L'esprit du Mellah-J.Toledano

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L'esprit du Mellah-Humour et folklore des juifs du Maroc

L'esprit du Mellah – Joseph Toledano

Humour et folklore des juifs du Maroc

A la mémoire de Rabbi Yedidia et son fils Abraham qui 

S'ils avaient pu jusqu'à ce jour vivre

Auraient mieux que moi ecrire ce livre

Le sel et le soufre

Premier pas – premier faux pas

Le Mellah est au Maroc ce que le Ghetto est a l'Europe : le nom historiquement donne au quartier juif. Ay dela de cette definition qui fait l'unanimite tranquille des hommes competents, on quitte la terre ferme pour entrer dans le monde de la fantaisie des qu'on cherche a retrouver l'origine et la signification de ce simple mot : le Mellah.

Faute d'ancrage historique, ont fleuri d'etranges hypotheses qui n'ont de commun qu'un gout de sel ( mlah signifiant en arabe sel ) et une odeur de soufre, celle de la mauvaise renommee

La justice, dit le dicton, doit non seulement se faire, mais aussi se voir – et c'est ainsi qu'on le comprenait dans l'Ancien Maroc. Jusqu'au debut de ce siecle ( XXeme , l'un des spectacles qui attiraient le plus de badauds, était la vision des tetes des rebelles exposees aux portes des grandes villes.

Humour et folklore des juifs du Maroc

La siba  (insumissiom) etant, le veux Maroc, une tentation permanente, le Sultan devait de cette maniere signer ses victoires afin que le peuple voie et en tire leçon. Pour permettre au bon peuple de jouir le plus longtemps possible de cet édifiant spectacle, il fallait de la nature retarder les outrages et le meilleur moyen c'était encore le sel. 

Ce douteux privilège de saler les têtes des rebelles tués au combat, avait été altruiment reserve à la gente juive. Et c'est cette infâme corvée qui aurait donné son nom au quartier des saleurs de têtes. Les chroniqueurs européens du 19eme siecle, assoifes d'extosime, ont largement popularise cette hypothese. 

"Après quoi les soldats impériaux prennent aux cheveux le premier Juif qu'ils rencontrent,  le forcent à vider la cervelle des suppliciés et à remplir le crâne d'étoupe et de sel. On suspend ces têtes a une des portes de la ville de Fès, puis quelques jours après, un courrier les met dans un panier et les porte; à Méquinez où elles sont de nouveau exposées, puis à Rabat et ainsi de suite jusqu'à h putrefaction complète . . ." (E. De Amicis: Au Maroc, 1876). 

Témoignage peu convaincant qui sent le oui-dire car il paraît bien bizarre que n'importe quel juif saisi au hasard puisse être expert en matière de salaison! Le témoignage du Français Eugène Aubin־ Maroc, Paris 1903) sonne plus authentique.

"Aussitôt déballées les quarante têtes (de rebelles fidèles à Bou Hmara) furent, selon la coutume salées par des Juifs réquisitionnés à cet effet par le Cheikh du Mellah. Dans l'après-midi elles furent accrochées aux créneaux de Bab-El-Mhroq qui est le lieu ordinaire de ces sortes d'exhibitions.

 Vers le tard une demi-douzaine de Juifs, en vêtements noirs, montèrent au-dessus de la porte, en décrochèrent les vieilles têtes qui par leur décomposition-même témoignent des longs insuccès du Maghzen, puis lentement, méthodiquement, ils les remplacèrent par des têtes nouvelles qu'ils fixèrent aux interstices des pierres …"

Deux ans plus tard le sel devait manquer et les Juifs se faire rares, sinon comment expliquer cet autret témoignage où ces deux acteurs font défaut?

"Le but de ces exhibitions, encore très fréquentes de nos jours, est de donner au peuple, que l'annonce officielle des succès du Sultan laisse souvent sceptique, une preuve effective de ses victoires. On ne coupe d'ailleurs que les têtes des rebelles tués au combat et non celles des captifs, et ces têtes avant d'être expédiées à Fès ou dans toute autre ville, sont plongées dans du goudron afin d'en retarder la décomposition

…" (Henri Gaillard: Une ville de l'Islam: Fès, 1905

Goudron ou sel il n'y a pas de quoi perdre la tête et en tout cas ce n'est certainement pas cette étrange et involontaire pratique qui a donné son nom au quartier juif. Le nom Mellah existait bien avant que ne se répande cette coutume exhibitionniste. Une tête . . . pardon, une hypothèse en moins . . .

 Non moins désobligeante est cette autre définition rapportée par ce même écrivain, Edouardo De Amicis, qui avait accompagné à Fès le premier ambassadeur de l'unité italienne: "Mellah, quartier des Juifs appelé par les Arabes de ce nom outrageant qui signifie terre salée ou maudite . . ."

 Le sel une fois encore à l'origine du mot Mellah. Confirmation a contrario: certains esprits chagrins trouvant le sel trop noble pour être associé au quartier juif, avaient proposé de l'appeler msouss, qui veut dire fade, manquant de sel, mais la correction ne rencontra aucun écho et le Mellah conserva son goût de sel.

Pour rester dans le même genre de compliments citons une hypothèse basée sur l'autre sens possible du mot: Mellah serait la déformation de melloh qui signifie, jeté, rejeté, mis au rebut, laissé de côté C'est pour marquer leur mépris pour les Juifs et leur quartier que les Musulmans auraient attribué ce nom à cette partie de la ville

L'esprit du Mellah

 Mais si tel avait été le cas, pourquoi les Juifs, eux, auraient-ils adopté avec un tel enthousiasme ce mot s'il avait été ressenti comme une insulte? Encore une hypothèse à rejeter, à mettre de côté . . .

Retour à la case départ, au sel. Dans l'ancien temps les Juifs auraient exercé le monople du commerce du sel, produit aussi précieux que l'or, et c'est ce fructueux trafic qui aurait donné son nom au quartier de ceux qui le pratiquaient. Historiquement rien ne vient étayer cette thèse.

 Les Juifs ont longtemps eu le monopole du grand commerce transaharien dont le sel était un des principaux produits, mais pourquoi n'aurait-on retenu que ce produit au détriment des autres? Peu plausible. cette hypothèse mérite de rester dans son désert. . .

Si le salut n'est pas dans le sel. serait-il dans dans l'eau? Rabbi Yossef Messas estime qu'il faut lire non Mellah mais el ma lah et qui veut dire jeté à l'eau, allusion à nos ancêtres expulsés d'Espagne et cruellement jetés à la mer par Isabelle La Catholique, la maudite

Autre hypothèse très proche Mellah. viendrait de Malah qui veut dire "marin", et nous renvoie à la belle légende sur l'arrivée des Expulsés d'Espagne à Alger. Enfermé avec les membres de sa communauté dans une forteresse, le rabbin  auraitdessiné sur la muraille un bateau, le dessin devint réalité et les prisonniers arrivèrent à son bord à la rade d'Alger.

 En souvenir de cet épisode miraculeux la grande synagogue d'Alger portait longtemps le nom de El Mélahin. Mais avant de laisser voguer l'imagination, il convient de préciser que la création du premier Mellah est antérieure à l'Expulsion d'Espagne et que le mot Mellah pour désigner le quartier juif n'a jamais fait fortune en Algérie. Alors? Une quatrième hypothèse avec laquelle il convient de ne pas se . . . mouiller!

Ne serait-ce alors qu'un défaut de prononciation, la déformation du mot Mella qui veut dire famille? Les Juifs constituant une grande famille on aurait appelé leur quartier Mellat El Yahud, la famille des Juifs. 

 Avec le temps le T serait devenu H. Un peu tiré par les cheveux? Beaucoup même! Une cinquième hypothèse à écarter malgré comment dire . . . son air de famille!

