Migration Juive vers Colomb-Bechar-Jacob Oliel

colomb-becharMIGRATION JUIVE VERS COLOMB-BECHAR

Les raisons d'un exode

Comme d'autres, le docteur Céard, à qui j’emprunterai beaucoup, a pu croire que les arri­vants étaient attirés par les perspectives d'un commerce qui n'allait pas manquer de connaître un développement considérable 

«L'attrait des perspectives commerciales qui s'offraient désormais à leur activité, dans une région pacifiée et accueillante, explique suffisamment ce déplacement massif d'une race que ses aptitudes proverbiales au négoce rendent essentiellement instable et migra­trice

Ce schéma d'idée, fausse autant que désobligeante, a la vie dure et j'ai pu en retrouver trace dans un ouvrage au sujet pourtant fort éloigné de Béchar et des Juifs 

«au moment où la France fit la conquête du Tafilalet, la population juive de Colomb- Béchar et des villages environnants a doublé et même triplé en quelque temps, ces com­merçants-nés se trouvant attirés par le gain facile qu'offrent le trafic d'armes et le ravi­taillement des troupes ennemie 

Qu'elle soit à mettre au compte de la malveillance, de l'ignorance ou de la maladresse, l'explication me paraît simpliste ; elle ignore les conditions de vie antérieures des gens et ne rend pas compte des réalités qui ont pu les déterminer à quitter leur région pour venir s'installer à Colomb-Béchar : outre les incitations déjà évoquées, (car les Juifs tafilaliens ne se sont pas mis en route spontanément pour s'installer de l'autre côté de la frontière), ils avaient le souci de la sécurité et la situation enviable de leurs coreligionnaires algé­riens, fut certainement l'élément déterminant, qui les poussa à quitter un pays où leurs ancêtres s'étaient établis quinze à dix-neuf siècles auparavant

L'histoire montre, d'une part, qu'ils ne se sont pas précipités, au début, massivement et spontanément, vers Colomb, et surtout, que leur venue faisait partie d'un plan imaginé par le commandant de la subdivision d'Aïn-Sefra, le Général Lyautey. S'adressant au commandant Pierron, premier responsable de la place de Colomb, ce dernier conseillait, pour attirer vers la France la sympathie des populations indigènes, de couper la région de l'influence exercée par les tribus marocaines les plus turbulentes (celles du fameux Bou'Amama*), puis d'en assurer le développement économique : «Il vous appartient d'examiner s'il n'y aurait pas intérêt à provoquer des Israélites de cette région [le Tafilalet] à venir s'installer à bref délai auprès de nous et à former ainsi les premiers et les plus efficaces agents d'échange entre la région de Figuig et le Tafilalet

Bou Amama, né vers 1845 au Ksar de Hammam Foukani de Figuig, s'est établi en 1870 à Moghrar Tahtani (1870), où il acquit une réputation de sainteté; peu après, il allait devenir un adversaire aussi insaisissable que redoutable pour les troupes françaises, particulièrement dans la région de béchar, où se trouvent ces éperons montagneux appelés « Château de Bou 'Amama 

Cette forme d'incitation de la part des autorités françaises, devait produire son effet sur de nombreux Juifs tafilaliens qui trouvèrent, par ailleurs, quelque avantage à émigrer. «Dès après l'occupation française, en 1903, les Juifs tafilaliens, heureux de se libérer du joug sous lequel les obligeaient de vivre les chefs marocains, immigrèrent vers Colomb- Béchar. Ce fut, dans cet extrême Sud oranais, l'arrivée indiscontinue (sic) d'une popula­tion extrêmement curieuse par ses coutumes et ses mœurs fermées. D'abord méfiante, parquée en quelque sorte dans un coin de l'agglomération, peureuse, obséquieuse, elle vécut à l'écart, cherchant à comprendre les sentiments qu 'animaient les chefs de la région, à son endroit. Bientôt rassurée par l'attitude des officiers, des fonc­tionnaires français, elle élargit son champ et, essentiellement assimilable, elle s'adapta fort bien et même avec reconnaissance aux lois de son nouveau pays d'élection.»4' Ces Juifs tafilaliens venaient des villages frontaliers les plus proches (Bou- 'Anane, Bou- Bnib, à l'ouest, Figuig, au nord), de la vallée du fleuve Ziz (Rissani, Erfoud, Ksar-es- Souk…), voire de localités plus lointaines (Azrou, Kerrando, Gourrama, Midelt, Talsint, Aïn-Ch'ir…) ; c'étaient, en majorité des artisans, petits commerçants, marchands ambu­lants ou caravaniers

Il est bien évident que le Cercle de Colomb-Béchar, tel qu'il était appelé alors, fut un pôle d'attraction, à partir de la construction, en 1906, du chemin de fer qui reliait ces régions à la côte algérienne, d'abord à cause des efforts de pacification, d'une présence militaire importante, et d'une position géographique idéale, au point de jonction des principales pistes caravanières vers le Dra', le Touat, les Hauts Plateaux algériens

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