L'opposition des Autorités à L'émigration Clandestine- Michel Knafo

le-mossadL'opposition des Autorités à L'émigration Clandestine

Malgré un relatif libéralisme au cours des premiers mois de l'indépendance qui devait permettre la poursuite de l'activité de Qadima dans la Alyah vers Israël – la position des Marocains était ferme et univoque. Les dirigeants de l'Istiqlal ne cachaient pas leur opinion que la place des juifs était au Maroc. La position officielle du gouvernement marocain en juin 1956 était que l'aspiration à la Alyah en Israël était le fruit de la propagande sioniste et que le droit d'émigration est un droit individuel et non un droit collectif.

Malgré cela, le chef de l'Istiqlal, Allai Elfassi, n'était pas disposé à admettre des juifs dans son parti. Dans ce but il devait créer une sorte de filiale, l'association du Wifaq (entente) – cadre qui devait permettre aux intellectuels juifs favorables à l'intégration des juifs dans le nouveau Maroc de collaborer avec leurs homologues musulmans. Dans les réunions du Wifaq, on mettait l'accent sur le devoir des juifs de rester au Maroc qui a besoin de tous ses fils et sur le fait qu'ils n'avaient rien à redouter. La conclusion logique de cette attitude devait être la fermeture du camp de transit Qadima et la fin du séjour des émissaires israéliens de l'Agence Juive. A partir de septembre-octobre 1956, on assiste à des difficultés grandissantes dans l'obtention de passeports, le khalifa local devant s'assurer que le demandeur n'entend pas se rendre en Israël. Les juifs du Maroc n'avaient plus que la ressource de quitter le Maroc clandestinement. Par suite d'arrestations de juifs pour tentative de passage de la frontière illégalement, l'opinion publique mondiale fut alertée. Au mois d'Avril 1959, la presse française a publie des articles stigmatisant l'attitude des autorités marocaines.

La réaction marocaine publiée le 18.04.1959 dans le journal Istiqlal sous le titre: "Le problème de l'émigration clandestine" soulignant "qu'avec l'indépendance du Maroc a pris fin l'émigration organisée vers Israël. Pour le Maroc, la majorité des partants ne l'avaient pas fait de leur libre volonté. Quant à la campagne de presse menée contre le Maroc, notre position est claire: si l'objectif est de contraindre des citoyens marocains à quitter leur patrie pour rejoindre le camp ennemi au monde arabe, nous nous y opposons avec la plus grande fermeté. Si on nous demande le respect des principes de liberté et de tolérance nous répliquerons que nous avons consacré tant d'efforts pour les défendre qu'on ne peut nous soupçonner de vouloir les violer."

L'article de Carlos De Nesry sur laAlyah clandestine publié dans, L'Information Juive d'Alger en Juin 1959, avait été écrit après l'arrestation d'un groupe d'immigrants près de Nador. Pour l'auteur, le motif de l'émigration est économique. 

A partir du moment où l'exode officiel fut interdit, par une osmose s'est instauré l'exode interdit, combattu par tous les moyens par les autorités. Sans proclamation officielle, la discrimination dans l'octroi des passeports est devenue un fait. Des passeports ne sont accordés, en petite quantité qu'à quelques privilégiés. Nous sommes témoins du renouvellement des obstacles, et de la discrimination que nous avions cru bannies de ce monde.

Les obstacles administratifs furent complétés par des actions policières et aux arrestations aux frontières. Des émigrants, les rêveurs de Sion défères devant les juges sont condamnés à de lourdes peines de prison. Et de conclure: "la psychanalyse de l'émigration exige la mise sur pied d'une politique différente de liberté et de générosité. Si on veut garder les juifs, il faut leur ouvrir largement les portes de sortie. La crise de confiance ne peut trouver sa solution que dans le retour de la confiance".

Le journal El-Alam dans sa parution du 29.3.1960 s'insurgeait contre l'activité sioniste au Maroc. Les forces de sécurité ne ménagent pas leurs efforts pour arrêter les émigrants clandestins.

Un nouveau groupe a été arrêté en février, un autre en juin 1960, en septembre un groupe de jeunes était arrêté à Nador et ses membres condamnés à quatre mois de prison. Au cours du procès de Tanger en novembre 1958, l'avocat des clandestins, Maître Ben Jelloun avait dénoncé l'illégalité des poursuites, "aucune loi ne venant restreindre la liberté de circulation des juifs".

Les arrestations de 1960 avaient été accompagnées de sévices et même de tortures. Les enquêteurs cherchaient à connaître l'identité des organisateurs. La pratique de la torture était l'illustration de la psychose des autorités pour découvrir à tout prix les organisateurs de la Alyah clandestine.

L'année 1961 devait commencer par la tragédie du naufrage du Pisces-Egoz avec ses 44 passagers. Un mois plus tard, la police devait arrêter une vingtaine de militants qui avaient distribué des tracts pour commémorer la mémoire des naufragés. Ils devaient être torturés avec cruauté, et l'un d'eux, Raphi Vaknine, qui souffrait d'une déficience rénale, devait mourir des suites de ces tortures quatre mois plus tard dans un hôpital parisien où il avait été transféré. Dans la suite, l'année 1961 devait au contraire être caractérisée par une libéralisation grandissante dans l'octroi des passeports, particulièrement à Casablanca grâce à l'intervention énergique du gouverneur, le colonel Driss Ben Omar. Cela devait permettre la sortie légale de juifs vers l'Europe et Israël, détendant l'atmosphère dans la rue juive. En. novembre 1961, le gouvernement devait autoriser la reprise des activités de la HIAS, un organisme juif américain de migration. Par cette voie, des milliers de juifs, principalement des villages, ont pu quitter légalement le pays.

Cette libéralisation souleva un tollé dans la presse en arabe de la gauche, en particulier dans le journal Itihad, accusant le gouvernement marocain de trahison de la cause arabe. La presse de l'Istiqlal devait de son côté également critiquer l'émigration juive vers Israël, mais malgré cela les autorités ne devaient pas revenir sur leur politique de libéralisation. A Casablanca l'octroi de passeports continue sans entraves, exemple suivi également à Fès, mais pas dans tout le Maroc.

A un certain moment, en janvier 1962, la population juive fut saisie de panique quand les rameurs ont commencé à se répandre d'une fermeture prochaine des portes suite aux attaques de la presse. Il y eut deux manifestations juives à Casablanca. Des milliers de juifs s'étaient spontanément présentés devant les bureaux de la communauté pour réclamer le droit d'émigrer. Au cours de la seconde manifestation, ils devaient même envahir les bureaux, se confronter avec les policiers et causer des dommages au mobilier.

Une vingtaine de manifestants furent arrêtés et jetés en prison pour quelques mois ; ans jugement. Dans le journal ElAlam de fin février, Allal Elfassi déclarait que a libéralisation dans la sortie des juifs n'était que l'application du principe de la liberté de circulation. Il était clairement prouvé que la campagne anti-juive qui avait accompagné la visite de Nasser avait été orchestrée par la presse en arabe, lue dans les grandes villes et propagée de bouche à oreille. L'influence des articles : une grande virulence anti-sioniste devait se traduire par la disparition totale de la distinction entre juifs et sionistes.

L'arrivée de Nasser dans cette atmosphère devait se traduire par des centaines  d'arrestations préventives pour assurer la sécurité du Raïs, sous les prétextes les plus divers comme le port d'habits aux couleurs du drapeau israélien. Les lecteurs de cette presse s'identifiaient avec ces articles, avec les souffrances des palestiniens et la nécessité de lutter contre l'activité sioniste au Maroc même.

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