Alors c'est l'impasse? Bien au contraire il est temps de revenir à la solution la plus vraissemblable, maïs voilà elle a un grand défaut: elle est simple, trop simple et les Juifs on le sait, ici aussi bien qu'ailleurs, n'aiment pas les solutions simples . . .

LE CASSE-TETE RUSSE

Malgre la neige Mochelé se précipita chez son ami Itsik dès qu'il avait entendu la nouvelle et voulut être le premier à le féliciter pour la naissance d'un beau garçon. Il fut donc surpris de  trouver son ami plutôt anxieux.

—  Comment tu ne te réjouis pas de cette naissance?

— Mais si je suis très content, mais voilà je ne sais à quelle date l'inscrire à l'état-civil. Si je l'nscris seulement dans un an, il aura sa retraite avec un an de retard. Par contre si je l'inscris un an plutôt il devra s'engager dans l'armée du Tsar un an plus tôt! Quel casse-tête!

— Mais alors pourqoi tu ne l'inscris pas le jour où il est vraiment né?

— Ah ça c'est une idée, je n'y avais pas pensé!

Eh bien tenons-nous nous aussi à la date exacte de la naissance du premier Mellah et peut-être retroverons-nous le fil perdu.

Le premier Mellah 1438 est l'annee charnière qui a changé le cours de l'histoire juive au Maroc avec la création à Fès du premier quartier juif. Jusqu'à cette date les Juifs de la capitale avaient, comme dans tout le reste du Maroc, entiere  liberté pour fixer leur lieu de résidence, chacun selon son rang et sa fortune.

Dans la pratique la majorité des Juifs s'étaient d'eux-mêmes regroupés volontairement dans certaines rues de la vieille ville autour de leurs synagogues. L'innovation est dans le caractère légal, coercitif l' interdiction pour les Juifs d'habiter en dehors du quartier qui leur est reservé, sans distinction de rang ou de fortune.

 Nous avons vu dans le premier tome, "Le Temps du Mellah" l'aspect de Protection que comportait, dans l'optique royale, cette ségrégation. Aussi ce premier quartier fut-il etabli près du Palais impérial dans la nouvelle ville de Fès, Fas Jdid, sur un vaste terrain connu sous le nom de Mellah, sans doute à cause de l'existence dans la proximité d'une carrière de sel.

Une partie 1e ce terrain devint le Mellah des Juifs et l'autre fut longtemps connue comme le Mellah des _Musulmans. On trouve maintes références aussi bien dans les sources juives que musulmanes de cette double appartenance du Mellah.

L'esprit du Mellah

 

 Ainsi les historiens arabes précisent que Moulay Rachid fit son entree à Fès par le "Mellah des Musulmans".La Chroniquedes Juifs de Fès rapporte: "Après cela il y eut encore le lundi premier jour du mois de Iyyar 1616 grande supplication avec sonnerie de chofar sur les places publiques et à la porte du Mellah, au milieu des tombes des martyrsde la persécution de 5255, de même à la synagogue jouxtant la porte du Mellah des Musulmans …"

Les mêmes causes produisent les mêmes effets. La même alchimie qui a accolé aux quartiers juifs d'Europe le nom de Ghetto a joué sous le ciel marocain. Le premier quartier juif d Europe a eu pour cadre un quartier de Venise nommé El Ghetto et quand cette pratique s'est généralisée le nom propre est devenu nom commun.

 De même au Maroc l’emplacement du premier Mellah a donne son nom aux autres au fur et a mesure de leur creation. Il est difficile de preciser a quelle date cette mutation s'est faite mais quand on rencontre pour la premiere fois ce nom dans un texte, on sent bien qu'il était déjà tres familier.

  

Il s'agit d'une lettre envoyee en 1541 pr un immigrant marocain etabli a Jerusalem et ecrivant  à son frère resté dans la capitale marocaine "et je veux que tu saches que la Yéchibadu Mellah de Jérusalem est meilleure que toutes les écoles de tous les Mellahs du monde", comme s'il était évident qu'un quartier juif ne peut s'appeler que Mellah!                                                                                                                                                             : nom aux autres au fur et à mesure de leur création. Il est difficile de préciser à quelle . : mutation s'est faite mais quand on rencontre pour la première fois ce nom dans un texte, or. senz bien qu'il était déjà très familier. Il s'agit d'une lettre envoyée en 1541 par un immigrant marociu: établi à Jérusalem écrivant

Et pourtant les chroniques chrétiennnes continueront longtemps encore à ignorer ce néologisme typiquement marocain et appeler le quartier juif "Juifverie" en français et "Juderia" en espagnol. Ce n'est qu'à partir du 19ème que le nom s'impose définitivement.

Cet enfermement dans un quartier réservé — pour des raisons de sécurité et religieuses — s'il fut accueilli avec soulagement en Europe, fut considéré au départ à Fès comme "un exil amer et hâtif", au point que nombre de familles parmi les plus riches préférèrent la conversion au déménagement.

 Le regretté David Corcos fait justement remarquer dans son excellente étude sur les"Juifs du Maroc et leurs Mellahs: "A ma connaissance il n'y a pas de Takana ou de Haskama nord-africaine qui ait interdit, ni même conseillé aux Juifs de ne pas vivre au milieu des autres citadins.

C'est malgré eux que les Juifs de quelques villes marocaines avaient vécu dans des quartiers spéciaux que les Sultans leur avaient imposés …" Mais avec le temps ils finirent par s'y complaire comme s'ils en avaient été les inventeurs, arrachant ce cri du coeur au rabbin Habib Tolédano au 18ème s.: "Que sont ces murailles du Mellah? La frontière entre le sacré et le profane".

Longtemps le Mellah de Fès resta dans son splendide isolement, l'exception pour une fois infirmant la règle. Ce n'est qu'en devenant la capitale de l'Empire que Marrakech eut droit à son tour à un Mellah. le second de l'histoire des Juifs au Maroc

 En prenant le pouvoir, le Sultan Moulay Abdallah E^ Ghalib, ordonna la construction d'un quartier pour la population juive et chargea de l'éxecution le grand rabbin, Mordekhai' Benattar. Les méfiances religieuses autant que les considérations de sécurité ont sans doute orienté ce pas.

 La légende populaire rapporte que ce rabbin emmura dans la porte do Mellah une cruche d'huile sacrée pour protéger le nouveau quartier des convoitises et des agressions et pieusement les Juifs continuaient, jusqu'à nos jours, à embrasser la porte en entrant et en sortant.

 Quand Meknès à son tour devint la capitale, elle alla sur les traces de ses illustres prédécesseurs et en 1682 Moulay Ismael dota la communauté d'un beau site et lui ordonna d'y planter désormais ses tentes.

Puis il y eut un très long répit et ce n'est qu'au début du 19ème s. que le modèle d'habitat séparé fut généralisé à l'ensemble du Maroc sous le règne d'un souverain pourtant décrit par les chroniques juives comme un Hassid Musulman fervent, opposé à toute influence étrangère, Moulay Slimane voulut réduire an minimum le contact  avec l'Europe et à l'intérieur du Maroc "il trouva bon que les Juifs vivent loin des Musulmans.

L'esprit du Mellah

 

Sous prétexte de construction d'une nouvelle mosquée, il contraignit le pacha de Tétouan en 1807 a déloger ses sujets juifs de la Médina et à leur attribuer un quartier séparé. Le même scénario se répéta un an plus tard à Rabat et à Salé.

 Puis ce fut le tour de Mogador, El Ksar, Larache et toute autre localité comptant une population juive conséquente. Exception fut toutefois faite pour Tanger,  le grand port cosmopolite, en raison de la présence des ambassades chrétiennes.

