Culte des saints musulmans  dans l’Afrique du Nord et plus spécialement au Maroc-Edouard Montet

Continence et incontinence des saints.

Si le culte des saints est en partie le résultat des vertus qu'ils peuvent avoir, le discrédit, le mépris même dans lequel ils tombent dans l’esprit de quelques-uns, est certainement dû, en partie également, aux vices qu’on attribute à plusieurs d’entre eux.

Et cependant qui ne sait que, dans la superstition populaire, tout est permis aux saints qu’on adore! Les pratiques antinomiennes, suivies par plus d’un, mort en odeur de sainteté, ont été souvent considérées, dans les religions, comme un hors la loi, privilège d’êtres réputés surnaturels et divins.

 

De nombreux marabouts vivent de la vie habituelle et commune, se mariant et acceptant les conditions de l’existence, telles qu’elles se sont formées dans la société musulmane. Il en est d’autres qui se livrent, les uns à la continence et à l’ascétisme, les autres à l’incontinence et à la débauche. C’est de ces derniers que nous aurons surtout à parler ici.

Les saints continents et ascètes sont l’exception dans l'islàm. Cela vient du fait, commun aux deux grandes religions monothéistes sémitiques, que l’ascétisme n’y est pas en faveur. Le Coran, tout aussi bien que l’Ancien Testament, est opposé à la mutilation de l'étre humain, et, par suite, à toutes les pratiques qui limitent ou arrêtent le libre épanouissement de la vie chez l’homme.

On a observé avec raison que, si le musulman qui aspire à devenir marabout cherche à se faire remarquer par son ascétisme, une fois devenu marabout, il renonce volontiers aux actes de continence, qui n’ont eu qu’un but, lui servir d’échelle à la dignité de saint.

 

On cite cependant des marabouts ayant pratiqué ou pratiquant l’ascétisme et la continence. On cite aussi des saintes qui ont dû leur renom de maraboutes à leur virginité. On voit à Tunis, paraît-il, le tombeau d’une sainte qui avait défendu sa virginité, en changeant en femme un impudique qui avait tenté de la séduire.

C’est à ce groupe qu’il faut rattacher les saints pouilleux et sales, circulant à moitié nus, vêtus de loques sordides et affectant le plus grand mépris pour les biens de ce monde Tel était le fondateur de l’ordre religieux des Heddàoua, Sîdî Heddi, au XIII siècle.

 

Il y a aussi les marabouts pratiquant en tout l’austérité, à l’exception toutefois de l’article femme. Tel fut l’illustre marabout ‘Abdallâh ben Yasîn, le fondateur et le chef des Almoravides, réformateur réputé par ses austérités, et qui mourut sur le champ de bataille en 1059. Ce saint était loin d’être un modèle de continence. Voici ce que l'auteur du « Roudh el-Kartas », Aboû Moh’ammed Çalah ben Abd el-Halîm, de Grenade, nous apprend sur ce pieux personnage :

«'Abdallàh ben Yasîn était très austère, et, pendant tout le temps qu'il resta au Maghreb, il ne mangea point de viande et ne but point de lait, car les troupeaux n’étaient pas purs à cause de la profonde ignorance du peuple. Ben Yasîn ne vivait que de gibier; mais cela ne l’empêchait point de voir un grand nombre de femmes; chaque mois il en épousait plusieurs et s’en séparait successivement; il n’entendait pas parler d’une jolie fille sans la demander aussitôt en mariage. Il est vrai qu’il ne donnait jamais plus de quatre ducats de dot " »

 

Le chapitre des saints bons vivants, débauchés ou lubriques, est plus long que celui des continents et des ascètes, et nous venons déjà de voir que l’austérité de certains saints n’est que très relative. Il y a ici plusieurs catégories à distinguer.

Nous citerons tout d'abord les marabouts riches et grands seigneurs, amis des plaisirs et de la vie facile. C’est parmi eux qu’on trouve ces saints personnages qui, en Algérie et ailleurs, boivent en public des liqueurs fortes ou de l'absinthe, ne craignent même pas de s'enivrer en abusant de l’eau de vie, fument l'opium, et dont la moralité est d’ailleurs fort relâchée.

Il y a les marabouts parasites, ne cherchant qu’à duper leurs admirateurs et à faire bonne chère; plusieurs, parmi eux, ont été réputés par leur embonpoint extraordinaire,

ou leur obésité.

Il y a les saints obscènes, comme ce marabout don’t j’ai vu le tombeau entre Soûq et-Tleta et Guerando, sur la route de Mazagan à Marrakèch, et dont le nom, ou le surnom plutôt, est typique : il s’appelle Sîdî 1-Hawwâï, c’est-à-dire le caresseur (de femmes). Le mkhâznî (gendarme marocain) qui m’accompagnait, et qui connaissait le pays, ne voulait pas prononcer devant moi le nom de ce saint anonyme, et, lorsque je le pressai de me le dire, il le fit en s’excusant et en riant à la fois.

Il y a les marabouts impudiques, qui saisissent une femme qui passe et, en public, s’unissent à elle. On en connaît des exemples authentiques assez nombreux. A Tunis, un saint de cet acabit « accolait les femmes en pleine rue, nous raconte Pellissier de Reynaud dans ses Annales algériennes' ; les passants le couvraient respectueusement de leurs burnous pendant l’accomplissement de cet acte édifiant. »

Culte des saints musulmans  dans l’Afrique du Nord et plus spécialement au Maroc-Edouard Montet

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