Les juifs de Colomb-Bechar-Jacob Ouliel

  1. colomb-becharAUTRES APPORTS

Aux deux grands groupes fondateurs de la communauté juive bécharienne, les Kenadziens et les Tafilaliens, se sont joints des Juifs venus d'autres régions du Maghreb, principalement d'Algérie : Oran, Saïda, Tlemcen, Mostaganem, mais aussi du Maroc : Figuig, Oujda…

Un fragile équilibre entre le souvenir de la dhimma (toutes ces régions d'origine, Touat, Tafilalet… faisaient partie du Maroc, et particulièrement du Blad es Siba de la dissiden­ce, où le sort des Juifs n'était guère enviable) et le réflexe de rejet ou de mépris de cer­tains Européens. Cette situation allait resserrer les liens et provoquer une sorte de repli sur eux-mêmes de ces Juifs Kenadziens ou Tafilaliens, d'où une extraordinaire solidarité. Bien évidemment, les membres des différentes composantes – séparés par des barrières multiples (culture, traditions et rites différents…) – finirent par se fondre dans un ensemble unique et quasi-autonome ; l'éloignement et l'endogamie allaient faire le reste et resser­rer les liens : dès lors, la communauté se forgea une âme et trouva un équilibre entre deux formes de bilinguisme, deux cultures : arabo-berbère avec youyous, musique judéo-andalouse et danse du ventre, chez les uns, tendances au modernisme francophone chez les autres.

Ainsi, la communauté s'organisa peu à peu, aux plans social, éducatif, religieux… elle pouvait assurer l'observance des règles alimentaires, ayant son propre élevage, ses bou­cheries cachères, ses épiceries…

La communauté juive bécharienne, outre les opérations essentielles, qui l'engageaient tout entière, avait ses affaires plus intimes, et aussi nobles, dans lesquelles intervenaient les femmes : la bécharienne, bien plus discrète que la légendaire mère juive, a joué un rôle, effacé sans doute, mais particulièrement important ; en premier lieu, il faut observer que, contrairement à ce qui peut être imaginable dans une société archaïque où subsis­taient des usages hérités des traditions islamiques comme la polygamie, où les familles étaient souvent nombreuses, comme nous le verrons, la femme est restée le personnage central de la famille.

Suite aux alliances successives entre Juifs de toutes origines, la communauté, gagnant en cohésion, accéléra son unification pour devenir une grande famille, – au figuré, comme au sens propre par le jeu des alliances -, dans laquelle la mère juive bécharienne, tout naturellement, fut amenée à jouer les intermédiaires modératrices en cas de difficulté entre les membres de sa famille d'origine et sa famille d'adoption.

 Elle a assuré le maintien et la transmission des coutumes ; à l'occasion des fêtes, elle a veillé à conserver la solennité et la valeur symbolique des éléments qui devaient impré­gner ses enfants, complétant l'enseignement religieux dispensé par le père ou le rabbin. Dépositaire de la tradition, elle est à la base de l'éducation des enfants qui lui sont parti­culièrement attachés, et aux yeux desquels elle demeure un exemple. Il faut ici remarquer la valeur morale et intellectuelle d'une telle éducation (fondée sur les enseignements de la Thora ), qui avait pour résultat immédiat de préserver les jeunes de tous les fléaux sociaux : non seulement la violence, la délinquance, l'ivrognerie étaient ignorées, mais la drogue, le suicide… étaient inconnus ;je ne me rappelle pas avoir enten­du parler d'un Juif bécharien assassin, violeur ou seulement mis en prison… Par ailleurs, le divorce était si rare dans notre communauté, qu'un Juif bécharien fut mis en quarantaine, dit-on, parce qu'il s'était séparé de sa femme.

N.B. Les rares différends d'ordre privé (divorces ou conflits de voisinage…) étaient réglés à l'amiable, en présence des notables de la communauté, sous la présidence du Grand Rabbin.

La mère juive bécharienne, qui avait une nombreuse famille (6 à 9 enfants, fréquemment), veillait à faire des jours de joie des fêtes et shabbats ; pour cela, elle préparait les plats les plus succulents, les meilleures pâtisseries…

Pour le Shabbat, l'extraordinaire pain au cumin, à l'anis, au sésame… si parfumé, se pré­parait la veille, tout comme les plats (tafina…) que les enfants portaient au four commu­nautaire afin qu'ils mijotent vingt-quatre heures durant sur des galets chauffés à blanc. A Pessah (la Pâque), nous le verrons, les familles confectionnaient elles-mêmes des matsot (galettes) autrement plus croustillantes que la production industrielle. Autant de raisons qui ont fait la réputation de la cuisine juive bécharienne, devenue légen­daire…

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