Désormais dans les faits et dans le langage Mellah devint synonyme de quartier juif. C'est ainsi que quand le bon roi Moulay Hassan voulut édifier une nouvelle ville dans le Sud, il demanda à ses architectes de prévoir l’emplacement d'un Mellah! Le même souverain ne trouva d'autre solution, pour assurer la sécurité des 2000 Juifs de Demnat, qui se plaignaient de persécutions de la part du Caïd et de la population, après des siècles de parfaite entente, que de leur construire en 1894, un Mellah, le dernier de l'histoire du Maroc, et cela malgré leurs plus vives protestations.

Considérés au départ comme des modèles d'urbanisme, comme les beaux quartiers où les Sultans logeaient comme par exemple à Marrakech puis à Meknès, les ambassades chrétiennes de passage, leur image de marque se détériora avec l'étiolement de la vie économique, la montée de l'insécurité et l'impossibilité pour ces quartiers entourés de murailles de grandir au rythme de l'augmentation de la population. 

A partir du 19ème siècle le mot changea définitivement de conotation devenant un mot presque grossier, une injure, synonyme de saleté, misère et promiscuité. Et c'est dans ce spectacle que l'on commença à chercher l'origine-même du mot Mellah!

MELLAH ET LITERATURE

Le péché disait André Gide est dans le regard et non dans l'objet qu'on regarde. Et quand il est dans les deux on a cette anthologie littéraire sur le Mellah. On sent bien que les auteurs se complaisent dans l'abject, ajoutant encore plus de noir à un tableau qui ne manquait déjà pas d'ombres, le grand maître, le pionnier c'est Charles de Foucault qui fut au 19ème s. le premier Européen à parcourir le Maroc.

 Déguisé en rabbin. Son sens de la charité chrétienne, se confesse־t־il, l’empêche ;"écrire des Juifs du Maroc tout le mal qu'il en pense. N’empêche qu'il les trouve "sans qualités et sans vertu, paresseux et efféminés, ils ont tous les vices et toutes les faiblesses de la civilisation, sans en avoir aucune des délicatesses." Quant à leur quartier:

Dans le Mellah le Juif est chez lui, en rentrant il remet ses chaussures et le voilà qui s'enfonce dans une dédale de ruelles sombres et sales, il trotte au milieu des immondices, il trébuche contre des legumes pourris, il se heurte à un âne malade qui lui barre le chemin, toutes les mauvaises odeurs lui montent au nez . . s'il est pauvre, il se glisse dans une chambrette ou grouillent, assis par-terre, des femmes et des enfants; un réchaud, une marmite forment tout le mobilier . . 

Quel contraste entre ce pauvre chanteur musulman et les Juifs qui l'entourent! Lui, beau, la figure éveillée, spirituelle, grands yeux expressifs, dents superbes, cheveux bien plantés et rasés, barbe courte, bien fait, souple, mains et pieds charmants, et quoique misérable, brillant de propreté.

 Eux, laids. à l'air endormi, presque tous louchant, boiteux ou borgnes, crevant de graisse ou maigres comme des squelettes, chauves, la barbe longue et crasseuse, mains énormes et velues, jambes grêles et arcuees pis de dents, et même les riches d'une saleté révoltante!"

L'esprit du Mellah

 

DE FOUCAULT DE CULOTTE

Le déguisement en rabbin avait bien trompé les Musulmans mais les Juifs n'en furent pas dupes et gardèrent le secret. L'épisode le plus dramatique se serait passé à Meknès, selon un récit qui m'a été rapporté mais qu'il m'est impossile de corroborrer avec d'autres sources. 

טולידאנו

 Meknès sera l'épreuve avait averti le guide, Mordekhai Abisror, qui connaissait la réputation des rabbins de la ville. Au jour dit le faux rabbin fut invité à donner un sermon dans la grande synagogue où l'on accueillait les hôtes de marque, slat rebbi Shemaya. 

 Troublés puis révoltés par ce sermon peu orthodoxe, les rabbins s'interrogèrent du regard. L'un d'eux se leva et prononça la phrase terrible: "ce sont là paroles de mécréant!" Rabbi Haim Mréjen alla encore plus loin et proclama "Ce sont paroles d'incirconcisé" et aussitôt les fidèles s'en saisirent et le déculottèrent. 

 Le spectacle confirma le diagnostic du grand rabbin. Mais d'un commun accord il fut décidé de garder le secret de crainte de représailles quand les Français viendraient, et c'est à préparer leur venue que le jeune capitaine avait procédé à sa "Reconnaissance du Maroc", rapport d'espionnage autant que relevé scientifique.

EN PASSANT PAR EL-KSAR

Nous passons par une porte voûtée et pénétrons dans un labyrinthe de ruelles plus misérables, plus sordides fetides que celles de la ville arabe au milieu de maisons qui paraissent des tannières, à trvers des carrefours qui semblent des écuries d'où l'on aperçoit des cours qui ont l'apparence de cloaques de tous les coins de cet amas d'immondices surgissent des femmes et dejeunes filles très sourient et murmurent:

 "Buenas dias! Buenas dias! Dans maints endroits nous sommes forces de nous boucher le nez et de marcher sur la pointe des pieds. L'ambassadeur était indigné: Comment pouvez-vous vivre dans une telle saleté?" "C'est l'usage du pays" répond le vieux Juif. usage du pays, quelle honte! Et vous souhaitez la protection des légations, vous parlez de civilisation, vous appelez les Maures sauvages, vous qui vivez pire qu'eux et avez l'impudence de vous y complaire!" (Edmondo de Amicis; Au Maroc, 1876)

A L'OMBRE DE MEKNES

"Une population trop dense, qui étouffe dans ce quartier étroit en dehors duquel le Sultan ne lui permet pas de vivre. Des ruelles encombrées de marchands, et par terre toutes sortes de débris, d'épluchures, d'immondices; à cause du tassement, une malpropreté qui étonne, même après celle des rues arabes, et des puanteurs sans nom, à la fois acres et fades, vous prennent à la gorge . . . (Pierre Loti: Au Maroc, 1889)

PITIE ET DEGOUT

Si habitué que je sois par mes années de séjour en Algérie, à la saleté proverbiale des Juifs, je suis stupéfait du spectacle qui s'offre à mes yeux. Nous avançons au milieu d'ordures puantes et de flaques noirâtres. Nos chevaux s'enfoncent dans les immondices ou glissent sur des dalles souillées tandis que Mille et moi nous nous tamponnons le nez avec nos mouchoirs pour ne pas respirer l'odeur infecte qui se dégage de cet ensemble . . .

Sans doute un grand sentiment de pitié nous anime à l'égard de ces parias, mais il ne peut dominer le sentiment de dégoût qui nous pousse à fuir au plus vite ce spectacle répugnant et triste . . . "Ne vous apitoyez pas trop inutilement" me disait mon compagnon en Algérie, "avant quinze ans ces gaillards auront hôtel et automobile à Paris tandis que nous greleterons de fièvre dans un poste du Sud." (Capitaine Paul Azan: Souvenirs de Casablanca, 1912).

UN COEUR DE PIERRE

"Quand on a longtemps erré dans cette ville musulmane, bien poussiéreuse, bien délabrée mais vaste et aérée, quel dégoût de tomber dans le Mellah! C'est un des lieux les plus affreux du monde. Là s'entassent 20.000 Juifs dans un espace infiniment trop étroit pour leur vie pullulante, ce ne sont que caftans noirs sordides, culottes crasseuses, cheveux gras, têtes ravagées par toutes sortes de variétés de teigne qui dégoûtent le passant et ravissent le spécialiste, yeux chassieux, clignotants, purulents, mal ouverts qui semblent sortir d'une cave et effrayés du jour . .

