Meknes-portrait d'une communaute juive marocaine-Joseph Toledano-ed Ramtol 2017

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INTERDICTION DU PRET A INTERET ET DES JEUX DE CARTES

Les abus liés à la détérioration de la situation économique avaient amené en 1786, les rabbins à rappeler en cette période de sécheresse propice aux abus, l'interdiction des prêts à intérêt entre enfants d'Israël, sous des formes dégui­sées, demandant double vigilance aux notaires rédacteurs des tels actes :

" Nous avons vu la plaie du prêt à intérêt se répandre et trouver de nombreuses brèches dans les fils de l'araignée et en premier lieu dans les prêts hypothécaires où le prêteur n'avance la somme qu'après en avoir déduit les frais d'un loyer fictif."

Une brèche colmatée ( ?), il fallait en affronter un autre. Pour essayer de déra­ciner le fléau endémique des jeux de cartes, la taqana de 1786 allait beaucoup plus loin que les précédentes sur le même sujet :

" Nous avons hélas vu l'ampleur de ce vice qui s'est répandu dans notre peuple, n'épargnant ni les grands ni les petits, que sont les jeux de cartes – vice duquel découlent d'autres péchés d'une extrême gravité.. Nous avons en conséquence solennellement décidé pour déraciner cette plaie de proclamer que quiconque s'adonnerait à ce jeu au cours des deux prochaines années, sera maudit et excommunié sans espoir de pardon de la part de l'Eternel… Ce n'était pas, et de loin, la première condamnation aussi catégorique de ce jeu de hasard – le retour sur les mêmes taqanot est le symptôme des temps de crise – mais la sanction cette fois était sans précédent, signe de la gravité de la situation. En effet, au -delà des admonestations et des amendes habituelles, l'argent gagné au jeu devait être considéré comme larcin, donnant droit au perdant d'en réclamer la restitution intégrale. Le tribunal pourra, à sa discré­tion, soit restituer cette somme au perdant, soit la transférer, intégralement ou en partie, à la caisse des pauvres de la communauté. Comme cette sanction originale était juridiquement contestable, mais apparaissait indispensable dans les circonstances, les rabbins avaient pris la précaution d'en limiter la validité dans le temps : deux ans seulement.

PROPRIETE PUBLIQUE ET PROPRIETE PRIVEE

Quatre ans plus tôt, en 1772, la situation économique de la communauté s'était relativement rétablie et en bons gestionnaires soucieux de l'avenir, ses dirigeants avaient décidé d'investir à nouveau dans l'immobilier en construi­sant des magasins dans la rue commerçante attenante au mellah, au souk des bijoutiers, Sékakine. Aux termes de la nouvelle taqana, ces magasins resteront propriété collective à la disposition de la communauté qui pourra en disposer selon ses besoins, en écartant les appétits des particuliers :

" Alors même que la construction des dix derniers magasins au souk des bi­joutiers n'a pas encore été achevée, certains particuliers cherchent déjà à les accaparer. Aussi, nous les membres du tribunal soussignés, proclamons nuls et non avenus leurs titres (éventuels) de possession, car ils sont propriété du public qui seul peut en disposer sans restriction à sa guise. Il est clair que cette taqana est valable non seulement pour les dits dix magasins, mais également pour ceux qui viendront à être construits en dehors de la porte du mellah, qui relèveront uniquement de la gestion publique. En cas de nécessité absolue, le public pourra en céder les deux -tiers à des particuliers, le tiers restant à jamais inaliénable, consacré au financement de la caisse des pauvres

En aucun cas, le public ne pourra porter atteinte en aucune manière à cette part réservée au soutien des indigents. En foi de quoi nous soussignons : Rab­bins : Shélomo Tolédano, Moshé Tolédano, Yékoutiel Berdugo, Mimoun Berdugo, Raphaël Berdugo.

LES DERNIERS JUIFS DE COUR

Meknès ayant perdu son rang de capitale, c'est désormais dans les villes du littoral que le souverain recrute les agents juifs pour le développement des re­lations commerciales avec l'Europe, comme Yaacob Benider de Gibraltar -Tétouan pour le commerce avec l'Angleterre; Bouzaglo de Paz de Safi -Agadir, l'intrigant Yacob Attal de Tunis. Seul le chef de la communauté de Meknès, Mordekhay Chriqui conserva une influence à la Cour au point de se per­mettre de monter à cheval, superbement habillé forçant par son allure altière le respect – et la jalousie même des musulmans. Il se servit de son énorme prestige pour venir au secours de ses coreligionnaires étendant sa protection sur la communauté.

Mais derrière le brillant des "dix compagnons du sultan somptueusement habillés précédent son carrosse " et la part prépondérante prise par les Juifs de Cour dans les relations diplomatiques et commerciales avec l'Europe, le bilan de ce règne n'avait apporté aucune amélioration sensible à la condition générale des Juifs du pays même dans les villes du littoral, Mogador en tête, et encore moins à Meknès éloignée du centre de décision. Sa communauté sera par contre la première à payer le prix des intrigues, malversations et de l'arrogance de ces sahab es sultan, les amis du souverain qui avaient nourri la haine et la rancune de son terrible successeur.

Meknes-portrait d'une communaute juive marocaine-Joseph Toledano-ed Ramtol 2017-page-87

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