Le sens possible du don des sandales-com.juives saha..M. Abitbol

La chaussure et le pied ont été à travers les siècles et les civilisations les supports de différentes connotations concernant, en gros, trois domaines :

  1. la sexualité et l'érotisme,
  2. les cultes funéraires et la magie,
  • le pouvoir et le droit.

Ces domaines d'expression à propos du pied et de la chaussure ont été passablement étudiés notamment ces dernières années par un cer­tain nombre d'auteurs suivant des approches très différentes. Leurs conclusions nous éclairent singulièrement sur la relation immédiate qui est mise en valeur dans chaque cas. Des traces de pied et de pas des gravures rupestres au soulier de Cendrillon et à l'expression con­temporaine "c'est le pied", la chaîne symbolique est continue quels que soient l'époque, la civilisation ou le public concerné. Nous ne nous livrerons pas à une nouvelle analyse de cet ensemble, mais à l'examen rapide des connotations possibles de cette paire de sandales qui libère la mariée en pays touareg du Sahara central.

Si les représentations de traces de pas et de sandales sont nombreu­ses au Sahara sur les roches lisses, gravées au trait, et semblent avoir eu encore un sens à une époque récente, il ne reste rien de significatif aujourd'hui de cette adoration de la sandale ou du pied, ni dans les rites magico-religieux individuels ou collectifs, ni dans la littérature orale. La chaussure n'est pas utilisée comme symbole protecteur comme dans d'autres pays sur les animaux, les maisons ou les objets (au Yémen on suspend encore une sandale au cou de certaines vaches ou sous des véhicules). Elle n'est pas non plus un symbole sexuel dans un monde par ailleurs très riche sur le plan poétique, littéraire et dans le domaine des relations affectives hommes /femmes. Aucune référence au pied et à la chaussure ne nous est apparue dans la littérature poétique touarègue (ou arabe locale), par ailleurs très féconde.

En revanche, les connotations faisant référence au droit et au pou­voir nous apparaissent plus nettes. Lorsque le premier "mouley" s'installe dans le Hoggar à la fin du XIXème siècle entre Tin Amen- sar et Tit, au lieu-dit "Darmouli", pour y créer une zaouia, il découvre à Tit, village tout proche, que les cultivateurs adorent une trace de pas inconnu sur le sable. Il s'insurgea contre cet acte impie, mais ne dédaigna pas d'assimiler cette croyance à son autorité en assurant que sa sainteté faisait des traces profondes sur les roches lisses. Ce qu'il fit parait-il. Et des croyants nous ont montré ces traces attribuées à Mouley Abdallah qui fut très vénéré par la suite. Ici le pouvoir est religieux et l’emporte sur la croyance locale, persistance d'une "reli­gion populaire" très ancienne.

Cependant, dans le don des sandales, objet de luxe, toujours très prisé encore aujourd'hui et expressif d'une vie matérielle et culturelle traditionnelle, ce n'est pas le support lui-même qui est essentiellement mis en valeur dans cet échange. C'est le fait qu'il consacre publique­ment, après discussion sur le choix, la qualité et le bon droit de l'at­tributaire, la possibilité pour une fille de se marier avec celui qu'elle a choisi (ou que la famille a choisi pour elle avec son assentiment) (voir M. Gast et P. Jacob, 1978). Le don des sandales est si nécessaire pour valider l'entrée de la fille chez son nouvel époux, que même s'il n'y a pas de cousin habilité à solliciter les sandales, on offre celles- ci à un homme qui jouera le rôle du cousin et qu'on appelle "cousin pour l'honneur" : ababah wan serho, qui peut être un invité de pas­sage, le plus souvent un homme d'un autre lignage (coutume connue surtout chez les Kel Ulli Isseqqamarènes) qu'on veut honorer.

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