Dans les chambres groupées autour d'une cour intérieure, d'innombrables familles mêlent dans une promiscuité ignoble, leur vermine, leurs maladies, leurs animaux et leurs enfants: et l'on est saisi à la gorge par une atroce odeur d'excréments, de fumier, de sang de poulet et de maya, ce tord-boyau de figues, de raisins et de miel qu'on boit à pleins verres au Mellah …

 En sortant des quartiers arabes on quitte une civilisation d'un caractère aisé, insouciant, amie du plaisir et du repos, pour trouver ici un monde effroyablement affairé. Tout ce Mellah s'agite, trafique, se marie, vit et meurt sans paraître soupçonner son étonnante abjection.

 Bien plus, de cette igniominie s'élève une sorte de gafté satanique, un immense mépris pour tout ce qui n'est pas juif, un orgueil qui brûle en secret sous la servilité et la crainte … Et sans doute est-ce pour cela que le regard s'épouvante et le coeur ne s'émeut pas . . ." (J. et J. Tharaud: Marrakech ou les Seigneurs de l'Atlas, 1920)

L'esprit du Mellah

LA PORTE OUVERTE

L'impression de tristesse et d'écoeurement qui vous accable lors d'une promenade dans les rues etroites des Mellahs de Rabat et de Salé, ne se dissipe pas lorsque vous descendez dans une vieille maison juive, malgré le barbouillage bleu ou ocre dont ses murs sont annuellement revêtus à chaque de Pâques . . .

 Pourquoi les portes des maisons ne sont-elles pas closes? Les Musulmans disent que la saleté régnant en maîtresse chez le peuple d'Israél, il est indispensable que les portes soient ouvertes pour faciliter la circulation de l'air, sinon l'atmosphère viciée engendrerait de telles maladies que la mort viderait rapidement les Mellahs . . ." (J. Goulven: Les Mellahs de Rabat-Salé, 1927)

DANTE A MARRAKECH

Après l'allégro de la lumière et de la beauté, le lento de la misère et de la laideur. Un cercle manque a l'Enfer de Dante: il n'avait pas vu le Mellah de Marrakech.

Quelle Sodome et quelle Ghomore ont mérité cette abjection? Quelle ville de lépreux existe encore au monde qui soit comparable à cette ville qui s'étend à la porte du désert?, au pied de la majesté de  l'Atlas, à la limite des jardins de l'Aguedal et des palmeraies qui entourent cette reine mystérieuse, Marakech?

 Les maisons sont lépreuses, le sol boueux, la saleté la plus répugnante a mis ses stigmates sur les choses et les gens. La laideur physique accompagne cette horreur. Plus on avance dans le Mellah, plus elle marque cette humanité dégénérée qui se traine pêle-mêle livrée aux souillures, aux plaies, à tout ce qui peut être crée de malsain et de répugnant. (Pascale Saisset: Heures juives au Maroc, 1927)

LE MEPRIS EN PLUS

En résumé c'est au Maroc que les Israélites sont au niveau le plus bas de moralité, d'instruction et de considération sociale . . . Mais comment d'ailleurs demander à ces malheureux que l'on a maintenu pendant tant de siècles dans l'abjection, de donner le modèle des plus nobles vertus?

 La misère, la saleté, une révoltante promiscuité, les excès de l'alcoolisme, le mépris universel dont ils sont l'objet, leur ont infligé des tares physiques et morales, mais ces tares ne sont pas indélibiles et disparaîtront avec la sollicitude des nations civilisées" (Augustin Bernard: Le Maroc 1932).

On pourrait poursuivre la litanie mais la cause est entendue. Certes l'attrait du pittoresque et de l'exotique a bien souvent poussé ces furtifs observateurs à exagérer le trait, à noircir avec une complaisante délectation un tableau, qui de l'aveu même de ses habitants, n'en avait pas besoin.

 Au vingtième siècle le Mellah dans le langage quotidien était devenu péjoratif, synonyme de saleté, misère et arriération. Le meilleur compliment qu'un journaliste juif avait trouvé pour faire l'éloge du Nouveau Mellah de Meknès, était justement de lui refuser cette appellation contrôlée! "Je ne sais pas pourquoi on donne à ce nouveau quartier le nom de Mellah, cette dénomination ayant été réservée jusqu'ici à un lieu d'abominable promiscuité, où la saleté est l'élément essentiel, les écuries humaines étant hélas, plus dégoûtantes d'ordinaire que celles des autres bêtes.

 Appeler Mellah ce quartier de plaisance est un non-sens. Ce n'est pas, ce ne doit pas être un Mellah; Donnons-lui un autre nom pour conserver à l'appellation de l'ancien toute sa saveur, j'allais dire son odeur historique . . . " (Jacob Ohayon. L'Avenir Illustré, 4 Juin 1931)

La myopie ont écrit nos Sages consiste à "regarder la jarre et non ce qu'elle contient". Le Mellah n'a pas été inventé par les Juifs, il leur a été imposé, mais ils ont su s'y adapter et "de l'amer sortir le doux". Des observateurs plus lucides ne s'y ont d'ailleurs pas trompés, même dans le passé:

 "Si les Israélites sont tenus d'habiter dans un quartier spécial ils y gagnent donc de posséder l'autonomie presque complète de leur police et de leur administration; il se trouve par ce fait. Que sans être affranchis de toutes vexations, leur liberté individuelle et leurs biens, sont, ils en conviennent eux- mêmes, mieux garantis que ceux de leurs compatriotes musulmans contre les abus du pouvoir … Ils ne voient pas dans leur limitation au Mellah une mesure de vexation mais de protection; et beaucoup d'Israelites ne voient pas sans crainte cette influence laïcisante européenne poindre à l'horizon" (Henri Gaillard; Une capitale de l'Islam: Fès. 1905)

Aujourd'hui encore, alors qu'il n'est plus qu'un souvenir, certains refusent toujours de l'amnistier et le seul mot Mellah suffit à leur donner un sentiment de gêne, sinon de honte. "Ton livre est très bien mais ce titre, comment as-tu osé?". Que de fois j'ai eu droit à de telles remarques après la parution du "Temps du Mellah".

 La grandeur de ce temps du Mellah ce n'est pas d'en nier la misère, mais de voir que malgré elle, à l'ombre peu propice de ces murailles, s'est cristallisée, forgée au long des siècles une civilisation originale, typiquement marocaine dans le contexte juif universel et typiquement juive dans le contexte marocain.

 Il a existé sans conteste "une manière marocaine d'être juif". Pourquoi alors employer le passé alors qu'existe encore au Maroc la plus nombreuse communauté juive du monde arabe? C'est que cette communauté est bien restée fidèle — comme tous les originaires du Maroc à travers le monde et plus particulièrement en Israël — à sa mémoire, mais elle n'est plus "productrice" de civilisation et une civilisation qui cesse de s'enrichir, de s'adapter, de se renouveller subit le sort prédit par Valéry: "les civilisations savent maintenant qu'elles sont mortelles."

 Après avoir campé le cadre historique dans "Le Temps du Mellah", puis remonté la filière généalogique à travers "La Sagades Familles", je me sens comme en droit maintenant, dans ce troisième tome, de pénétrer à l'intérieur de l'âme de cette communauté, d'en retrouver les trois sources d'inspiration principales: hébraïque, arabe et hispanique. Muni de ce visa il nous reste à trouver un guide. Il se présente lui-même: l'humour, qui on le sait, est le plus court chemin de la connaissance, et le plus sûr!

L'esprit du Mellah-J.Toledano

LE SEL AU CARRE

Thak haynssi el mout

Le rire fait oublier la mort

 Proverbe marocain

"Les Sephardes n'ont pas d'humour — ils n'en ont pas besoin!" a ecrit un jour de grande verve un celebre ecrivain juif frangais, tombant, par ignorance, dans le piege commun qu'il n'y a d'humour que juif et juif qu'Achkenaze. L'humour juif universellement connu et reconnu est ne, selon ses exegetes dans les conditions particulieres des ghettos d'Europe Orientale, sur fond de detresse et de capacite de se moquer de soi. Hors du malheur pas d'humour digne de ce nom, sans l'angoisse et la tragedie — pas d'humour juif. La plus courte definition de cet humour est le libelle du telegramme juif: "Commencez a vous inquieter — lettre suit." Et moi je vous dis "finissez de vous inquieter, il existe un humour sepharade et j'ai meme rencontre son sosie marocain!

