Les veilleurs de l'aube-V.Malka

Il arrive cependant que tel poète se laisse gagner par la tristesse et le désespoir. Et qu'il reprenne le cri de Jonas : Et maintenant, de grâce, ô Éternel, ôte-moi la vie ! Car la mort pour moi est préférable à la vie (Jon 4, 3), ou encore la lamentation de Job : Mon âme est dégoûtée de la vie, je veux donner un libre cours à mes plaintes, parler dans l'amertume de mon cœur (Jb 10, 1). « Mais, écrit un autre poète, les musulmans se moquent de nos espérances messianiques. Nous sommes méprisés parce qu'ils consi­dèrent que la vraie religion c'est l'islam et que Dieu ne peut pas nous aimer. »

C'est cependant aux chrétiens que s'en prend violem­ment le poète Chlomo Haloua. Il les considère comme des « idolâtres », se moque sans se gêner d'un dieu que l'on « peut voir et toucher ». Comment connaît-il l'existence des chrétiens et surtout leur foi et leurs croyances puisque, depuis le Moyen Âge, il n'y a pratiquement pas de communautés chrétiennes dans le pays ? Serait-il, comme on le dit, allé dans la ville de Rome qu'il cite dans son œuvre ? Selon Yossef Chétrit à qui l'on emprunte ces observations, il semble que Haloua ait écrit son poème après un voyage qu'il a entrepris à Gibraltar et au cours duquel il a pu prendre connaissance de l'essentiel de la théologie chrétienne.

On a vu plus haut qu'un autre poète, David Hassine, s'en prendra, de son côté, sans les nommer explicitement, aux francs-maçons dont il expose les croyances. Il dit que ces francs-maçons lui ont « tendu des pièges » et il exprime l'espoir qu'ils « ne trouveront pas d'adeptes dans le peuple d'Israël qui croit au Dieu vivant ».

Pour toutes ces raisons, les riches de la communauté acceptaient souvent de participer financièrement (voire à la prendre entièrement en charge) à l'édition de telles anthologies. Il est arrivé que des imprimeurs juifs mettent leur petite entreprise au service de telles initiatives. Cela ne signifie naturellement pas que tous les poèmes écrits par les rabbins du Maroc aient trouvé hospitalité dans ces répertoires. Les chercheurs spécialisés notent, au contraire, qu'un grand nombre de ces manuscrits restent aujourd'hui encore éparpillés à travers le monde dans des bibliothèques, dans des universités et dans des musées, mais également dans des archives familiales dont les détenteurs refusent obstinément de se dessaisir. On connaît deux professeurs d'universités en Israël qui, aujourd'hui encore, passent une partie de l'année à voyager de ville en ville et de village en village, au Maroc, à la recherche de vestiges de ces productions, qu'elles soient de carac­tère poétique, historique ou kabbalistique. Les mêmes chercheurs n'oublient pas d'ajouter que nombre de ces poèmes liturgiques et religieux ont naturellement disparu, à jamais, souvent dans des incendies ou dans des inon­dations.

C'est par centaines que l'on compte ces petites antholo­gies de poésie juive marocaine. Chaque grande ville du pays a tenu à éditer la sienne. Les noms qui ont été donnés à ces petits répertoires sont tous extraits de récits de la Bible et le plus souvent du livre des Psaumes. Que l'on en juge : Qu 'Israël se réjouisse (307 pages) ; Qu 'Israël chante (182 pages) ; Une heure pour toute chose (236 pages) ; Nouveaux Chants et une voix qui pleure (70 pages) ; Un violon agréable (49 pages) ; etc.

Ces anthologies ont toutes pour objectif de répondre à des demandes du public. Chacun veut avoir à sa disposi­tion personnelle les textes des poèmes liturgiques qu'il a entendu chanter, en telle ou telle occasion, à la synagogue. Il arrive que, faute de moyens financiers pour se procurer ces recueils, certains prennent soin de les recopier labo­rieusement à la main dans des carnets. Le plus souvent cependant on fabrique de petits répertoires des vingt ou trente poèmes pour lesquels on a une préférence.

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