Palais et jardins- David Elmoznino

 

 

Le    Hammam 

Marrakech est une cité antique à l'histoire millénaire dont les origines se perdent dans la nuit des temps, dans nombre de récits légendaires et de secrets enfouis. Il y avait dans cette belle cité médiévale aux allures de vaste oasis accueillante et stylisée, un imposant établissement de bains publics réputé, au nom particulièrement suggestif : le hammam. 

Du sol au plafond, les murs carrelés du hammam étaient ornés de mosaïques chatoyantes au dessin traditionnel enjolivé de multiples arabesques et rehaussées de fioritures, enrichies du tracé sinueux de calligraphies en langue arabe, le tout  exécuté de main de maître. Sous les pieds du visiteur s'étendait un simple plancher de bois, alors que le bassin, centre d'attraction de la grande pièce principale du hammam, était revêtu de fine porcelaine importée spécialement de Chine. 

Au niveau inférieur, sous la chaleur du brouillard épais enveloppant la confrérie du hammam, dans la mystérieuse cave sombre abritant un four gigantesque, des hommes habillés de caftans noirs alimentaient le feu de la chaudière qui distribuait l'eau chaude indispensable à la bonne marche de l'établissement. 

Un jour, lors d'un été particulièrement torride, nous allâmes Rina ma mère, Salma notre aide ménagère musulmane et moi-même faire nos ablutions au Hammam. Alors que ma mère et Salma cheminaient d'un pas mesuré, je gambadais autour d'elles, débordant de joie, impatient de sentir les effluves d'eau de rose qui s'exhalaient du hammam vers son impressionnante entrée bigarrée.  

A l entrée du bain se tenait le gardien, grand, basané, le buste dénudé, le corps hâlé tout en muscles, très viril, vêtu d'une paire de pantalons brillants en toile de tente. Il tenait les bras croisés sur sa poitrine huileuse, à la manière des anciens génies légendaires, telle une apparition fraîchement éclose de la lanterne magique d'Aladin : " Vous êtes priés d'entrer, Mesdames et Messieurs " ponctua-t-il en martelant le sol de ses souliers pointus. Sur quoi, débordant d'enthousiasme et ne pouvant plus me retenir, je me ruais à l'intérieur. 

En même temps que Salma et ma mère qui s'attardaient quelque peu, Ali, un jeune garçon de quatorze ans, d'allure et d'apparence adulte en dépit de son jeune âge, franchit la porte d'entrée. Ce même Ali, avec lequel, il y a un an à peine, je jouais au foot avec un ballon confectionné à partir de chiffons et d'élastiques, s'est trouvé à présent un emploi sur la grande place et vend du jus d'orange naturel aux touristes de passage. 

Il semblerait qu'après une semaine passée dans la chaleur du Souk, il ait ressenti le besoin de se laver, de se débarbouiller au moins une fois par semaine et se débarrasser ainsi de cette poussière rouge et gluante qui colle à la peau. Dès son entrée, je l'ai fixé avec nostalgie, de ce regard particulier que portent les jeunes enfants sur leurs aînés. Mais depuis qu'il a commencé à travailler, j'étais devenu invisible à ses yeux, comme si entre temps, j'avais pris la consistance de l'air ambiant. 

Ce matin-là, aussitôt qu'il eut repéré Salma près du hammam, il se colla à ma mère et à sa dulcinée, s'efforçant de la sorte de pénétrer également dans la salle réservée aux femmes, misant sur son jeune âge, espérant, priant, souhaitant qu'on lui permette une seule fois de faire sa toilette, là, en compagnie de ces dames et surtout, en compagnie de Salma.  

Au-delà de l'entrée principale, le corridor se divise en deux sections, l'une abritant un espace réservé aux hommes et l'autre un espace réservé aux femmes. Ali me jette un coup d'œil songeur et après un temps me prend la main. Le gardien, occupé, regarde ailleurs, il réalise vaguement notre présence, nous prenant pour deux frères en bas âge impatients, précédant leur mère. Ali a les yeux brillants, tout comme les miens. Nous voilà de nouveau réunis Ali et moi, prêts à  jouer ensemble, comme auparavant. 

Arrivé au coude du couloir, Ali lâche ma main et se précipite au pas de course en direction de la salle des femmes. Je lui emboîte le pas, le serrant de près, c'est ainsi que l'on se comporte entre amis, n'est-ce pas ? Ali a presque vu la lumière au bout du tunnel, lorsque, et hélas pour lui, il tombe en arrêt devant l'une des gardiennes du lieu. Et quelle gardienne ! Une femme gigantesque engoncée dans des pantalons brillants, une large chemise ceinte par les extrémités autour de ses hanches couvrait son buste puissant.  De toute la largeur de son corps massif, elle bouchait l'entrée aux bassins, priant ses invitées de lui remettre les objets précieux à confier à sa garde. A ses côtés, s'amoncelaient sacs et portemonnaies en vrac, tous objets confondus. 