UNE ETINCELLE DIVINE

Comme on est genereux au Maroc, nous donnerons a l'humour un sens beaucoup plus large que ne lui concede le Petit Larousse: "Gaiete qui se dissimule sous un air serieux et qui est pleine d'ironie, d'imprevu", pour l'etendre a la capacite de rire, ce rire qui selon Pascal est le propre de l'homme, ce qui le distingue le plus nettement de l'animal et le rapproche le plus de la divinite.

 "Voltaire a ecrit que Dieu nous a donne pour supporter le monde, le sommeil et l'espoir, il aurait du y ajouter le rire". (Kant). Beaucoup de grands philosophes ont estime que le rire etait une affaire trop serieuse pour etre laissee aux humoristes et ont developpe des theories qui, si elles ont enrichi la philosophic, n'ont pas beaucoup augmente la bonne humeur de leurs lecteurs. Aussi n'aurons-nous pas l'audace d'y ajouter la notre — mais sans un peu de philosophie il n'y a point de plaisir.

Le reve inaccessible de l'homme — voler, se detacher de la terre et de ses asperites, de sa pesanteur immobilisante — l'humour le lui offre au meilleur prix. L'humour c'est la capacite de distanciation, de detachement de la gangue de la realite, la faculte de dedoublement, de se voir vivre et de pouvoir en rire comme s'il s'agissait d'un spectacle exterieur.

 L'humour c'est selon la belle formule de Daniel Sibony "l'ouverture de lignes de fuite". Les astronautes connaissent bien cette ivresse de l'a-pesanteur. Autre technique de fuite de la realite, son depassement par le sentiment de domination. Je ris —donc je suis superieur, ou au moins je me sens superieur. Paradoxalement c'est justement en se detachant de la realite qu'on la saisit, qu'on la comprend le mieux. Comme l'astronaute voit mieux la terre au fur et a mesure qu'il s'en eloigne, l'humour permet de jeter sur une societe, une civilisation, une culture, le regard le plus penetrant.

 L'humour peut etre a la sociologie ce que l'intuition est a la science, cette capacite "d'une connaissance claire, droite immediate, de verites qui pour etre saisies par l'esprit, n'ont pas besoin de l'intermediaire du raisonnement". Un trait d'humour eclaire mieux qu'un long discours, une anecdote que de savantes statistiques. C'est dans cette optique que Freud a defini l'humour comme "une economie d'energie psychologique qui procure du plaisir".

 Et s'il y a possibilite d'economie comment s'etonner que les Juifs aient ete les premiers preneurs. . . Toujours de Freud: "Je ne connais pas d'autre peuple aussi capable de se moquer de soi comme le peuple juif, d'humour ou il y ait une telle confusion entre 1'auteur des moqueries et son sujet". Ce don commun a tous les Juifs, sous toutes les latitudes, a ete porte a son paroxysme, a sa perfection, en Europe Orientale, trouvant dans la langue yidich un moule complice.

 Traditionndlement en butte a l'hostilite, a la haine, au mepris du milieu ambiant. !'Emancipation, en outr'ouvrant les portes de la societe, y a ajoute une part — plus ou moins consciente — de haine de soi. Cessant de se voir uniquement a travers ses propres yeux, il a souvent interiorise le regard de l'autre jusqu'a la definition caricaturale de Sartre: "Est juif celui dont les autres disent qui est juif. "Ballotre entre le masochisme et le sentiment de superiorite, le Juif d'Europe a trouve dans l'humour une echappatoire salutaire.

ET NOUS AUTRES ?

Au risque de paraitre beatement idealiser, force est de reconnaitre que cette dimension du malheur d'etre juif n'est pas une composante dominante de la conscience collective de la communaute juive marocaine. Non pas que les malheurs aient manque — il suffit de relire le "Temps du Mellah" — mais ils n'ont pas pris dans la conscience collective la meme dimension obsetionnelle. L'hostilite indeniable du milieu ambiant n'etait ressentie directement que sporadiquement, lors des grandes emeutes, mais dans la vie quotidienne elle etait mise en sourdine.

 Le mepris non plus n'a pas manque mais il n'a jamais ete interiorise. Le Juif — jusqu'a la modernisation et l'arrivee des Francais — ne s'est jamais regarde a travers les yeux des autres et ne pouvait donc interioriser la moindre parcelle de haine de soi. Isole, mais tolere, il n'a jamais eu a se poser de questions sur son identite. Theoriquement done aucun des ingredients necessaires a l'eclosion d'un humour n'est present, il n'y a ni sujet ni objet.

 Ajoutez a cela la reticence, pour ne pas dire plus, de la tradition hebrai'que envers les moqueurs: "Heureux l'homme qui ne suit pas le conseil des mechants et ne prend point place dans la societe des railleurs" (Les Psaumes), et on devrait avoir une societe sans humour. Et pourtant elle baignait dans 1'humour cette societe ou les bons mots etaient aussi appreciees que les citations talmudiques, et la compagnie de l'amuseur aussi recherchee que celle du rabbin! Au lieu de chercher a percer ce mystere, nous preferons le raconter: 1'humour ne s'analyse pas, il se prouve.

 Mais puisque Hillel a accepte de donner la definition du judai'sme debout sur un seul pied, prenons nous notre courage a deux mains et essayons de definir en quelques phrases cet humour juif a la marocaine. Sa premiere caracteristique est d'etre oral. Destine a etre raconte il n'a jamais ete ecrit, avec les inevitables consequences sur le degre de sophistication. Mais aussi l'extreme difficulte de traduction: comme en peinture meme la meilleure reproduction ne vaudra jamais l'original.

Alors chaque fois que vous rirez ajoutez cinquante pour cent si vous voulez etre juste envers l'original! La difficulte est encore plus grande car c'est un humour du vecu et non de l'imaginaire. Une histoire est d'autant plus amusante qu'elle est authentique, qu'on en reconnait les personnages, qu'elle a vraiment eu lieu car si elle n'est qu'imaginaire quel merite? Avant de raconter une histoire on aimait en citer l'auteur conformement au commandement talmudique: "Celui qui rapporte une citation du nom de son auteur est comme celui qui sauve le monde entier".

Son second charme: sa naivete qui n'est pas niaiserie, mais plutot fraicheur, innocence, candeur d'une societe pre-industrielle. C'est 1'humour d'une societe satisfaite d'elle-meme, parfaitement integree a son entourage tout en s'en sentant differente, superieure, armee d'une foi sans failles, aimant la vie et eloignee de tout fanatisme.

Mais aussi portee qu'elle l'etait pour 1'humour, la societe juive marocaine ne passait tout de meme pas son temps a en savourer les delices. Pour saisir son humour il faut le replacer dans son contexte, non raconter la vie de 1'humour, mais 1'humour dans la vie. Ce livre ne se veut done pas un recueil de blagues, mais une intrusion dans l'ame d'une communaute a travers les dedales de son humour. L'humour est a la vie ce que le sel est a la cuisine: il n'est supportable qu'a petites doses. C'est pour cela que l'on dit que l'humour est le sel de vie. Retrouver le sel du Mellah, c'est un peu le sel au carre . . .

Par petites touches, histoire apres histoire, un peu de folklore un peu d'humour, de cette mosaique sortira plus surement que d'une lampe magique, cet Esprit du Mellah . .

L'esprit du Mellah-J.Toledano

PREMIERE PARTIE

JAMAIS PROVERBE N'A MENTI

Ninguno refran solid mentiroso.

A 'mrha el ma 'na makhrezt gdaba

 Jamais proverbe ne s'est avere menteur (Proverbe marocain)

"La langue — voila le fosse entre Juifs et Musulmans au Maroc!"

