Le bateau Egoz – ses traversées et son naufrage-Meir Knafo- Les réactions en Israël sur le naufrage d'Egoz-Dr Yaron Tsour

Les réactions en Israël sur le naufrage d'Egoz

Dr Yaron Tsour

Et quelles furent les réactions en Israël à propos de la catastrophe? Comment est- ce que le Egoz et son naufrage permirent le lien entre l'immigration du Maroc et le mythe de l'immigration clandestine d'Europe avant la création de l'état d'Israël? Le Dr Yaron Tsour se penche sur ces questions dans son étude "L'immigration clandestine et l'élaboration de la société nationale", qui traite de l'influence de l'immigration secrète du Maroc jusqu'à la relation entre Israël et les juifs du Maroc. Plus loin, un fragment de cette analyse.

La catastrophe d'Egoz suscita en Israël un large écho. A partir du 12 janvier 1961, nous fumes témoins d'un nombre non négligeable d'informations et de réactions dans les journaux sur la catastrophe, qui générèrent un large écho publique. Malgré le caractère sensible de l'évènement d'un point de vue politique internationale, même le gouvernement fut contraint de réagir, quand bien même fut-ce de façon assez retenue. Golda Méir, alors ministre des affaires étrangères, fit une condamnation à la Knesset du pouvoir marocain qui empêchait la libre immigration. Dans ses propos elle s'adressa aux juifs du Maroc, déclara l'identification du peuple en Israël avec eux et leur douleur, et elle promit "qu'ils ne sont pas seuls dans le combat" (le sujet mériterait une analyse en soi et il est préférable, dans ce contexte, de comparer l'écho que provoqua la catastrophe d'Egoz avec celui que provoqua une autre catastrophe qui endeuilla l'immigration nord-africaine dans la période légale, "la catastrophe d'Oslo" (20.11.1949). Dans cette catastrophe périrent dans un accident d'avion vingt-sept enfants juifs en route vers un centre médical en Norvège, et de là ils étaient censés immigrer en Israël dans le cadre de l'immigration de la jeunesse.

Malgré ces protestations, des voix se sont élevés en Israël faisant allusion à la réaction officielle et publique sur la catastrophe Egoz qui d'après eux fut assez limitée. Cette relative réserve, fut dictée probablement par une politique orientée, qui priorait d'eviter une réaction acerbe et qui serait susceptible, plus tard, de constituer un obstacle dans l'élargissement de l'immigration en provenance du Maroc. Les réactions du publique israélien sur la catastrophe d'Egoz, aussi peu nombreuses qu'elles furent, reflétèrent justement la contrepartie positive qui s'était opérée dans le statut de l'immigration du Maroc en comparaison à celui qui prévalait dans les premières années de la création d'Israël, l'endroit ici n'est pas propice pour présenter et disséquer en détail les réactions des journaux et du publique sur la catastrophe. Nous préciserons seulement, que pour la première fois de son histoire, l'immigration marocaine devint le foyer d'inquiétude et d'identification générale. En cela, un fait bien sûr aida à ce que la catastrophe maritime se lia à la conscience publique comme l'un des mythes centraux de la lutte nationale sur le chemin de la fondation du pays – le mythe de l'immigration clandestine, c'est-à-dire, les efforts souterrains héroïques et martyrs pour parvenir à la terre d'Israël.

Dans ce contexte s'esquissèrent, consciemment ou non, des fondations supplémentaires dans le développement de l'organisation de l'Alyah du Maroc: d'une entreprise dominée par le département de l'immigration de l'agence juive l'un des bras de l'institution sioniste qui ne jouissait pas d'un prestige particulier à une entreprise dominée par le "Mossad', peut-être le bras le plus prestigieux des institutions de l'état dans la conscience du public israélien; d'une immigration qui entre par irruption et en nombre d'immigrants important, dont le statut dans la hiérarchie "de l'image de marque" qui se développait en Israël était des plus bas, à "l'immigration de sauvetage", certes naturellement réduite, de juifs qui ne demandaient qu'à se libérer du joug d'une vie dans un pays arabe.

L'immigration secrète et la catastrophe maritime qui l'endeuilla contribuèrent, cependant, à l'élévation du statut de l'image de l'immigration en provenance du Maroc dans la société nationale qui se développait en Israël. De façon paradoxale, la catastrophe remplit un rôle positif dans le rapprochement du judaïsme marocain vers l'homme de la rue israélien.

On peut résumer en disant que nous avons devant nous un exemple de la façon dont contribua l'immigration clandestine du Maroc, grâce à son caractère particulier, secret et "sécuritaire', à apaiser le conflit intérieur qui rendait difficile la creation de l'homogénéité et de l'harmonie dans la société israélienne. De cet exemple, il est peut-être possible d'apprendre sur le potentiel enfoui dans l'immigration clandestine en général, en tant que catégorie particulière d'immigration, pour l'apaisement des conflits semblables et le rapprochement des immigrations dites non élitistes dans la société nationale.

