Agadir-Joseph Dadia

Agadir-Joseph-Dadia

Les Justes ne meurent jamais disent nos Sages dans Babli Bérakhot 18a. Cf. Babli Hullin 7b ; Babli Baba Mesi’a 85b. Le poète le rappelle dans le Psaume 112: 6 : « Non, jamais il ne chancelle/En mémoire étemelle sera le juste ». D. ieu vit que les tsadiqim étaient peu nombreux. Aussi il les implanta dans chaque génération, cf. Babli Yoma 38b. Un juste ne quitte ce monde que parce que D. ieu a mis déjà au monde un nouveau juste qui lui ressemble. Dans le Livre des Mystères du Roi Salomon, il est dit que le Saint, béni soit-Il, accorde aux Justes trois résidences : Néfech, Rouâh, Néchama, cf. Zohar Aharé Mot 70b. La néchama des Justes est la sainteté de la sainteté. Le Saint, béni soit-Il, se complait à la prière des Justes. Les grands saints héritent des mystères de la Loi et ils les révèlent aux autres hommes. A chaque génération, il n’y a jamais moins de trente-six justes qui reçoivent la Face de la Présence Divine, cf. Babli Sanhédrin 97b.

Au fil de ce texte, maman est là à chacune de mes pensées et de mes phrases. Maman me semble avoir été l’âme vivante au sein de la famille, le fil conducteur qui nous reliait solidement et solidairement les uns aux autres. Elle ne s’était jamais fâchée avec aucun membre de la famille. Il lui est arrivé de réprimander tel homme ou telle femme. En cela, elle ne faisait qu’appliquer une règle fondamentale de notre sainte Torah, Lévitique 19 : 17- 18 : « Tu n’auras pas dans ton cœur de haine pour ton frère. Tu dois réprimander ton compatriote et ainsi tu n’auras pas la charge d’un péché. Tu ne te vengeras pas et tu ne garderas pas de rancune envers les enfants de ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis Yahvé ». Cf. Michlé Chelomo Ben David/Proverbes de Salomon, fils de David, toi d’Israël, 27 :5-6.

Rahel, l’unique sœur de maman, de même son jeune frère David, habitaient Casablanca. Maman trouvait toujours l’occasion d’aller leur rendre visite. J’avais ainsi des nouvelles d’eux.

Rahel a suivi son mari Raphaël Assouline à Casablanca car ses affaires commerciales y avaient leur place. Leurs enfants étaient avec eux.

David partit à Casablanca avec son épouse Marie née Fédida, et leurs enfants, pour y exercer son métier de poissonnier au marché, à proximité du port de pêche. Il souhaitait vivre indépendamment de ses frères, lesquels, il faut le dire, n’appréciaient pas Marie pour des raisons qui les regardent. Maman tenait à ce que personne ne sache qu’elle partît à Casablanca voir Rahel et aussi David. C’était un secret entre maman et moi. Il y avait d’autres secrets que nous partagions tous les deux. Je ne dirais pas qu’il existât une certaine complicité entre maman et moi, le terme me paraissant inapproprié. L’amour profond, que maman avait pour moi et que j’avais pour elle, pourrait l’expliquer.

Ainsi, grâce à maman, j’ai pu connaître les membres de la famille, de même leurs proches et leurs amis. Je me rendais souvent en sa compagnie pour prendre des nouvelles de tel ou tel membre. Dans les rues du mellah de Marrakech que nous traversions, il nous est arrivé de rencontrer telle ou telle dame qu’elle connaissait et à laquelle elle me présentait. Ainsi, bien des années après j’ai pu faire la connaissance d’une dame d’une grande famille qui m’a appris que maman m’emmenait dans mon berceau chez elle, lorsqu’elle avait des courses à faire. Une autre fois elle m’a conduit chez une dame d’une grande famille pour me dire : « Voici la mère de ton chef scout ». Elle avait les portes ouvertes partout, venant elle-même d’une famille de grande réputation. Elle aimait surtout rendre visite à une grande dame de la famille, Rahel Attias, laquelle avait inculqué à maman comment être une bonne épouse et une bonne mère. Maman se maria alors qu’elle avait seize ans, selon les souhaits de ses frères, car il voyait en mon père un bon parti : un homme beau, grand et fort et qui avait les moyens pour entretenir sa famille. Maman, qui n’a jamais été a l’école parce que ses parents ne le voulaient pas, était une femme moderne : elle allait au cinéma et aimait la musique et les chants.

