Juifs au Maroc et leurs Mellahs-David Corcos

C'est en 5317/1577( ישבה), dit la tradition orale des Juifs marrakchis que le Mellah fut fondé et ils ajoutent cette légende: "ce fut à cause du scandale provoqué par une Musulmane qui accusait faussement un Juif chargé de nous réveiller pour les prières nocturnes du mois d'Ellul, de l'avoir maltraitée la nuit dans une rue".

Pour les Juifs, jusqu'à nos jours, ce fut donc une mesure punitive. Pourtant, ils avaient alors obtenu un beau quartier avec de belles maisons et des jardins, un quartier vaste et agréable où les marchands chrétiens n'obtenaient même pas l'autorisation de s'établir: ils avaient leur "Aduana" et leurs fondouks dans les quartiers musulmans; mais "tous les Agents et Ambassadeurs des Princes étrangers" pouvaient y habiter.

 C'est là que vécut l'ambassadeur du roi du Portugal, puis de Philippe II d'Espagne, don Francisco da Costa  qui était probablement un Juif caché. Il logeait dans une belle maison appartenant à un Juif et située près du cimetière juif. En mourant, il laissa un testament dans lequel il demandait à être enterré dans cette maison ou dans son jardin, bien qu'il y eût un cimetière pour les Chrétiens à Marrakech ".

 Pendant ses douze années de séjour dans la capitale du Maroc, da Costa protéga les Marranes revenus au judaisme et à l'occasion, il avait abrité chez lui certains d'entre eux. En 1587, il fut même dénoncé au Tribunal de l'Inquisition de Lisbonne en même temps qu'un de ses protégés, Antao de Barcelios, par un Juif renégat d'origine portugaise et natif de Meknès, Sebastiao Pereira.

 Dans le Mellah de Marrakech, il y avait aussi Henri Roberts, Envoyé de la reine Elizabeth d'Angleterre, le médecin de l'Isle, ambassadeur du roi de France Henri IV et d'autres encore, personnages moins célèbres dont quelques-uns étaient des juifs cachés, comme don Francisco da Costa et Belchior Vaez d'Azevedo, natif d'Arzila au Maroc, capitaine et marin, Envoyé d'Antoine de Bourbon, roi de Navarre, auprès du sultan Abd-Allah al-Ghalib.

 Le gendre de Vaez d'Azevedo, Bartolomé Rabelo, marrane judaïsant, était l'agent du roi de Navarre au Maroc et vivait, lui aussi, dans le Mellah de Marra­kech .

Alors que Marmol nous avait signale qu'il y avait eu plus de trois mille maisons juives dans le seul quartier de Mwasin, Mocquet entre 1601 et 1607, avait vu seulement quatre mille Juifs dans la nouvelle "Juderia" ou Mellah. Trente ans plus tard, Thomas Le Gendre, negotiant franfais qui vecut vingt-cinq ans a Marrakech, ne nous parle plus que de quatre a cinq cents Juifs se trouvant dans ce meme Mellah! II est vrai que depuis 1598, la peste desolait le Maroc. Elle dura jusqu'en 1607 et fit des centaines de milliers de victimes,La Relation de Georges Wilkins rapporte d'une maniere tres exageree le chiffre de sept mille sept cents morts chez les Juifs de Marrakech et dans la seule annee de 1604.

 Si l'epidemie et aussi la famine qui s'ensuivit avaient surement fait des ravages dans le Mellah comme ailleurs, il semble que la segregation, meme dans les meilleures conditions, avait incite beaucoup de Juifs de la ville a aller vivre ailleurs. Jusqu'en 1682, les deux seuls Mellahs du Maroc etaient ceux de Fes et de Marrakech. Le Francais Mouette qui nous a laisse un ouvrage sur sa captivite au Maroc de1670 a1681, nous a expressement fait connaitre cette situation: "Dans Fes et dans Maroc (Marrakech)", ecrit-il, "les Juifs sont separez' des habitants, ayant leurs quartiers a part, ceints de murs dont les portes sont gardees par des gens etablis par le Roy

… Dans les autres villes ils sont melez avec les Maures". En 1682 un troisieme Mellah fut fonde, celui deMeknesdont Moulay Ismael (1672-1727) avait fait sa capitale: "Le sultan Moulay Ismael fit sortir les Juifs de la capitale et leur fit construire un quartier special en dehors de la ville, a Berrima. II fit venir a Meknes les Filala (gens du Tafilalet) qui etaient a Fes et leur assigna  comme residence l'ancien quartier des Juifs

Un esclave anglais de Meknes raconte que l'ordre fut bien donne aux Juifs de construire leur Mellah en 1679. Ce travail auquel en fait les Juifs echapperent en versant une forte somme d'argent au souverain, fut accompli par les esclaves Chretiens et termine par eux en 1682, date indiquee par les auteurs arabes.

 Le quartier de Berrima, ou le nouveau Mellah a ete edifie, fut alors englobe dans 1'enceinte de la ville. Dans le passe, la majorite des Juifs avaient habite dans un quartier appele le canot (derb al-Knout) ou vivaient egalement des captifs chretiens. Sur les debuts du Mellah, nous connaissons quelques details par le consul de France a Tetuan, Estelle, et 1'ambassadeur de Louis XIV, Pidou de Saint Olon, venus a Meknes en 1693. "C'est", ecrit de Saint Olon, "un quartier assez grand, mais qui n'est pas plus propre que dans les autres villes".

II ajoute ensuite. "Ils (les Juifs) ne laissent pas d'etre a leur aise au dedans et d'y avoir plus de commodites que les Maures memes". L'ordre et la paix regnirent au Maroc sous le gouvernement de Moulay Ismael. Malgre les cruautes du souverain, qui frappaient tout le monde, Musulmans, Juifs, marchands et captifs chretiens, ce regne fut une longue periode de stabilite et de prosperite.

 Les Juifs dont on peut dire qu'ils furent le seul element vraiment actif dans les domaines du commerce et de l'industrie, developperent et embellirent leurs quartiers. L'apparence du Mellah de Meknes refletait la situation generale du Maroc et celle des Juifs en particulier. En 1704, on constate de grands progres dans ce Mellah, sa tenue, son activite.

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