Les veilleurs de l'aube-V.Malka

LES VEILLEURS DE L'AUBE – VICTOR MALKA

Dans une autre œuvre, il relate un voyage qu'il fait dans la région du Tafilalet (dans l'extrême sud du pays). Devant la beauté des paysages, il évoque, là aussi, « les prodiges de Dieu ».

Il chante le mariage, les fiançailles et les fêtes du calen­drier juif. Il compose ce qu'il appelle des « avertisse­ments » (Azharot) pour rappeler dans le détail aux fidèles leurs devoirs religieux à l'égard du ciel, et sociaux envers leurs frères dans le besoin. La caractéristique de ces textes est d'être composés en hébreu et en araméen. À l'instarde ses collègues et parce que c'est une antique tradition locale, il écrit de brefs poèmes destinés à rendre hommage à des personnalités (généralement fortunées) de la communauté. 

 Ces poèmes – le plus souvent des quatrains – sont chantés en particulier au moment où ces dignitaires sont appelés à la lecture publique de la Loi. Et on a beau chercher, on ne trouve pas l'équivalent de cette tradition dans d'autres diasporas d'Israël, fût-ce dans d'autres terres d'islam. D'autres brefs poèmes sont consacrés à évoquer la mémoire de sages ou de « saints » locaux dis­parus, ou encore à féliciter publiquement un fidèle guéri d'on ne sait quelle maladie. Il y a enfin des poèmes qui sont des invocations au ciel pour que cesse la séche­resse et qu'il pleuve enfin. Et quand son fils Aaron monte pour la première fois à la lecture de la Torah, il compose quelques vers pour la circonstance et pour dire sa joie.

Qu'une famine éclate à Meknès en 1780 et le poète prend sa plume pour composer une élégie chargée de conserver pour les générations futures la mémoire de l'événement. Il écrit une autre élégie bouleversante quand un drame personnel saccage littéralement sa vie et celle de ses proches (« La main de l'Éternel m'a atteint », dit- il) : une de ses filles et son mari trouvent la mort avant même d'avoir célébré le premier anniversaire de leur mariage. Mais le poète ne dit mot sur les circonstances de la catastrophe qui le frappe. Il termine son élégie par ces vers :

Que le Saint accorde la consolation

Aux endeuillés dans leur malheur !

 Qu'il envoie les anges de la compassion

Au devant de sa servante et de son serviteur.

 Mais voici un poète qui n'hésite pas à croiser le fer de la polémique avec des adversaires religieux qu'il ne nomme pas mais dont on peut penser qu'il s'agit d'un groupe de francs-maçons juifs, qui se réunissent en secret dans la ville. Il expose leurs croyances, rappelle les signes de reconnaissance des membres entre eux ainsi que les principes idéologiques qu'ils professent. Dans le livre qu'elle consacre à l'œuvre de ce poète, Mme Lysette Hassine-Mamane écrit à propos de cet épisode :

Existait-il au xvme siècle une loge maçonnique au Maroc ou à Meknès, où l'auteur aurait pu rencontrer les adeptes ? A-t-il connu des francs-maçons lors de ses voyages, ou en a-t-il entendu parler? […] Contrairement à la plupart des poésies où l'auteur donne plusieurs préci­sions sur le thème abordé, l'introduction de ce piyout ne porte aucune indication.

Mme Hassine-Mamane ajoute que, selon les récits transmis par la famille du poète, David Hassine aurait fréquenté, par curiosité, une loge maçonnique à Tanger, lors de son voyage à Gibraltar. Ayant très vite compris la laïcité de la secte, il se serait retiré bruyamment, ce qui lui aurait valu des poursuites et, dit-on, des menaces de mort.

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