"Où crois-tu donc aller, jeune homme ?"   Demande telle à un Ali complètement pris de court, regardant autour de lui l'air hagard et hébété. Encore essoufflé par notre course, je m'approche de lui alors que dans son élan brisé il la fixe médusé, me saisit la main et lève un regard candide vers la dame géante. Nous voilà à nouveau réunis, le grand-frère et son cadet. 

"Non, non et non ! " s exclame-t-elle, en nous détachant l'un de l'autre d'une pression irrésistible. 

"Toi, tu peux entrer " lance-t-elle en me propulsant à l'intérieur de la salle. 

"Et toi "! Ordonne-t-elle à Ali !" assieds-toi là ! " lui dit-elle d'un ton sans réplique.  

Lorsque ma mère et Salma nous rejoignent enfin, c'est pour retrouver un Ali confus installé, l'oreille fort basse, au milieu d'objets empilés, rougissant sous le regard et le sourire que Salma lui adresse.   Laissant derrière elles un Ali orphelin, elles franchissent l'entrée du lieu défendu et me retrouvent dans la salle des ablutions. Et c'est alors que, moins d'une dizaine de minutes plus tard, Victoria fait son entrée au hammam. Victoria, dont le mari occupe un magasin de chaussures de sport au Souk, tout près de l'échoppe à jus d'Ali. 

"Pourquoi ne le laisses-tu pas rentrer ? "  demande-t-elle en sondant la gardienne de son regard perçant, "… c'est encore un enfant ! D'ailleurs, il est toujours imberbe, non ? C'est un enfant de grande taille, voilà tout " argumente-t-elle pour prendre la défense d'Ali. 

"Pour moi, il n'a pas l'air d'être un enfant aussi ingénu que cela2 ! Il n'y a que des honnêtes femmes ici ! " rétorque la surveillante.  

"C'est bon, assez, assez ! " tranche-t-elle,  

Il est vivement recommandé de rester sur ses gardes et de prendre quelque distance lorsque Victoria monte sur ses grands chevaux : "Toi, tu viens avec moi,  jette-t-elle à Ali qui, du fond du cœur, rend grâce à Allah pour sa bonne fortune. D'un geste résolu, Victoria s’empare de la main d'Ali et l'entraîne à l'intérieur du hammam.  

 Ali regarde autour de lui, comme perdu dans un rêve. Des yeux, il fouille les deux salles. La première, la salle de toilette abritait une multitude de femmes dans leur intime nudité rodant autour des deux bassins, l'un pour l'eau chaude et l'autre pour l'eau froide – mais d'où Salma était absente – et la deuxième, la salle de massage, dans laquelle Ali était sûr de trouver l'élue de son cœur en tenue d'Eve. 

Je m'apprêtais à m'élancer derrière Ali, à l'appeler, le ramener vers moi, l'inciter à venir jouer avec moi, lorsque la main de ma mère vint soudain freiner mon élan. Elle m’empoigne fermement et sans crier gare, me plonge d'un seul coup et sans détour dans le bassin rempli d'eau chaude. Transpirant, le corps rougi, elle se met en devoir de me savonner énergiquement, faisant glisser sur mon corps un gros savon couleur vert olive. Alors que ces dames devisaient joyeusement, jouissaient de cet instant de liberté providentielle, s'évadaient de leurs quatre murs, de la cuisine, des travaux ménagers et de leurs enfants, je sentis un gant de toilette vigoureux me labourer le corps et m'étriller la peau. Je n'aimais pas particulièrement ce raclage d'épiderme mais prenais mon mal en patience, en attendant le gratifiant shampooing libérateur qui immanquablement allait suivre. Béat, je me laissais aller sous les doigts courant au-dessus de ma tête, puis, pressé de me débarrasser de toute cette mousse, je me jetais aussitôt après dans l'eau, arrosant et éclaboussant à tout va, en guise de rinçage. 

"Le bain, c'est sacré. Tu devrais faire preuve d'un peu plus de patience ", me disait ma mère.  

Mais voilà, moi je n'étais pas patient. J'avais hâte d'en finir, de courir retrouver Ali et de jouer enfin avec lui. Ma mère s'immergea d'un coup dans le liquide brûlant du bassin. Son visage se crispa un court instant sous l'action de la cuisante caresse, puis, s'abandonnant, elle poussa un long soupir, laissant le fluide imprégner la chair de cette bienfaisante brûlure. Elle se redressa, se mit sur son séant, ferma les yeux et jouissant pleinement de l'agréable sensation, elle dit alors, se parlant à elle-même, ou peut-être susurrant à l'intention de ses paires à la ronde : « Quoi de plus beau, de plus spirituel et de plus élevé que cet instant privilégié. C'est l'unité parfaite entre le corps et l'esprit ».  

