Histoire des juifs de Safi-Brahim Kredya

1.2. Les sultans étaient convaincus de l'habileté des juifs et de leur sagacité dans les affaires commer­ciales, dans les finances et dans les négociations avec les étrangers. Ainsi, ils leur faisaient particulièrement confiance pour des missions commerciales et diplo­matiques en Europe. Le sultan Sidi Mohammed s'appuya sur leurs compétences pour animer et faire réussir sa politique commerciale, soit en les introdui­sant dans le service des négociants étrangers, soit par le système de « commerçants du roi" ». Il les nomma également, comme son fils le sultan Moulay Abderrahman, consuls en Europe, chargés des missions diplomatiques difficiles.

         Les « commerçants du roi » (« Tujjar Al-Sultan ») est une expression qualifiant une élite de grands négociants juifs et les juifs fortunés qui avaient un contact direct avec le Makhzen central et aussi avec le Sultan. Cette élite bénéficiait d'avantages écono­miques divers, dont l'exonération des impôts de capitation, l'exclusivité dans l'importation et dans l'exportation de certaines marchandises, l'octroi de prêts sans intérêts accordés par le Trésor public pour le commerce extérieur, des facilités dans le rembour­sement des crédits et dans le paiement des arriérés des droits de douane… En contrepartie, le Makhzen les chargeait de développer le commerce extérieur et d'en élargir les horizons, ce qui augmen­tait les recettes des douanes et des autres impôts. Les familles Sombil de Safi et Corcos de Marrakech, Aflalou d'Agadir et Ben Soussan de Rabat (« commerçants du roi ») se sont illustrées sous le règne de Sidi Mohammed Ben Abdellah.

En considération de leurs services, ils accordaient à certains d'entre eux des dahirs d'honneur et de respectabilité et les exemptaient de toutes les taxes et de tous les impôts.

.- Les commerçants et les consuls étrangers préféraient traiter avec les juifs marocains dans leurs affaires commerciales et dans le domaine diplomatique, pour les raisons suivantes :

  1. Le désir des étrangers de profiter des compé­tences des juifs dans le commerce et le courtage et de les utiliser pour élargir leurs activités commerciales dans les régions du pays, eu égard à leur connaissan­ce précise et détaillée des lieux de vie de la population marocaine et à leur facilité d'accès à toutes les contrées – que ce soient les campagnes, la montagne ou le désert -, pouvant pénétrer dans toutes les agglomérations, proches ou lointaines, sans se préoccuper des obstacles naturels.
  2. De nombreux négociants juifs, par leur solide et vieille expérience dans les affaires d'importation et d'exportation, étaient considérés par les commer­çants étrangers comme de véritables concurrents qui pouvaient leur nuire, et « il convenait de s'en approcher et de les associer à leurs commerces ».
  3. De nombreux juifs marocains, en plus de parler la langue nationale, l'arabe et les dialectes amazighs, connaissaient quelques langues européennes comme le français et l'espagnol. Bien plus, le seul fait de connaître « quelques mots des langues européennes» suffisait pour que les consulats et les commerçants les engagent en qualité d'interprètes, de courtiers, et même de représentants consulaires dans les ports.
  4. Certains des négociants juifs importants et riches entretenaient des rapports étroits et directs avec beaucoup de personnalités du pouvoir à l'échelon local ou central. De telles relations profitaient aux commerçants étrangers en aplanissant les difficultés qui pouvaient gêner leurs marchés ou freiner l'exten­sion de leur commerce.

3.־ De nombreux juifs marocains aspiraient à se placer sous le protectorat consulaire afin de réaliser des profits dans leurs affaires personnelles. On notera :

3.1. Le désir de certains juifs de profiter des richesses que les courtiers recevaient des maisons de commerce, et des négociants qui leur accordaient leur protection pour acheter des marchandises maro­caines et pour s'acquitter des droits d'exportation. Les juifs s'excusaient au moment de régler les droits de douane et demandaient des délais supplémen­taires pour le paiement, ce que le Makhzen acceptait. Ils investissaient les sommes qu'ils conservaient dans leurs affaires commerciales ou dans leurs pratiques usurières.

3.2. La tentative de certains juifs, surtout les plus riches, d'échapper aux taxes que le Makhzen leur imposait. Plus même, une partie de ces Marocains réussit à se débarrasser définitivement de l'autorité du Makhzen et de ses conséquences juridiques et financières, après s'être rendus et avoir séjourné quelque temps dans l'un des pays d'Europe, et en en obtenant la nationalité. Ils retournaient ensuite dans leur patrie, libérés de ses lois et de ses devoirs, jouissant des mêmes droits que les étrangers en consi­dération, respect et avantages. Cela au préjudice du reste de leurs frères marocains, musulmans et juifs.

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