Avec moins de talent peut-etre, mais plus de justification certainement, nous pourrions transposer sous le ciel marocain, cette boutade de Mark Twain:" ce qui separe le plus les Americains des Anglais — c'est la langue." Pourtant, contrairement au Ghetto d'Europe Orientale ou s'est epanoui le Yidich, ala Juderiades Balkans ou s'est miraculeusement conserve le Ladino, le Mellah n'a pas ressenti le besoin, ni peut-etre dispose des moyens, de se forger une langue propre. 

 Apres avoir parle arameen, punique, berbere puis latin,les Juifs du Maroc furent parmi les premiers autochtones a adopter d'enthousiasme, des le 8eme siecle., la langue des nouveaux conquerants arabes, comme les autres communautes juives placees sous la banniere de l'lslam, de Babylonie a l'Espagne. Langue de culture du monde civilise de l'epoque, elle permit aux communautes juives marocaines decadentes de s'ouvrir aux deux sources d'inspiration a l'Est Babylone relayee ensuite par Kairouan) et a l'Ouest (l'Espagne) Les lettres marocains pouvaient faire leur cet hommage du grand poete de l'Age d'Or Espagnol. Moise Iben Ezra: "La langue arabe est parmi les langues comme le printemps parmi les saisons". . 

  Mais le propre du printemps est de ne pas durer. Sans qu'on puisse en fixer une date precise, la conaaisnmce de l'arabe classique, litteraire, s'etiola su sein de la communaute juive. Consequence sans dance des persecutions Almohades qui au 12eme siecle. faillirent effacer du sol maghrebien toute presence juive (voir "le Temps du Mellah") et de !,interdiction d'utiliser la langue sacree du Coran. 

Il ne leur est pas permis de lire ou d'ecrire l'arabe, n'etant pas dignes d'entendre le divin Coran" (Elie DeLa Primaudaie: Les villes maritimes du Maroc : 1872. Qu'il y ait ou non interdictio formelle – beaucoup le contestent – la langue du Coran devint effectivement etrangere meme aux lettres et on ne peut citer aucune grande œuvre ecrite en arabe litteraire par un lettre juif marocain.

Cette coupure du dialogue au niveau des elites ne fit que s'accentuer avec l'enfermement des communautes juives dans leurs Mellahs. " Sous l'influence de cette double isolation geographique et intellectuelle, les deux communautes n'avaient rien et ne pouvaient d'ailleurs rien se donner ou de recevoir l'une de l'autre " – Haim Zafrani : Les parlers juifs du Maroc.

Abandonne au sommet, sous sa forme litteraire. l'arabe s'impose definitivement dans la vie quotidienne et meme 1'arrivee massive des Expulses d'Espagne ne put entamer que partiellement (dans quelques villes) ce monopole. Mais la coupure avec sa source litteraire le condamna a devenir une langue mineure, infirme, incapable d’embrasser et d'exprimer tous les domaines de la vie, reduite a une fonction utilitaire, miroir et reflet de la vie quotidienne "C'est dans cette langue que Ton communique avec les hommes, son parent, son prochain iitterature dialectale est le miroir ou on se regarde, elle est l'expression de lame profonde. des manifestations de la vie quotidienne, profane, voire religieuse, de toutes sortes de choses qu'il est interdit ou qu'on est dans l'impossibilite de dire dans la langue sacree" (Haim Zafrani).

 Les preoccupations spirituelles et intellectuelles se conjugant toujours en hebreu jusqu'a 1'arrivee du frangais qui ravit a la langue de la Biblele titre de langue exclusive de l'elite. On pouvait manger, rire, critiquer, medire. se chamailler, s'aimer, se detester en arabe dialectal, mais pas y discourir ou ecrire des traites. Des que !'on quittait le concret pour s'elever au niveau des concepts abstraits, il fallait appeler l'hebreu au secours. Pauvre arabe dialectal coupe de sa source litteraire, bloque entre les reminiscences espagnoles et les emprunts hebraiques, il etait bien incapable de repondre a tous les besoins. Mais dans le domaine qui lui etait reserve, il faisait merveille et ne manquait aucun de ses devoirs.

Lorsqu'au cours d'une conversation on voulait signifier la necessite de parler clair, de dire toute la verite sans rien cacher, on disait: parle-moi en arabe. Et pour ne pas laisser le moindre doute on ajoutait l'onomatopee "a'rbia di ta'rabt", l'arabe d'Arabie!

Langue profane par rapport a la langue sacree qu'est l'hebreu, l'arabe dialectal avait aussi sa place dans la liturgie. Si les rabbins pouvaient ecrire et lire en hebreu-arameen, le commun du peuple avait senti la necessite de traduire les textes sacres. C'est egalement en arabe dialectal qu'a ete redigee une vaste litterature dont le genre le plus populaire — et sur lequel nous reviendrons souvent — est la qsida, recit rime, ecrit en caracteres hebraiques, les seuls connus.

Aux yeux du commun, l'arabe dialectal est devenu une des principales composantes de l'identite juive et on appelait etrangers a'zama, tous ceux qui ne parlaient pas arabe, meme s'ils etaient juifs! Encore a la fin des annees quarante je me souviens qu'a Meknes on regardait avec admiration et incredulite des soldats juifs venus d'Europe et qui ne savaient pas parler arabe, comme s'il etait possible d'etre juif et de ne pas parler arabe!

L'esprit du Mellah-J.Toledano

TRADUCTION = TRAHISON

Le caractere immuable des textes sacres a fini par deteindre meme sur leur traduction. D'abord parce que la traduction suit le rythme de la phrase hebrai'que et en est un veritable decalque, exactement comme si on collait un mot sur un mot. Le plus amusant est que quand on arrivait a un mot qui n'a pas d'equivalent en arabe (comme par exemple ett qui n'a d'equivalent dans aucune langue) on disait bla sarah, sans traduction. Le sarah n'etait pas recite, mais cantille sur le meme air que le texte hebreu. La traduction qui etait encore enseignee au vingtieme siecle, datait du treizieme siecle., mais comme il etait interdit d'y toucher, elle avait fini par etre parfois encore plus obscure et plus incomprehensible que l'original!

Adopte, l'arabe a ete aussi adapte, se moulant aux besoins specifiques de la communaute. II en sortait a la fois appauvri et enrichi au point de devenir meconnaissable pour nos voisins musulmans.

Appauvri par le manque de contacts avec l'environnement. Enrichi par des neologismes, des tournures, des interpretations empruntees a l'hebreu et a l'espagnol. Paradoxalement c'est son anemie qui en faisait la vigueur: aucun moule grammatical n'entravant sa vitalite, ni aucune des contraintes d'une langue ecrite, il a pu ainsi integrer et digerer les emprunts etrangers au point de les rendre meconnaissables, les locuteurs passant d'une langue a l'autre sans se douter qu'ils passaient une frontiere — les mots on le sait ne payant pas de douane!

 "L'arabe integre en son sein I'hebreu-arameen et les autres apports etrangers qui n'alterent pas la structure fondamentale du parler, s'adaptant assez parfaitement a la langue vivante-mere et n'etaient sentis comme des corps etrangers que dans des contextes particuliers" (Haim Zafrani). Meme apres la francisation on aimait retrouver le climat de cette langue, sa saveur, sa malice, la tournure de ses injures et la nostalgie de son humour auquel s'ajoutaient les jeux de mots entre les deux langues

LE LIVRE IMAGINAIRE

Les proverbes sont le domaine privilege pour voir a l'oeuvre cette co-habitation entre les deux communautes, cette symbiose feconde, cette installation dans la meme langue, chacun y apportant son supplement d'ame. Dans une civilisation essentiellement orale, les proverbes constituent comme le livre de reference imaginaire — dans le meme sens que Malraux parle du musee imaginaire de l'art. C'est le grand livre de la sagesse populaire, la cristallisation sous une forme lapidaire et elegante de la lecon des siecles: "Misericorde a nos ancetres: aucun de leurs proverbes n'a ete dementi" dit justement un proverbe — ce qui est en soi un manque de modestie, mais qui peut oser le conredire?