Dès cet instant, ma mère n'était plus mienne. Elle semblait s'évader, se retirer en elle-même et me laisser le loisir de m'occuper de moi-même, de me débrouiller par mes propres moyens. Doucement, je tentais alors de m'éloigner à petits pas prudents. Mais aucune de mes tentatives ne lui échappait.  

Les yeux toujours fermés, elle me disait : "où penses-tu donc vouloir aller David" ? , avant de m'intimer : "Reste ici ".

Il ne me restait plus qu'à obéir. Je demeurais près du bassin, fermais les yeux à mon tour et essayais de comprendre ma mère. Comment faisait-elle pour ne pas ressentir l'ennui profond que pouvait générer ce séjour banal somme toute, dans de l'eau brûlante. Je finis par l'imiter et m'allongeais dans le liquide bouillant. Je jetais des regards à droite et à gauche, contemplais le plafond et m'efforçais de comprendre ce que mes yeux découvraient ; une sorte de beauté qui se situe au-delà de l'art, de la liberté totale qui est tellement absolue. Je sentais l'émerveillement me gagner devant les belles mosaïques aux couleurs diaprées et à la vue des versets du Coran incrustés dans le plafond du hammam.  

Je ramenais mes yeux vers ma mère. Je savais qu'au bout d'un certain temps, elle allait se calmer, suffisamment pour me rendre ma liberté, me permettre de papillonner à ma guise et courir retrouver Ali.  

Je pénétrais dans l'épais brouillard flottant dans la salle des massages. Une partie des femmes présentes comptaient parmi nos voisines. C'était l'occasion rêvée pour moi de les découvrir dépouillées de toutes les couches de vêtements qu'elles portaient d'habitude. Elles venaient au Hammam comme pour prendre des vacances et profitaient de l'opportunité pour s'aérer, sortir du confinement de leurs maisons. Dans cet espace social de grande convivialité, elles pouvaient rencontrer leurs paires, discuter de tout et de rien, échanger des idées. Le temps d'un bain, elles s'évadaient de l'ennui du quotidien, de la cuisine, des enfants, de l'éternel retour des tâches prosaïques et des nettoyages répétitifs. Un jour, un seul jour par semaine, loin de tout, les soucis disparaissent, l'esprit se détend. C'est la récréation, le délassement, le repos véritable. 

Mes yeux scrutaient les formes mouvantes à travers le rideau de brume, à la recherche de mon ami de jeux. Il se tenait dans une encoignure au fond du local, les yeux rivés sur le corps de Salma offert aux mains de la masseuse. De toute évidence, sa présence était loin de plaire à toutes ces dames exposées, qui, à l'instar des regards qu'il jetait à Salma, le fixaient à leur tour, mais courroucées, s'efforçant de cacher leur intimité sous leurs serviettes de toilette et marmonnant entre leurs dents leur intention d'aller se plaindre aux propriétaires du hammam.  

Visiblement, Ali semblait ne rien entendre ni rien remarquer autour de lui. Ce n'est que lorsque j'arrivais auprès de lui et que je m’emparais de sa main,  qu'il réalisa qu'un petit bonhomme le fixait. Il me jeta un rapide coup d'œil distrait, puis son regard rebondit aussitôt sur Salma. Mais sa main tenait toujours la mienne. Je compris et me réjouis de constater que nous étions toujours amis. Seulement, plus j'essayais de lui parler, de l'entraîner au loin, de l'inciter à me courir après, voire de provoquer une petite bagarre et plus Ali se minéralisait. Il était comme pétrifié et s'accrochait à son coin les pieds cloués, semblait-il, au parquet du hammam.  

Dans la pénombre brumeuse du hammam, sous les rayons de soleil qui filtraient à travers la lucarne et caressaient ses petits seins bruns, Salma, la bien-aimée, telle une colonne lumineuse, apparut à Ali. De tous ses yeux, il dévorait le corps longiligne offert, dans la crainte que les grands yeux noirs ne se heurtent à son regard brûlant, scrutateur. 

Assoupie, alanguie, rêveuse, Salma était allongée sur un large banc de bois, la tête enfouie dans ses cheveux, cachée dans un enchevêtrement de nattes noires torsadées. Elle s'étirait et ondulait sous les doigts experts de la masseuse, tel un chat sauvage fraîchement capturé, se laissant apprivoiser par les bienfaits de la captivité. Ali, bouche bée, frissonna lorsqu'il l'a vît se déployer comme une chatte sous les caresses habiles de la masseuse. Incontrôlée, sa langue lui pendait entre les lèvres.  

