quelques uns :

  • comme à Jérusalem, les Cohanim et le reste de la population vivaient à Debdou côte à côte : «une royauté de Cohanim, et un peu­ple saint», Cohanim d’une part et Israélites de l’autre;

־ comme à Jérusalem, la communauté de Debdou regroupait la postérité de trois tribus :

Lévi (les Cohanim), Yéhouda (familles Marciano, Benaim, Benhamou, Benguigui et autres), et Binyamin (rappelons que la famille prestigieuse des Bensoussan fait remonter son lignage à Binyamin);

  • au cœur de Jérusalem se trouvait le Temple, au cœur de Debdou le petit Temple ancestral – la synagogue de Dougham ־ que les fidèles vénéraient énormément;
  • dans le Temple se trouvait l’Arche d’Alliance de D-ieu et dans la synagogue de Dougham se trouvait un Séfer-Torah redoutable, sacré et antique;
  • Jérusalem est une ville entourée de montagnes; Debdou l’est aussi.
  •  

Les Juifs de Debdou

Ce texte est extrait de «Etude sur l’histoire des Juifs et du Judaïsme au Maroc», publié en 1906 par Nafioum Slouschzy écrivain, historien, archéologue, traducteur et ardent sioniste; né en Russie, puis étudiant et professeur à (Paris. (De 1906 à 1914 if a exploré l'Afrique du Nord a titre d'archéologue. Il en est résulté notamment plusieurs ouvrages sur fes Juifs de fa région, dont celui mentionné plus haut. A toutes fins pratiques, cet extrait est réactualisé.

La region de Debdou et ses habitants

Le massif montagneux de Debdou est comme un contrefort avancé du Moyen-Atlas dont il est séparé par la vallée de la Moulouya. La vallée de Debdou entourée de montagnes constitue une région dis­tincte, presque fermée, située au Sud-ouest de Taourirt, en dehors de la grande route qui, par la trouée de Taza, mène de l’Algérie à Fès. Les caravanes arrivent à Debdou de trois côtés. Du nord, elles viennent de Melilla en passant par le Rif et la basse Moulouya pour arriver, en trois étapes, à Debdou. Une autre voie très fréquentée se dirige vers le sud par la plaine de la Moulouya passant par Kasbat el-Makhzen et Outat pour aboutir à Bou Hanan et au Tafilalet. Cette dernière est l’ancienne route courue des caravanes du désert qui prennent le chemin du littoral méditerranéen.

Par l’Est, la route qui est de beaucoup la plus fréquentée sert, depuis l’Occupation française, aux convois militaires et elle permet de se ren­dre à Debdou avec une sécurité relative. Cette route va d’Oujda à Taourirt, à travers un Tell dominé par les massifs montagneux qui por­tent les noms des tribus berbères des Béni Snassen et des Zekkara. On traverse alors la grande vallée de Tafrata pour atteindre vers le Sud- ouest, après 52 kilomètres d’un pays coupé d’oueds, le Foum Debdou (la Bouche de Debdou), d’où se déroule, pour le voyageur, le tableau magnifique qui comprend l’ensemble de la Gada. La vallée qui se trouve à 900 mètres d’altitude est dominée par la crête, ou la Gada proprement dite, qui atteint 1.650 mètres. C’est un paysage qui rappelle le centre de la France, verdoyant et pittoresque, abritant une population paisible.

Laissons la parole au premier voyageur européen qui put visiter la place de Debdou(־) :

«Debdou apparaît : une petite ville dominée par son minaret étale à mes pieds ses maisons roses au fond d’une vaste vallée; alentour s'étendent des prairies et des jardins; au-dessus s'élèvent de hautes parois de roc, aux crêtes boisées que couronne la Gada. Je descends vers ce lieu en riant. Un chemin pierreux, raide et pénible y conduit.

Debdou est situé dans une position délicieuse, au pied du flanc droit de la vallée qui s'élève en muraille perpendiculaire à 80 mètres au-dessus du fond; il forme une haute paroi de roche jaune, aux tons dorés, que de longues lianes rayent de leur feuil­lage sombre. Au sommet se trouve un plateau avec une vieille forteresse, dressant avec majesté, au bord du précipice, scs tours croulantes et son haut minaret. Au delà du plateau, une succession de murailles à pic et de talus escarpés s’élève jusqu'au faîte du flanc. Là, à 500 mètres au-dessus de Debdou, se dessine une longue crête couron­née d’arbres, la Gada. Des ruisseaux se précipitent du sommet de la montagne, bondissent en hautes cascades le long de ces parois abruptes et en revêtent la surface de leurs mailles d’argent. Rien ne peut exprimer la fraîcheur de ce tableau. Debdou est entouré de jardins superbes : vignes, oliviers, figuiers, grenadiers, pêchers y for­ment auprès de la ville de profonds bosquets et au delà s'étendent en ligne sombre sur les bords de l'Oued. Le reste de la vallée est couvert de prairies, de champs d'orge et de blé se prolongeant sur les premières pentes des flancs.»