Cet amour des proverbes est profondement ancre dans la tradition juive, ayant recu ses lettres de noblesse du Roi Salomon: "Grace a eux on apprend a connaftre la sagesse et la morale, a gouter le langage de la raison, a accueillir les legons du bon sens, la vertu, la justice et la droiture. Ils donnent de la sagacite aux simples, au jeune homme de l'experience et de la reflexion . . " (Les Proverbes). Cet amour des belles formules resumant la sagesse populaire, est commun aux Juifs et aux Musulmans et dans leurs bouches jaillissent. spontanement les proverbes. La majorite des proverbes etaient communs au Mellah et ala Medina, meme si leur interpretation etait parfois differente, mais nombreux etaient ceux qui n'avaient droit de cite qu'au Mellah et etaient peu cites, sinon inconnus en Medina.

Jaillissement spontane, les proverbes se pretent mal a la classification et a la systematisation. Les etudes les plus fouillees en ont recense au Maroc dans les deux mille, mais pour fuir cette inflation nous n'en avons retenu que quelques quatre cents, les plus populaires au classement imaginaire des best-sellers, avec naturellement une predilection pour les dictons specifiques au Mellah, car quand un proverbe est bien adapte — il est adopte!

L'esprit du Mellah-J.Toledano

LA LECON DES SIECLES

Verite rime avec duree et le temps est le meilleur des juges. C'est par definition le domaine de predilection des dictons et proverbes qui sont le resume pris au vif par la sagesse populaire, de l'experience accumulee avec les siecles. Aucun domaine n'y echappe et si le ton general est a l'ironie, les proverbes savent aussi conseiller, promettre, interdire, juger, critiquer. Miroir de la realite, ils cherchent aussi a l'orienter, a la faconner. Au dela des notes et des exemples tires du folklore particulier, ils touchent a l'universel et il est rare de ne pas leur retrouver des freres ou des cousins 12ns la grande famille de la sagesse humaine.

A CHACUN SA PLACE 

    Bila'm ou Slomo   Bilam et Salomon

Koul ouahed a la qued ismo       Chacun selon son nom

La reference ala Bibleindique clairement l'origine juive du proverbe, mais il en existait bien d'autres en Medina qui expriment la meme idee. Le choix de deux personnages diametralement opposes (mais permettant la rime essentielle au succes d'un proverbe), l'un beneficiant de l'estime universelle, !'autre de l'opprobe, ne donne que plus d'autorite a la constatation que chacun ne vaut que par son rang et qu'il ne faut pas chercher a confondre Bilam et Salomon.

 Le Roi Salomon occupe dans la mythologie juive marocaine la meme place que lui reserve partout la mystique juive, comme le plus intelligent des hommes, le depositaire de toute la sagesse universelle. Bilam, grand maitre de sorcellerie fut appele a la rescousse par le Roi de Moab afin de conjurer par ses maledictions, 1'avance des Hebreux conduits par Josue. Moins perspicace que son ane (Les Nombres) il ne put accomplir son forfait et au lieu de maudire se trouva l'auteur de l'une des plus belles benedictions: "Quelles sont belles tes tentes o Jacob, et tes demeures o Israel".

Et pourtant il est reste dans la tradition juive comme l'un des noms les plus honnis, et dans les Mellahs son non etait souvent cite commence par exemple dans !'expression "Ahya Bilam" qui voulait dire "attention!", "danger".

 Sans jamais tourner a la lutte des classes, la stratification sociale etait tres marquee au Mellah. Certes tous les hommes sont egaux devant Dieu et tous les enfants d'Israel sont ses fideles serviteurs, mais il en est de plus egaux que d'autres.

Meme la promiscuite du Mellah, l'obligation d'habiter le meme quartier, sans egard au rang et a la fortune, et le sentiment tres reel, tres concret de solidarite, ne pouvaient gommer les differences d'extraction, ni les divergences d'interets. La chronique de Fes est pleine de ces affrontements sur le paiement des impots chacun tentant d'echapper au fardeau collectif. Les demeles entre le Mellah (populaire et surpeuple) etla Kasba(siege de l'elite commerciale) a Mogador, a la fin du siecle dernier, sont restes celebres. Dans une societe aussi conservatrice, chacun connaissait son rang et en etait jaloux car c'etait parfois son seul capital et on ne badinait pas avec l'honneur de la famille car comme disent les Maximes des Peres "Bon renom vaut mieux que bonne huile". Sans qu'il y ait de stratification institutionalee, on pouvait distinguer quatre classes ou plutot quatre niveaux. Au sommet de la pyramide:

OULAD ZDOUD, textuellement "les fils des ancetres" ceux qui tirent leur statut d'une lignee de rabbins ou de lettres. Ils avaient droit a l'estime et au respect, sans egard a leur propre merite, en vertu de leur zkhut abot textuellement "le droit des peres". D'ou l'importance de connaitre ses racines: "II est du devoir de chaque fils d'Israel de savoir de quel ventre il est sorti. II appartient a chacun de connaitre ses sources afin d'y trouver l'inspiration pour marcher dans le juste chemin" (Rabbi Yaacob Abehsera). Malgre cela, seules les families de lettres pouvaient faire remonter leur arbre genealogique jusqu'a l'Espagne et au-dela comme les Corcos, Berdugo, Benattar, Danan, Sarfaty, Toledano, Aboulafia.

Ces familles avaient le monopole des fonctions publiques en vertu du droit dit de serara. Pour prendre l'exemple de Meknes la famille Berdugo avait de tout temps le monopole de l'abattage rituel du gros betail, la famille Toledano la redaction des actes de divorce etc. Ce privilege de serara fut souvent conteste par les families qui en etaient ecartees mais sans grand succes et a donne lieu a des arrets celebres et dans des annees cinquante l'Inspection des Institutions Israelites crea meme un tribunal special pour debattre de la question a l'echelle de tout le Maroc.

L'esprit du Mellah-J.Toledano

Oulad Enas, textuellement "les fils des gens" equivalent parfait de l'espagnol Hidalgo, hijo de algo, fils de quelqu'un. C'est l'ensemble des "bonnes families" de chaque communaute, families se distinguant par leur fortune ou leur savoir. La fortune etant par definition changeante surtout quand elle n'est que mobiliere, ce qui etait toujours le cas chez les Juifs  les ascensions et les chutes etaient frequentes. Aucune rigidite done dans cette stratification. Le savoir aussi n'avait aucune raison de loger exclusivement dans les grandes families et quelques unes des dynasties de rabbins les plus connues de nos jours — comme par exemple les families Abihsera et Messas etaient a peine connues un siecle plus tot et ont pu aisement acceder au rang de oulad zdoud.

Oulad Souk, textuellement les fils du marche, de la rue. C'est le commun du peuple, les gens sans titre de noblesse ou de propriete. 

