Contes populaires racontes par les Juifs du Maroc-Dr Dov Noy-Jerusalem 1965- LE CHEIKH DE SUIRA ET LE RABBIN HAYIM PINTO

contes populaires

37.

LE CHEIKH DE SUIRA ET LE RABBIN HAYIM PINTO

Le rabbin Hayim Pinto fut le berger fidèle de la communauté juive de la ville de Suira. Ce fut un homme aux manières mo­destes, le plus grand sage de son époque, un homme qui, par son comportement, était un modèle pour tous. Toutes les paroles qu’il prononçait servaient la vérité et la justice et ceux qui essayaient de porter atteinte à son honneur, étaient punis par le ciel.

Un jour, le rabbin rencontra dans la rue le cheikh arabe qui régnait sur la ville. Lorsqu’il vit le rabbin, dans sa longue robe, il se mit en colère, appela l’un de ses serviteurs et lui dit: “Va dire au rabbin que je ne veux plus le voir dans sa tenue spéciale. Si je le vois encore une fois ainsi, je le ferais mettre en prison.” En rentrant chez lui, dans le quartier juif, le rabbin Pinto se dit: “Comment ferai-je pour obliger cet homme à respecter la religion des Juifs? Je dois lui donner une leçon dont il se sou­viendra jusqu’à la fin de ses jours. Il doit être puni et il faut qu’il vienne chez moi pour se faire pardonner son arrogance.” Le soir du même jour, le cheikh, après avoir fait un bon repas dans son palais, se retira dans sa chambre à coucher. Comme tous les soirs il fuma son narghilé, se déshabilla et se mit au lit. Mais quand il s’apprêtait à s’endormir, des esprits vinrent l’importuner -— ils lui enlevèrent sa chemise de nuit, fouettèrent son corps nu et disparurent.

Le cheikh se tourna et se retourna dans son lit et son corps lui faisait tellement mal qu’il ne put s’endormir jusqu’à minuit. Il appela ses sénateurs et ceux-ci constatèrent que leur maître avait des plaies saignantes. Et dans toute la ville on ne trouva pas de médecin capable de guérir ses blessures. Mais le fait que les ser­viteurs du cheikh ne savaient pas qui l’avait frappé et comment ceux qui l’avaient blessé étaient entré dans sa chambre, avait pro­voqué un grand étonnement général.

La nuit d’après, la même scène se répéta dans la chambre du cheikh, mais, cette fois-ci, ses douleurs étaient plus grandes encore, car les blessures de la veille n’étaient pas encore guéries.

Le lendemain, le cheikh fit venir tous les médecins et tous les magiciens de sa ville, mais ni les uns, ni les autres ne purent mettre fin à ses souffrances. Il fit alors appeler le pacha (chef religieux des chérifs et guide spirituel de la communauté) qui, en voyant le maître de la ville étendu sur son lit, lui demanda: “Que t’arrive-t-il, comment as-tu été blessé? Et pourquoi?”

Le cheikh ne savait que répondre. Il savait que des esprits ve­naient l’attaquer, mais il ignorait pourquoi.

Le pacha interrogea alors le cheikh sur ses activités au cours des derniers jours: “As-tu fait du mal à quelqu’un? As-tu insulté un homme?”

Le cheikh répondit: “Je n’ai fait de mal à personne. Il est vrai qu’avant-hier j’ai rencontré un Juif habillé d’une longue robe. Je me suis fâché contre lui, parce qu’il se montrait dans une tenue particulière dans une ville musulmane et je lui ai donné l’ordre de ne plus se promener dans cette tenue. Je l’ai également menacé de le faire jeter en prison, si je le voyais encore une fois habillé de cette manière.”

Le chef des chérifs dit alors au cheikh: “Tu as eu le malheur d’insulter le sage Hayim Pinto et tu subis maintenant les con­séquences de cet acte. Tu ne pourras mettre fin à la punition qu’en demandant pardon au sage Juif. Remets-moi un cadeau pour le Juif. J’essayerai de l’apaiser et d’obtenir qu’il te pardonne.”

Le cheikh ouvrit son coffre-fort et en sortit un petit sac con­tenant 300 réals et des billets signés par le pacha. Avec cette somme le pacha acheta huit coqs gras, un mouton et plusieurs bouteilles de vin; puis il alla chez le rabbin, déposa les cadeaux devant la maison et frappa à la porte.

La servante du rabbin entendit la voix du pacha qui deman­dait à être admis dans la maison du rabbin. Elle lui demanda: “Que viens-tu faire ici.”

“Je demande à être reçu par le rabbin Hayim,” dit l’homme qui remplissait une des plus hautes fonctions dans la ville.

Le rabbin dit à sa servante: “Va dire au chef des chérifs que je n’ai pas l’habitude d’accepter de cadeaux. Qu’il reprenne tout ce qu’il m’a apporté et le rende au cheikh et je promets à celui-ci que les esprits ne viendront pas l’importuner cette nuit, car je leur demanderai d’avoir pitié de lui.”

Le pacha était fort étonné que le rabbin sache qu’il était venu et qu’il lui avait apporté des cadeaux. Il retourna au palais et passa toute la soirée près du lit du cheikh. Il raconta à celui-ci ce que le sage rabbin Pinto avait fait en faveur des deux com­munautés de la ville, juive et musulmane. Le cheikh demanda alors qu’on inscrive en grandes lettres sur les portes de la ville ce texte: “Celui qui porte atteinte à l’honneur du rabbin Hayim Pinto sera jugé comme s’il avait porté atteinte à l’honneur du cheikh de la ville, car le cheikh a éprouvé sur son corps le pou­voir du rabbin.”

Tous les habitants de Suira lurent le texte inscrit sur les portes de la ville et la recommandation du cheikh s’inscrivit dans leur mémoire.

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