  1. Nehil, après M. de Foucauld, nous donne des renseignements sur la répartition de la population vers la fin de 1910. L’Occupation française, au printemps 1911, n’ayant rencontré aucune résistance effective, n’a d’ailleurs pas modifié sensiblement la situation ethnique des tribus qui peuplent la Gada et dont voici un exposé som­maire :
  2. Nehil a classé en quatre groupes principaux la population musulmane de la Gada :
  • les Ahl Debdou ou les habitants de la place Debdou proprement dite;
  • le groupe maraboutique des Chorfa Koubbanyyin et des Flouch, marabouts eux aussi, formant deux petites collectivités séparées du reste de la population;
  • le groupe des Alouana, Granza, Sellaouit, qui, au point de vue de l’impôt, forment un groupe distinct;
  • le groupe des Béni Fâchât, des Béni Ouchguel qui sont semi- nomades.

Quelques familles du Ouanan, originaires des Ahlaf arabes errent dans la vallée.

Les Ahl Debdou ou habitants de la place de Debdou sont groupés comme suit :

  1. — Les habitants du village de Debdou proprement dits.

IL — Les Ahl el-Qaçba.

  • — Les Ahl el-Meçalla.
  1. — Les Oulad el-Qela’i.
  2. — Les Khelifit.

Ces quatre dernières factions sont quelquefois désignées sous l’appellation commune de Meraçan.

  1. — Les Ahl Bou’Ayyach.

VIL — Les Ahl Rekna״).

On a lu plus haut la description faite par M. de Foucauld de la place de Debdou, description à laquelle il n’y a pas grand chose à ajouter. D’après ce voyageur et d’après M. Nehil, Debdou comprend environ 400 maisons construites en pisé et non pourvues de puits. On ne compte, pour les Juifs, dans le Mellah, que 101 cours, ce qui s’explique par le fait que plusieurs habitations donnent sur une seule cour. On compte en outre 60 cours dans les quartiers musulmans. La ville qui s’étend sur une pente au-dessous du plateau de la Kasbah n’a pas de murs d’enceinte. Elle est divisée en cinq quartiers dont quatre musulmans : Kiadid, Oulad Abib, Oulad Youssef, Oulad Amara : le Mellah occupe le centre et constitue la plus grande partie de la ville.

La ville arabe ne possède qu’une seule mosquée située dans le quartier des Oulad Amara près de la rivière. C’est un pittoresque édi­fice de teint rose-gris, entouré de jardins verdoyants.

Debdou compte 2,000 habitants dont 1,400 Juifs.

Les Musulmans de Debdou sont d’origines diverses; fort peu de familles seraient originaires de la ville et on trouve sur celles-ci des ren­seignements assez détaillés dans la notice précitée de M. Nehil.

Les autres groupes musulmans forment de petits dechra (village) de quelques huttes seulement pour la plupart.

L’ensemble de cette population ne dépasserait pas 700 fusils y com­pris les 250 semi-nomades, Berbères pour la plupart, qui errent dans la vallée.

Certains de ces groupes, notamment les Kiadid, rattachent leurs origines aux Mérinides qui, autrefois, dominaient le pays; ce sont les seuls Musulmans qui puissent se réclamer d’un séjour assez ancien dans la Gada. Tous les autres groupes semblent s’y être établis en des temps relativement récents.

La Kasbah de Debdou, vieille forteresse située sur un plateau, com­prend encore 160 habitations en pisé ou 60 fusils et quelques centaines d’individus. Ceux-ci se groupent en deux factions : les Oulad Bouzat et les Oulad Belkaçem (ces derniers seraient venus de Kenadja)<5). Les Ahl el-Kasbah sont les protecteurs des groupes qui habitent le village et qui sont connus sous le nom de Meraçan.

Une nouvelle Seville en Afrique du Nord-DebdouUne miniature de Jérusalem.

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