Oulad el Anyim, les fils des pauvres. Ils ont droit a tous les egards et a toute la solidarite et s'il n'y a pas de honte a etre pauvre, ce n'est point non plus un grand honneur. C'est le moins qu'on puisse dire puisqu'un adage talmudique et un dicton marocain constatent qu'un homme sans fortune vaut autant qu'un homme mort. Mais la pauvrete n'a jamais donne naissance au Maroc a ce que les sociologues appellent "la culture de pauvrete" car ellee etait consideree comme un etat provisoire dont il etait possible de sortir pour se faire admettre dans  la classe superieure. Le Talmud d'ailleurs ne met-il pas en garde "contre les enfants des pauvres. car c'est d'eux que sortirala Tora (au sens du avoir ? ) 

LA POLICE D' ASSURANCE 

Le nom de famille comme police d'assurance a vie La crainte de perdre l'enveloppe protectrice de la bonne reputation a certainement ete un des freins a !’emigration. Les grandes villes traditionnelles de l'interieur comme Fes et Meknes ont ainsi peu contribue au peuplement de Casablanca, devenue grace a l'immigration massive des Juifs du Sud, la grande metropole aspirante. On demanda un jour a Abraham Toledano pourquoi il ne s'installait pas aCasablancaou ses incontestables talents auraient trouve plus de debouches que dans sa ville natale deMekneset, il eut cette reponse: Parce qu'ici quoi qu'il arrive je ne serais toujours le fils de Rebbi Yedidia.

Pour les gens de Meknes cela suffisait, car en plus de ses connaissances talmudiques ne disait-on pas de Rebbi Yedidia que "meme le chat de sa maison savait parler", hommage a son ironie et a son sens de l'humour.

Cette impression d'etre nu si on n'est pas enveloppe de l'aureole de zekhout abot a ete certainement un des freins ala Alya des classes moyennes dont le bon renom etait parfois le capital le plus solide . . .

QUESTION DE CITOYENNETE

Le Juif errant n'est pas arrive jusqu'au Maroc. Installes depuis des temps imemoriaux dans leurs Mellahs, les habitants comme il sied a une societe conservatrice, n'admettaient pas facilement "les etrangers" Mais ecoutez plus tot ce qui arriva a Meknes il y a quelques annees. Les mille membres de la communaute avaient a leur disposition une dizaine de synagogues, l’embarras du choix. Parfois la ferveur de la priere debordait sur des disputes plus terre a terre, par exemple sur l'air d'un poeme. Ce jour-la la discussion s'enflamma plus que de coutume et chacun d'exprimer bruyamment son avis. Dans le feu de la dispute Yossef Sefraoui (ce n'etait pas son nom mais il n,etait connu que sous ce surnom) osa lui aussi avancer son opinion. II s'attira alors cette remarque indignee:

—         Tais-toi toi tu n'as pas droit a la parole, tu es un etranger!

Effectivement il etait ne a Sefrou mais cela faisait quarante ans qu'il habitait a Meknes, y avait fait des enfants et des petits enfants. Masquant sa colere il demanda avec douceur:

— Je voudrais bien savoir Messieurs, en Israel des que tu arrives on te donne la nationalite, au Canada il faut trois ans, en France cinq ans, en Amerique dix ans, et a Meknes il faut combien d'annees?

Jamais. Mais nul n'osa le lui reveler!

L'esprit du Mellah-J.Toledano

L'esprit du Mellah – Joseph Toledano 

Humour et folklore des juifs du Maroc 

Ben Adam ahrito el mout                                                                                 L'homme a la fin trepasse

Oulissim el mleh a'mro maymout                                        Mais bon nom jamais ne passe 

Proverbe d'inspiration commune judeo-musulmane et qui reprend et traduit une des plus connues des Maximes des Peres: "Bon nom vaut mieux que bonne huile et le jour de la mort que le jour de la naissance" C'est en Medina que ce proverbe trouve sa meilleure illustration. On connait le statut privilegie dont beneficient dans la societe marocaine les "chorfa", les descendants directs de la famille du Prophete. Aucune caste n'avait au Mellah de semblables privileges hereditaires. Les Cohen (descendants des serviteurs du Temple) ont certes garde

טולידאנו

quelques uns de leurs privileges sacerdotaux honorifiques, mais ils pouvaient les perdre en cas d'inconduite (par exemple mariage avec une femme divorcee). De meme la saintete n'etait pas consideree comme hereditaire et il n'y a jamais eu au Mellah de dynasties de marabouts comme chez les Musulmans ou des lignees de rabbins miraculeux comme chez les Hassidim d'Europe Orientale. a l'exception notable de la famille Abehsera. A la mort de Baba Sale en 1984 on a vu son fils Baroukh lui socoeder comme si c'etait un droit natnrel ..

A 'mar el mlah ma doued                                                                           Jamais le sel ne se gate

C'est la meme idee developpee dans ce proverbe typique de la Madina. Dis-moit'ou tu viens je te dirai ce que tu deviendras. Bon sang ne saurait mentir. Quand ]a base est bonne   les resultats sontgarantis, ce qui est bon au depart n'a rien a craindre car a-t-on jamais vu le sel ne pas register a l'epreuve du temps,? L'allusion au sel, considere naguere dans le desert comme aussi precieux que l'or, ne fait que donner plus de poids a la comparaison.

 

—     Oukha ikber elfoul qad elkra'                                                           Meme si la feve se fait aussi grosse que la courge Ma youssels el rhbat zera                                                                            Elle n'arrivera jamais au marche de l'orge

Textuellement au marche au ble, cereale plus noble que l'orge, mais les besoins de la rime . . .

C'est la version marocaine de la fable de la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf. Certes !'agriculture n'etait pas un metier inconnu des Juifs (surtout dans le Haut Atlas), mais pas au point d'inspirer des proverbes.

—    Ida tqado elktaf                                                                                       S'il n'y a plus de differences

—     Ma bqa el-israf                                                                                                     II n'y a plus de deference

L'esprit du Mellah-J.Toledano

L'esprit du Mellah – Joseph Toledano

Humour et folklore des juifs du Maroc

A la mémoire de Rabbi Yedidia et son fils Abraham qui :

S'ils avaient pu jusqu'à ce jour vivre

טולידאנו

Auraient mieux que moi ecrire ce livre

Les Juifs n'intervenant pas dans l'exercice du pouvoir, ce proverbe ne peut leur etre attribue. Son message est simple: l'ordre social exige l'existence de classes sociales et l'egalitarisme c'est l'anarchie. [Cest sans doute pour cela que l'on dit que le communisme est foncierement incompatible avec 1esprit de 1'Islam. Bien que dans la pratique on a vu que communisme et inegalites savent faire bon menage Car comme chacun sait le capitalisme c'est l'exploitation de l'homme par l'homme, et le communusme c'est juste le contraire!

 

Mindi itqada ouquari           Si mon renom a ce point tombe

:izdou qbri             Preparez ma tombe 

honneur la vie ne vaut pas d'etre vecue et il vaut mieux mourir que dechoir. Sans tenir l'honneur Sans quantite negligeable, les Juifs ne pensaient pas qu'il justifie une reaction aussi extreme que de souhaiter la mort, sinon de la provoquer. D'ailleurs ce n'est pas a l'homme de fixer l'heure de sa mort " Ne te fais pas donc pas d'illusion que la tombe sera pour toi un refuge, car c'est malgre toi que tu meurs " ( Pirke Avot 4; 28 ). Bien qu'utilise au Mellah ce proverbe correspond plus a la psychologie de la Medina: 

  Di bedel elbasso –   Qui change d'habits

Ma bedel rasso – Ne change pas de vie 

Textuellement "qui change d'habit ne change pas de visage" L'equivalent frangais saute a l'oeil: "L'ahbit ne fait pas le moine". Pas si sur……

L'HABIT DU MOINE

La vitalite d'un humour se prouve a sa capacite d'adaptation et la modernisation au lieu de le tuer n'a fait que l'affiner. Un jour notre professeur de Francais au Lycee Poeymireau cita ce proverbe pour appuyer une de ses lourdes demonstrations. Un des eleves, un enfant du Mellah qui n'eprouvait que peu de sympathie pour les cures, ajouta du tac au tac:

Ce n'est pas non plus le moine qui fait l'habit!

Et pourqoi cela?

Parce que c'est la bonne soeur.qui le lui fait!

Fureur du professeur, qui ne manquait de rien sauf d'humour, et qui envoya en colle le petit juif, pour "mauvais esprit"

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