Tehila le David.R.D.Hassine

LA COMMUNAUTE JUIVE MAROCAINE AU XVIIIe SIECLE

Au XVIIIe siècle, la communauté juive marocaine reste étrangère aux deux courants spirituels qui bouleversent le monde juif: le hassidisme, puis la haskala. Elle bénéficie, pendant le règne du sultan Moulay Ismaïl (1672-1727), de la stabilité politique et de la sécurité relative imposées par ce monarque autoritaire, qui choisit Meknès pour capitale.

 Ce nouveau statut privilégié de la ville favorise le développement économique et intellectuel de la communauté juive, qui va finir par rivaliser avec celle de Fez, jusque-là le centre incontesté de la culture juive marocaine.

 Cependant, les juifs restent soumis aux exactions arbitraires et ruineuses du sultan et de ses représentants, ainsi qu'aux violences sporadiques des soldats de sa célèbre Garde Noire, les 'abid, dont il s'assure la fidélité en les laissant de temps à autre se livrer au pillage. Ainsi, le mellah de Meknès est mis à sac en 1704  et 1720

Moulay Ismaïl inspirait une telle terreur que l'historien contemporain Aboulqâsem Ben Ahmed Ezziani note avec satisfaction que " le pays jouissait de la sécurité la plus complète.

Un juif ou une femme pouvaient aller de Oudjda à l'Oued Noun sans que personne osât leur demander d'où ils venaient, ni où ils allaient", in Le Maroc de 1631 à 1812, traduction d'Octave Houdas (Paris, 1886, et Amsterdam, 1969), p. 52. Ce témoignage est confirmé par la "Relation des Rédempteurs dela Merci", in Les Sources Inédites de l'Histoire du Maroc, Dynastie Filalienne (Paris, 1960), 6:639-640.

Dans les rares cas où un voyageur juif était tué par des voleurs de grand chemin, Moulay Ismaïl tenait pour responsable le chef de la localité ou de la tribu près de laquelle le crime avait été commis, et il le forçait à dédommager la famille de la victime

Le chroniqueur Shémouel Ben Shaoul Aben Danan rapporte notamment les souf frances de la communauté juive de Fez, totalement ruinée par les sommes exorbitantes extorquées sans trêve par Moulay Ismaïl, ses fils et leurs mandataires, entre 1701 et 1705, ce qui entraîne la fuite des habitants du mellah.

 Entre1721 et 1724  les juifs de Fez sont particulièrement éprouvés par une famine terrible, qui fait périr 2.000 personnes par an, et cause un millier de conversions à l'islam. Le mellah de Fez est de nouveau déserté par ses habitants, dont beaucoup se réfugient à Meknès.

La mort de Moulay Ismaïl, en1727, l'année-même de la naissance de David Ben Hassine, plonge le Maroc dans une longue période d'anarchie, qui va durer une trentaine d'années. Toute la jeunesse du poète sera marquée par ces années cruelles pour le judaïsme marocain

 Chaque prétendant au trône impose lourdement la population juive, ruinant des communautés entières. La Garde Noirede Moulay Ismaïl, laissée à elle-même, dépose à sa guise les sultans et dévaste le nord du pays. Le 3 août 1728, la ville de Meknès est saccagée. Le soir même, le mellah sans défense est livré au pillage, les femmes sont violées, 180 juifs sont massacr.

Ces guerres civiles ne cessent qu'en 1757, à l'avènement du sultan Sidi Mohammed Ben 'Abdallah, pendant le règne duquel se déroule la vie adulte de David Ben Hassine.

 Les historiens marocains se plaisent à louer la sagesse de Sidi Mohammed, "le véritable architecte du Maroc moderne", qui "sait s'imposer à l'armée" et "réduit les tribus à l'obéissance". Ya'aqov Moshé Tolédano note "la bienveillance de Sidi Mohammed qui, phénomène unique chez les souverains marocains, sut s'entourer de nombreux juifs à qui il confia des postes ministériels".

 Mais, même s'ils reconnaissent que Sidi Mohammed est moins cruel que ses prédécesseurs, les observateurs européens le décrivent comme le plus cupide, "le plus arbitraire des monarques, qui disposait de façon absolue de la vie et des propriétés de tous ses sujets".

 Le jugement de Louis Chénier, Consul de France au Maroc de 1767 à 1782, est encore plus sévère:

Le gouvernement de Maroc est despotique. De tous les gouvernements connus, c'est sans contredit le plus absolu. C'est un seul homme qui commande ce qu'il veut à plusieurs millions d'esclaves asservis à l'opinion, toujours prêts à obéir, qui respectent jusque dans les caprices du despote les décrets suprêmes de la divinité.

 Le souverain du Maroc fait la loi et la défait: elle dépend entièrement de sa volonté et de sa fantaisie, et, quelque contradiction qu'il y ait, le sujet exécute et n'a aucun droit de représenter: sa soumission assure son existence.

 L’empereur du Maroc est le propriétaire de toutes les terres. Il est l'héritier de ses sujets. Il est le maître de leur vie et de leur opinion. Il règle leurs volontés. Il résulte de cette position effrayante que ces peuples, toujours abattus par la terreur, sont dépouillés de toute ambition.

 Ils n'ont ni honneur, ni sentiment, ni courage. Ce prince ne règne donc que sur des esclaves qui ont à peine la liberté de penser, sur des déserts et sur des ruines, puisque, par cet enchaîne- ment de vices, qui résultent d'un gouvernement tyrannique et oppressif, ses sujets doivent être nécessairement lâches, pauvres et paresseux.

Une telle oppression ne peut qu'aboutir à l'avilissement général de la population, dont souffre en particulier la minorité juive, totalement dépourvue de pouvoir politique. En tant que dhimmis– sujets "protégés", tributaires des musulmans, les juifs marocains subissent cette oppres­sion avec une rigueur accrue, comme le confirment les récits con­cordants des rabbins chroniqueurs et des voyageurs européens de passage dans le pays, ainsi que les complaintes de poètes contemporains comme Shélomo Halewa ou David Ben Hassine, qui pleure sur son "peuple écrasé… asservi, martyrisé. 

Les juifs sont soumis à toutes sortes d'humiliations. Ils ne peuvent porter que des vêtements noirs, depuis la calotte qui leur couvre la tête jusqu'aux chaussures. A Fez, ils doivent porter des sandales de paille.

 A Meknès, Salé et Marrakech, ils sont contraints de marcher pieds nus dès qu'ils sortent du quartier juif, et partout, ils doivent ôter leurs chaussures quand ils passent près d'une mosquée.

 "Les Arabes, même s'ils sont esclaves, se déplacent à cheval; les juifs, même quand ils occupent une fonction importante, marchent à pied comme des esclaves!" ironise le voyageur italien Samuel Romanelli.

 On ne leur permet de monter que des mules car, "selon une opinion courante chez les Maures, le cheval est un animal trop noble pour pouvoir être utilisé par des infidèles comme les juifs".

 Pour la même raison, un juif n'a pas le droit de porter une épée. "Les Mauresmanifestent plus d'humanité envers leurs bêtes qu'envers les juifs", note Lempriere.

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