Le pillage du mellâh- Pogrom de Fes-tritel-P.B.Fenton

התריתלLe pillage du mellâh

Vers midi et demi, aussitôt que l'alerte fut donnée au mellâh, les portes de l'unique accès furent fermées dans l'espoir qu'elles pourraient résister aux assauts. Vers deux heures, les portes, criblées de balles et attaquées au pic et à la hache, puis enfin incendiées tombaient en livrant passage à un torrent de pillards. Mais vraisemblablement, soit elles n'auraient pas été verrouillées soit les émeutiers auraient réussi à les déloger de leurs gonds, ou encore ce seraient les gardiens arabes, payés même par la communauté juive pour la garde du mellâh, qui les ouvrirent intentionnellement (A8).

Guidés par les mitrons et les gardiens musulmans du mellâh (A8), les émeutiers, se déversèrent dans ses ruelles. La soudaineté de l'attaque rendit impossible l'organisation d'une défense de la part des habitants juifs qui avaient été désarmés quelques jours auparavant. Néanmoins grâce aux quelques armes dissimulées certains se défendirent du haut des tours des remparts du mellâh, opposant une résistance aux assaillants jusque vers trois heures de l'après-midi. Selon le récit du rabbin Aben Danan, les armes confisquées par les troupes chérifiennes avaient été entreposées dans un arsenal au mellâh. Les Juifs y firent effraction, mais, dans leur précipitation ils prirent des cartouches qui ne correspondaient pas aux fusils emportés (A7). Terrés dans leurs demeures, les Juifs tâchaient de se barricader mais les portes furent rapidement enfoncées. Saisis d'épouvante, ils s'enfuyaient par les terrasses, de maison en maison, traqués par les pillards qui s'attardaient sur le butin. Les brigands emportaient tout: mobiliers, bijoux, vaisselle et vêtements; ce qui, par son poids ou son volume, ne pouvait être emmené, était brisé sur place. Ils descendaient dans les caves pour emporter les provisions alimentaires, et pour finir, ils mettaient le feu aux maisons.

Partout les pillards dépouillaient même leurs victimes de leurs vêtements.

 Ce fut une pratique constante chez les pillards et les brigands marocains de ne renvoyer leurs victimes qu'après leur avoir enlevé tous leurs vêtements.Voir supra, p. 16

Les récalcitrants étaient froidement assassinés. Les femmes et les filles subirent les pires sévices. Les jeunes femmes s'enduisirent le visage de cendres pour s'enlaidir et s'épargner les outrages du viol, tandis que les femmes enceintes, tremblant d'effroi, accouchèrent prématurément ou firent fausses couches.

Lors d'autres cas d'attaques du mellâh, il est attesté que les femmes juives se brûlaient le visage pour décourager leurs ravisseurs. Cf. L'Exil au Maghreb, p. 630

Les cris des victimes parvinrent aux oreilles de M. Elmaleh, directeur de l'école de l'Alliance à Fès, qui rédigera au milieu de la catastrophe une description saisissante du cauchemar heure par heure. Les Juifs gardèrent l'espoir que les autorités militaires françaises enverraient un détachement de troupes pour délivrer le mellâh. A peine quelques semaines avant l'attaque fatidique, une ouverture avait été pratiquée dans la muraille sud du quartier juif qui donnait directement sur la voie menant au camp français situé sur le plateau de Dâr Debibagh, à une distance de deux kilomètres. A prix d'or Elmaleh essayait en vain d'envoyer des messagers au camp et au ministre de France implorant des secours (B10).

