Joseph Dadia A l'ombre du Bani L'ecole de l'Alliance a Akka

ALLIANCELa façade principale est percée d'une porte plus grande. C'est l'entrée de l'école par où arrivent et repartent les élèves. Elle est constamment fermée à clef, confiée au domestique Messod Lévy. Rapidement, cet homme de petite taille tout en muscles, au visage labouré par les épreuves du temps, a se révéler dynamique, plein d'initiatives et de bon sens. Un incontournable collaborateur de tous les instants. Mon confident, mon conseiller et mon ami. Je ne l'ai jamais considéré comme un domestique, appellation d'un autre âge, relevant purement et simplement de sa fonction administrative

L'école, inaugurée en mars 1955 par Monsieur Elias Harrus, est à deux encablures du mellah, à l’embranchement d'une piste entre l'oasis et es contreforts du Bani. Cette piste est empruntée régulièrement par des

hommes et des femmes à pied ou juchés sur leur âne ou mulet, de même que par leurs troupeaux, en direction de Tagadirt et de Taourirt, de l'oued Akka : où l'on pêche des poissons et de l'oued Kebbaba. Le point de départ de cette piste, parsemée de loin en loin de petits cailloux inoffensifs, est le centre administratif, siège du Makhzen, du bureau postal, du souk hebdomadaire, des magasins de commerce, d'alimentation et d'artisanat, et de la station du car qui dessert quotidiennement la ligne Tiznit- Akka et inversement.

Il me suffit d'ouvrir la porte de l'école pour admirer le va-et-vient des gens : saluer 'Ali Bihi qui revient du souk, Chrif Brahim assis près de là entouré de ses fidèles

 il m'a accordé son amitié et sa protection -, El Haj Hassan, hôte d'une imposante qasba, où il m'invite pour un thé les soirs d'un ahouach, mon voisin Mbark, impétueux jardinier, qui ne rate aucune occasion pour apostropher à la cantonade son neveu 'Ali Bihi. J'ai trouvé en chacun d'eux cette gentillesse qui m'ouvrait les cœurs et les liens de sympathie. Je pouvais aller en toute liberté dans les champs et les jardins de l'oasis

Ce lundi après le repas, René Camhy retourna à Marrakech à son poste de Directeur du Groupe Scolaire Jacques Bigart. Désormais me voilà seul face à mes obligations professionnelles. Seul, pas tout à fait ! Messod Lévy vient me voir accompagné de la cuisinière Esther Assaraf. Il me la présente timidement dans un arabe mâtiné de mots d'hébreu déformés. Ils m'exposent, l'un après l'autre, en quoi consiste leur travail à l'école. J'ai vite saisi que j'ai affaire à deux membres du personnel efficaces et consciencieux. Je leur exprime ma reconnaissance et ma joie de les avoir à mes côtés, car leur dévouement me permettra de me consacrer aux élèves et a la gestion administrative de l'école

Je les assure de ma totale confiance, ajoutant qu'ils peuvent continuer de s'organiser comme par le passé. La cuisinière me détaille le menu du petit déjeuner et du déjeuner des deux semaines à venir. Messod Lévy, l'ange gardien de l'établissement et des elèves, s'incline, prend ma main et l’embrasse. Cette marque d'estime me touche profondément. En fin d'après-midi, Messod Lévy m'accompagne au mellah pour rencontrer le rabbin et la communauté. Le mellah se résume en une impasse propre et large ; une porte à son entrée, et des maisons à un étage de chaque côté de la ruelle. A la gauche de l'entrée, un modeste atelier du dernier bijoutier et orfèvre juif, travaillant le métal, l'argent et l'or. Il est courbé devant son métier au moment où je rentre chez lui. Levant les yeux, il a tout de suite saisi qui j'étais. Il se lève et m’embrasse. Il me tend une escabelle et je m'assois. Il m'offre un verre de thé, et il se met à raconter des histoires drôles. Nous avons vite sympathisé et je lui ai promis de venir le voir de temps en temps. Messod Lévy retourne à l'école. David Assaraf vient me chercher et il me conduit à la synagogue, au fond de l'impasse De petits groupes de femmes conversent sur le seuil de leur maison. En m'apercevant, elles me percent de leur regard et se cachent le visage dans la manche du lizard qu'elles portent. Hanna Assaraf, la femme de David, s'approche de nous et elle m’embrasse la main. Elle m'invite pour le repas de shabbat midi. A la synagogue, rabbi Moshé parlait de Tora avec le cacochyme rabbi David, l'un des derniers érudits de la communauté. Trois autres notables « baisaient la poussière de leurs pieds et buvaient leurs paroles avec soif ». Tout le monde allait se lever en me voyant arriver. D'un geste de la main, je leur fais signe de rester assis. Je m’empresse de les rejoindre. Je leur donne l'accolade et je m'assieds près d'eux, en évoquant in petto ce passage de la Mishna : « Chauffe-toi au feu des savants, mais prends garde de t'y brûler … (car) toutes leurs paroles sont comme des charbons ardents 

Les deux rabbins dissertaient sur la question de savoir si le maître d'école était tenu de répéter la leçon à ses élèves, jusqu'à ce qu'ils la comprissent et combien de fois. Rabbi Moshé me donna la parole et, avec sa permission, je citai un passage du Talmud d'après lequel notre Maître Moïse a répété quatre fois la leçon pour l'enseigner à ses disciples ce qu'il a appris lui-même de Yahvé. D'autres docteurs de la Loi disent qu'il faut répéter la leçon tant que l'élève n'est pas en mesure de l'expliquer lui-même à un autre élève. Un autre docteur, parlant de sa propre expérience, indique avoir répété jusqu'à quatre cents fois la leçon à son élève. A partir de ce moment, rabbi Moshé m'entoure de son affection et de son admiration, et il m'appelle rabbi Yossef. Rabbi David, par la suite, viendra me consulter sur tel ou tel verset de la Tora : « Rabbi Yossef, que penses-tu de l'exégèse donnée à la parasha de la semaine ? Cette leçon talmudique me servira d'exemple

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