Cette nuit, vous êtes enfin arrivés chez vous

Tsiona Sher

En décembre 1992, furent rapatriés du petit cimetière d'Aluceimas au Maroc les ossements de 22 victimes d'Egoz, et furent inhumés au mont Hertzl, à Jérusalem. A la cérémonie nationale d'inhumation furent présents des dizaines de membres de la Misguéret, qui vinrent leur témoigner un dernier hommage. Parmi les présents, se trouvait Tsiona Sher, l’épouse de Hertzel Sher, qui était chef de la Misguéret à Gibraltar pendant la période des opérations du bateau Egoz.

Hertzel. mon mari, était parti seul en émissaire à Gibraltar. Notre fille et moi- même sommes restées en Israël. Pendant une longue période nous avons reçu des cartes postales, jusqu'au jour tant espéré où nous sommes parties en bateau le rejoindre à Gibraltar. Là-bas nous étions l'unique famille israélienne. Hertzl se trouvait souvent en déplacement, et moi j'étais l'unique gardienne du feu à cet endroit. Je faisais de mon nieux afin que les activités se poursuivent. Les jours les plus difficiles étaient les dimanches et les jours de fête. Gibraltar se vidait alors de ses habitants et tout le monde s'enfuyait en Espagne. A la naissance de notre petite fille, j'étais présente jour et nuit à la base et je faisais le travail qu'il m'incombait de faire. Notre maison servait de lieu de passage à ceux qui arrivaient et à ceux qui partaient, et nous nous sommes efforcés de leur donner le sentiment d'une maison bonne et chaleureuse.

Je me souviens particulièrement du naufrage d'Egoz, quelques jours avant la catastrophe Haïm Serfaty et son amie étaient nos hôtes pour un déjener à la maison. Nous savions que c'était sa dernière traversée, et qu'après, ils se marieraient. Mais la fin. nous la connaissons, c'était effectivement sa dernière traversée.

Par la suite, sont arrivés à Gibraltar les familles de Yéhuda Alboher et de Ehud Daivis, des gens merveilleux. Le jour de l'arrivée des cercueils sur le mont du "repos étemel" à Jérusalem, était pour moi la fermeture d'un cercle. J'étais arrivée seule à la cérémonie, mon mari n'était déjà plus parmi les vivants. Il n'a pas eu le mérite de voir comment ces gens merveilleux ont été conduits à leur dernière demeure en Israël dont ils avaient tant rêvé. Mais voilà, ils sont finalement arrivés, après de grands efforts. Ça m'a été difficile. Difficile aussi pour les familles et toute la population d'Israël, en ce jour de deuil national, "reposez en paix dans vos dernières demeures" avais-je murmuré au moment de l'inhumation, alors que j'essayais de reconstituer dans ma mémoire la dernière fois que j'avais rencontré Haïm Serfaty dans notre maison de Gibraltar: le dimanche 8.1.1961, était arrivé chez nous, pour déjeuner, un jeune couple. L'homme, c'était Haïm Serfaty, et l'avait accompagné son amie. Ils nous avaient amené un cadeau, un ouvre bouteille en forme de goéland. Lorsque nous avons vu l'ouvre-bouteille, nous avons échangés, mon mari et moi, des regards. Pendant le repas, nous avons appris que le jeune couple s'apprêtait bientôt à se marier, et que c'était la dernière traversée de Haïm avant qu'il ne quitte la Misguéret, il se mariera et fondera un foyer en Israël.

A partir de ce moment, lorsque Hertzl et moi avions l'occasion de voir des goélands près de la plage, je pouvais distinguer dans ses yeux un regard de tristesse. Un jour il m'a raconté la légende sur les goélands qui est racontée parmi les marins: "les marins, à leur noyade et pendant leur descente vers les fonds de mer – leur âme s'envole et pénètre dans un goéland.'

En réfléchissant à ce qui s'est passé, nous avons reçu de Haïm le goéland, et ensuite – comme tout le monde le sait – tous les immigrants clandestins d'Egoz et avec eux Haïm, sont descendus vers les abîmes, et nous, nous sommes restés avec l'ouvre-bouteille, avec le goéland et avec la légende.

J'ai décidé de remettre ce même ouvre-bouteille en forme de goéland à l'organisation des membres actifs de la clandestinité et des Prisonniers de Sion d'Afrique du Nord, car je crois que c'est l'endroit le plus respectable pour détenir cet objet.

Le bateau Egoz – ses traversées et son naufrage-Meir KnafoLes réactions en Israël sur le naufrage d'Egoz-Dr Yaron Tsour page 413

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