Norman Stillman L'EXPERIENCE JUDEO-MAROCAINE Un point de vue révisionniste

L'expérience historique

Quelles observations générales, si tant est qu'il y en ait, peuvent être formulées sur l'expérience judéo-marocaine? Bien que les juifs aient vécu au Maroc depuis l'Antiquité, c'est sous les successeurs des Almohades que nous voyons la vie juive du Maroc développer la plupart des caractéristiques qui la distingueront jusqu'au com­mencement du XXème siècle.

L'étendue et la sévérité de la persécution almohade des juifs est encore matière à discussion. Un fait certain: elle laissa le judaïsme maghrébien spirituellement et matériellement appauvri. C'était alors à travers le monde islamique une période de stagnation générale, économique, sociale et intellectuelle. Avec le déclin de la 'Renaissance de l'Islam', pour utiliser l'expression d'Adam Mez, Poikoumene musulmane commence à se replier sur elle-même tandis que la vie religieuse et intellectuelle devient plus institutionnalisée et obscurantist

Notes de l'auteur – David Corcos " donne une bibliographie détaillée sur cette question. Sa propre interprétation minimisant l'étendue des persécutions n'est pas très convaincante. " le ofi yahassim ha almuwwahidin lyuhudim "

          Parmi les réfugiés juifs de l’empire almohade, il y avait beaucoup d'intellectuels. Maïmonide, le plus célèbre d'entre eux, a déploré à plusieurs reprises le déclin de l'érudition juive dans le Maghreb par suite des persécutions. Voir Hirschberg, Jews in North Africa, I, p. 100 (hébreu), p. 137 (traduction anglaise) et les sources citées. Tous les réfugiés n'appartenaient pas à l'élite sociale. Une lettre de la Geniza relate l'histoire d'un orfèvre aveugle de Ceuta, arrivé en Egypte, qui, pour subvenir à çes besoins, devait donner des cours à de jeunes enfants pour un salaire de quatre dirhams par semaine (TS 12.3). Voir S.D. Goiten, Jewish Education in Muslim Countries, Jérusalem 1962, pp. 116-117 (en hébreu)

La situation des ahl al-dhimma, membres de la communauté non- musulmane tolérée, devint encore plus précaire. Les dhimmîs, bien que sujets protégés, étaient d'abord et avant tout d'humbles tributaires.6 Durant le haut moyen-âge, quand la société musulmane était une société de laissez-faire économique et intellectuel, les implications extrêmes du statut de dhimmîs pouvaient être commodément ignorées. Mais lorsque la société musulmane se replia à l'intérieur de confréries religieuses (tarîqât) et de guildes commerciales (appelées hanâtî au Maroc), les minorités non-musulmanes devinrent de plus en plus marginales. Alors que l'Europe chrétienne prenait de plus en plus d'importance, le croyant pouvait au moins se réconforter à la pensée que dans le Dâr al-Islâm, l'incroyant occupait encore le rang qu'il méritait dans l'ordre naturel des choses, celui d'asfal al-sâfîlïn, le plus humble des humbles. En temps de décadence ou d'instabilité sociales généralisées il était nécessaire d'insister sur cette humilité.

          Conformément à la prescription coranique sur la jizya (Sura IX: 29). Sur le statut légal d'ahl al-dhimma

Au Maroc, et en fait dans tout le Maghreb, le juif devint le dhimmî par excellence, car aucune population indigène chrétienne ne semble avoir survécu à la période almohade. Des communautés juives furent officiellement réétablies dans les principales villes, y compris Fès, Marrakesh, Sijilmasa, Taza et Ceuta. La nouvelle dynastie marinide avait de bonnes dispositions envers les juifs. Ses membres nomades berbères Zenata du sud-est (le nom est préservé aujourd'hui dans mouton mérinos) se sentaient eux-mêmes étrangers dans les cités du Maroc. Ce qui est mis en évidence par la fondation en 1276 du nouveau quartier administratif, al-madïna al-baydâ' (l'actuel Fès Jdid) à l'extérieur du vieux Fez bourgeois. Les marinides ne répugnaient pas à nommer des juifs à de hautes fonctions administratives. Le sultan Yusuf b. Ya'qûb (1286-1307) avait plusieurs courtisans juifs de la famille Waqqâsa (ou Ruqqâsa), l'un d'entre eux, Khalïfa aîné, était son majordome. Le cousin de ce dernier, Khalïfa le jeune, servit le sultan Abu '1-Rabi Sulaymân (1308-1310) dans plusieurs fonctions indéfinies. Le dernier sultan marinide, 'Abd al-Haqq b. Abî Sa'îd  (1421-1465), fit du juif Hârûn b. Batash son vizir durant la dernière année de son règne

La présence de juifs dans de hautes fonctions ne doit pas être interprétée comme l'indication du pouvoir économique détenu par les juifs au Maroc à cette époque, ou comme une affinité particulière entre les berbères Zenatas et les juifs. Les merinides employaient les juifs à leur service à cause de leur extrême vulnérabilité qui les rendait sûrs et dignes de confiance. C'est pour la même raison que les souverains musulmans d'Orient se fièrent pendant des siècles à des gardes turcs, des esclaves noirs et des eunuques de toutes origines. Etant donné que les juifs étaient un élément très marginal de la société marocaine, ils n'avaient aucune base de pouvoir. Ils ne présentaient par conséquent aucun danger. Comme les étrangers et les esclaves qui étaient fréquemment employés dans les gouvernements et les armées musulmanes, les juifs étaient absolument dignes de confiance

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