Rahel Attias habitait dans une grande maison à A’fïr, pas loin du domicile de ma grand-mère Messaouda. De la rue, il fallait prendre un escalier large et profond dont les marches menaient en bas dans un patio à ciel ouvert.

Dans un autre endroit du mellah, vers le fond de Derb Latana, il fallait descendre un petit escalier de cinq ou six marches pour être dans la synagogue de Rabbi Rahamim Abtan. Dans ce Derb, il y avait deux autres synagogues, au début de la rue.

Notre mellah à Marrakech se distinguait par une riche et complexe typologie des maisons d’habitation. La disposition des rues et l’architecture des maisons m’ont souvent interpellé. Je n’ai pas encore mis la main sur un document susceptible de m’éclairer sur le tracé des rues et l’édification des maisons, avec étage et sans étage. Les rues, les ruelles, les places et les placettes sont de divers types. L’essentiel était que nous nous sentions bien dans notre mellah. Il en est de même dans nos maisons. Chaque maison avait sa personnalité. Aucune maison ne ressemblait à une autre. La coexistence de différentes maisons dans le même secteur ne nous choquait pas. L’idée centrale qu’il faudrait retenir, c’est que notre mellah a été édifié en 1557 à l’ombre du Palais Royal, sur des anciennes écuries du Sultan. Cette conception d’un mellah à protéger a eu sa raison d’être. Les plans cartographiques qui existent sont évocateurs.

Les juifs autochtones et les castillanais ne s’entendaient pas et ils vivaient pratiquement séparés. Chaque communauté avait sa synagogue : les autochtones, slat Talmud Torah, et les castillanais, slat La’jama.

Je reste assez vague dans ce domaine, car j’ai déjà écrit des textes sur tout cela.

Le quartier dit Berrima appartenait aux Juifs. Mais il a été habité majoritairement par des arabo- musulmans, les Juifs n’ayant pas été assez nombreux pour résider à la fois au Mellah et à Berrima. Peu de familles juives ont habité à Berrima.

Le cimetière juif servait au départ de lieu où l’on plantait des légumes, en attendant le premier mort qui ne fut autre que Rabbi Hanania Cohen, notre Saint Patron.

Je ferme cette parenthèse historique car l’essentiel de cette monographie est de parler de la famille.

Parmi les voisins de Rahel Attias., il y avait un tailleur qui travaillait à son compte. Flanelle et Dormeuil gris anthracite étaient ses tissus préférés. Maman avait convenu avec lui de me faire un costume pour Pessah plus une veste croisée et un short assortis. J’étais au CM2 dans une école de l’Alliance Israélite Universelle, à Arset-el-Ma’ach, dont le directeur était Alfred Goldenberg. A cette époque, vers 1952/1953, nous ne portions pas encore de pantalon. Maman a convenu avec le tailleur de lui payer alf rials, mille riais, une somme raisonnable pour elle. J’ai arboré fièrement mon costume chic. Il était bien taillé et m’allait comme un gant. Maman était satisfaite du soin apporté par le tailleur à mon costume. C’était le travail d’un artisan et d’un professionnel qui maîtrisait son métier. Maman a été heureuse de le payer tout en le remerciant. Elle me disait qu’il méritait son salaire d’autant qu’il boitait à cause d’un défaut à son pied gauche. Il m’est arrivé d’aller à l’école avec ce costume comme l’on peut le voir sur une photo de classe dont l’instituteur était Roger Banon. Je ne portais sur cette photo que la veste. Le short était tombé en lambeaux peu de temps après sa confection. On eût dit que le costume a été confectionné dans du papier. En arabe, l’on disait hra, ce qui veut dire que le tissus a été effiloché, qu’il s’est effrité. Ce tissu se désagrégeait de lui-même en fines lamelles. Ce tissu s’émiettait par un mystérieux processus de décomposition.

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