Les doigts potelés de la masseuse exploraient toute la largeur du dos raidi et crispé de Salma, se lançaient à l'assaut des chairs, se lovaient entre les os, pétrissaient les muscles fins et palpaient longuement la peau satinée. Le postérieur de Salma était pudiquement recouvert d'une serviette cachant son intimité, jusqu'au moment où la masseuse lui plongea ses paumes juvéniles dans un récipient à huile avant de laisser courir ses doigts sur les parties charnues minces et fermes de son anatomie. 

L'huile chauffée inondait son corps et s'insinuait dans l'entre-jambe. Salma, au sommet de l'extase, roulait des yeux et laissait son corps s'incruster davantage dans la planche de bois. La masseuse glissa alors vers le bas du corps, visant les longues cuisses fuselées, commença par les oindre d'huile et les caresser, pour ensuite les pétrir, alternant sur les muscles fins, massages tendus et souples relaxations. Pour couronner le tout et, se préparant à donner des soins minutieux d'une autre nature, elle plongea encore une fois ses mains dans l'huile chaude et se consacra avec une attention particulière aux plantes des pieds de Salma. 

C'est le moment que choisi Ali pour intervenir. D'un mouvement brusque, il retira ses mains, se détacha de moi et, rapide comme l'éclair, rampa tel un félin impatient vers la masseuse à qui il remit quelques pièces de monnaie en guise de pourboire. Celle-ci lui céda aussitôt sa place, abandonnant les pieds de Salma aux bons soins d'Ali.  

Salma sursauta violemment et faillit tomber de son siège en sentant sur son corps ce contact familier.  

" Chut, que t'arrive-t-il, un mauvais rêve ?"  lui demande-t-il souriant.

" Ali ! Que fais-tu ici ? Comment es-tu entré ? "  Salma le regardait éberluée.

"C'est interdit, tu ne peux pas rester ici ", lui souffla-t-elle en se reprenant, réalisant qu'elle devait éviter d'attirer de plus belle l'attention de toutes ces femmes qui ne décoléraient pas, toujours indignées par la présence d'Ali dans leur sanctuaire intime."Je sais, je sais "! dit-il baissant la voix, essayant de la calmer, "mais moi je t'aime et souhaite que tu m'aimes jusqu'à la fin de mes jours ". 

Salma s'apprêtait à lui répondre lorsqu'elle fut interrompue par des clameurs, un remue-ménage provenant de l'autre côté de la salle. Une des habituées, exaspérée, s'en était allée quérir la gardienne, une grande femme bien enrobée, qui ne portait pour tout habit qu'une sorte de collier de coquillages blancs. Elle agrippa le bras d'Ali, souleva ce dernier d'un coup de rein et sur son élan l'entraîna hors du bastion sacré réservé aux femmes.  

"C'est la dernière fois que tu pénètres chez les femmes. Tu peux aller te laver chez les hommes à présent. Tu n'es plus un petit enfant." 

 Elle le libéra et Ali s’empressa de prendre ses jambes à son cou, heureux de s'en tirer à si bon compte. Je quittais le hammam en compagnie de Salma qui me tenait la main et m'entraînait vers le chemin de retour. Ma mère, en grande conversation avec ses amies, s'attardait derrière nous.  

Posté dans une petite ruelle en face du hammam, Ali attendait Salma. Dès qu'elle le vit, elle me lâcha la main pour s’emparer des siennes et je pus voir comment leurs doigts s'entremêlaient, s'imbriquaient les uns dans les autres 

"Depuis que je te connais, je me trouve dans une confusion totale. J'oublie tout, le passé, la tradition, la conduite à suivre que les gens attendent d'une femme musulmane. Depuis que tu m'as dit que tu m'aimais, je suis devenue une partie de toi-même". Ils resserrèrent leur étreinte et s'éloignèrent étroitement enlacés.  

Moi, je les observais alors qu'ils bifurquaient vers la ruelle menant à Djamaâ-El-Fna. Dès cet instant, dans cette rue, je sus alors qu'Ali et moi n'étions plus les amis d'antan.

 Le hammam, du verbe hamma, chauffé, en arabe. C'est le bain collectif par excellence. Propagé par la religion musulmane, qui fait de l'hygiène une vertu rituelle, à une époque où les maisons privées n'étaient pas encore équipées de salles de bains. C'est le descendant des bains romains de l'antiquité, que les romains ont apportés avec eux en Orient, lors de leurs multiples conquêtes. 

   Pour les jeunes garçons, le hammam est un lieu de découvertes dans lequel ils pénètrent tout d'abord en compagnie de leur mère, dans l'espace réservé aux femmes, qui leur est ouvert – selon la tradition musulmane – jusqu'à leur circoncision. Une fois celle-ci effectuée, il n'est plus question de permettre à ces jeunes garçons de côtoyer ces dames, ils devront désormais rejoindre l'espace réservé aux hommes, vers l'entrée dans le monde des adultes en quelque sorte, souvent aux côtés de leurs pères ou de leurs amis.

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