Malgré les moyens rudimentaires de communications, de son côté, le major Brémond avait réussi dès midi à apporter à la mission diplomatique française les premières nouvelles de la mutinerie qui forent communiquées aux garnisons de Dâr Debibagh et de Dhar Mehraz". Au camp de Dâr Dbibagh, le principal souci du général Brulard, qui ne disposait que de 800 hommes environ, était de porter secours aux Français résidant dans la médina, mais au lieu de traverser le mellâh, ce qui aurait été le chemin le plus court et qui aurait apporté le salut aux Juifs, il ordonna, par téléphone, à ses forces de le contourner. Or, un détachement d'une centaine de tirailleurs aurait peut-être suffi à empêcher les effroyables atrocités perpétrées dans le mellâh. Mais les troupes passèrent sous ses murailles, à travers champs et mirent trois heures à parcourir la petite distance entre leur camp et les murs de Fès. «L'un des buts de cette manœuvre, dit Mohammed Kenbib, était d'éviter que ces forces ne soient retardées par les émeutiers ayant envahi le mellah, de détourner l'attention de ces derniers en les laissant se livrer au pillage et, éventuellement, s'entre-tuer pour le partage du butin». En somme, il ne fait que reprendre l'opinion du journaliste Rober-Raynaud qui observa à l'époque (A3) que «la rage dévastatrice des émeutiers, en se prolongeant [au mellâh], sauva l'ambassade et les quartiers européens d'un assaut qui, sous le nombre, eût été irrésistible».

Les Français avaient donc laissé les Juifs sans défense, livrés en bouc émissaires à la furie des pillards. Pis encore, sachant que les secours immédiats aux assiégés du quartier européen ne viendraient que de Dâr Debibagh, les émeutiers prirent position sur les remparts du mellâh et tirèrent sur ces troupes, si bien que les officiers français crurent un instant que les Juifs leur étaient hostiles et qu'ils s'étaient rangés du côté des révoltés (B10), alors qu'ils étaient totalement abandonnés à leur sort.

[1] Cet avis est rapporté par Elmaleh qui l'a certainement entendu de source militaire. Il fut probablement inventé par les Français pour se disculper tant il est insoutenable.

 Le pillage ayant commencé mercredi à midi se poursuivit sans répit, jusqu'au vendredi 19 avril. Pendant toute la nuit, les émeutiers spoliaient et incendiaient les maisons et les boutiques. Les Juifs terrorisés les supplièrent de prendre leurs biens et leurs richesses, mais de leur laisser la vie sauve.

«Nous allons commencer par vous dépouiller, leur fut-il répondu, demain nous reviendrons pour vous tuer» (A2).

La nuit du mercredi au jeudi fut infernale. Les Juifs pétrifiés, «veillaient auprès de leurs familles atterrées, entendant la fusillade, les clameurs des victimes, dans un quartier éclairé de la sinistre lueur des incendies, s'attendant à chaque instant à être assassinés par la horde sauvage et massacrés avec les leurs» (B10).

Le lendemain, le jeudi 18 avril, dès six heures du matin les pillards revinrent, leurs rangs grossis par des hordes de campagnards venus pour le souk hebdomadaire du jeudi ainsi que par une partie de la population musulmane de Fès al-Bali et de Fès al-Jadîd, dans le but, pour certains d'entre eux de faire disparaître toute trace des titres de créances que détenaient sur eux les habitants du mellâh. Les Filâlis, les Belajma, et les Oulâd Jâma', hommes et femmes, y prirent part également. Plusieurs maisons qui s'étaient défendues avec le courage du désespoir avaient fini par céder aux balles et aux flammes. On évoque le nom d'Abraham Botbol, qui naturalisé français, avait fait son service militaire. Pendant plusieurs heures et jusqu'à l'épuisement de ses munitions il avait défendu l'entrée d'une étroite ruelle, avant de prendre la fuite par les terrasses. De jeunes Juifs postés sur les murailles du mellâh jetaient des pierres sur les pillards. Enragés, ces derniers commencèrent à assassiner et infligèrent des mutilations aux vivants et aux morts, violèrent les femmes et les filles, dont nombre furent emportées à la campagne pour être vendues comme esclaves (C17-18). Selon certains témoignages, des enfants âgés de trois ans furent précipités du haut des maisons et des fenêtres ou coupés en morceaux devant leurs parents horrifiés (C19). Pour échapper à la mort, les Juifs se cachèrent dans des caves et des fours ou se précipitèrent dans des puits (A6).

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