Lettre juif et musulman – au Maghreb

AsilahPRESTIGE DE LA SCIENCE

L'importance de la science et le rôle prédominant de la connaissance n'échappent à personne, "la seule vraie valeur et la seule hiérarchie sociale incontestée reposant sur le savoir" Une fois acquis, le savoir confère des privilèges qui peuvent paraître exorbitants dans certains cas. Le lettré bénéficie en effet d'avantages matériels non négligeables, quel que soit, du reste, son état de fortune. La franchise fiscale, l'une de ses importantes prérogatives, a fait l'objet, tout au long des siècles, de nombreuses mesures législatives, ordonnances et responsa, qui en sauvegardent l'application stricte, l'étendant à des catégories de plus en plus nombreuses de "lettrés" ayant droit au titre de talmid hakham.

Le lettré jouit, en outre, d'un ascendant moral indéniable, dépassant parfois le champ spirituel pour atteindre une dimension mystique; le magistère intellectuel se double de l'autorité ésotérique; tout rabbin de renom est entouré de l'auréole de saddiq intercesseur et finit en odeur de sainteté.

Les sépultures de rabbins métamorphosés, le plus souvent après leur mort, en saints et santons miraculeux, sont vénérées de tous; elles consti­tuent l'objet d'un véritable culte et le lieu de pèlerinages réguliers (ziyara) à l'occasion de diverses commémorations et hillula-s. Le savoir peut devenir une source de puissance héréditaire; l'auréole de sainteté et le pouvoir surnaturel qui lui est attaché sont considérés comme transmissibles du thaumaturge à ses descendants qui en font parfois un usage abusif. Nous avons connu personnellement deux fa­milles qui bénéficiaient, il y a quelques années encore, d'un crédit aussi exorbitant: la progéniture de Rabbi Hayyim Pinto, rabbin halakhiste et kabbaliste du début du 19e siècle, enterré dans le vieux cimetière de Mogador, et celle de Rabbi David ben Baruch Hakkohen (18e siècle), enterré à Azrou n'Bahamou, en amont de Taroudant, dans le Sous. Leurs enfants et petits enfants, héritant de l'autorité de leur ancêtre et de sa sainteté, s'en sont prévalus pour en tirer profit. On connaît aussi le destin extraordinaire de la famille Abihsera et de son fondateur Rabbi Ya'aqob, né au Tafilalet (Maroc Oriental), enterré à Demanhour, en Egypte; on sait la puissance et la magie que d'aucuns attachent à ce nom prestigieux.

La société musulmane maghrébine connaît les mêmes phénomènes et les même débats entre l'orthodoxie et les manifestations populaires de la religion qui confinent parfois à l'hétérodoxie, voire à l'hérésie, et que condamnent, du reste vainement, le rabbinat et l'Islam officiels, J. Berque écrit: "Les mystiques, vrais ou faux, y abondent. Leur crédit est immense sur le peuple, qu'ils bernent et rançonnent. Cependant, la crédulité de la masse est telle qu'elle voue sa vénération au souji et à ses descendants. Il se crée ainsi une sorte de népotisme de la sainteté dont Al-Yousi dénonce… le ridicule. Cela s'observe surtout chez les fils d'ascètes. Le premier venu d'entre eux cherche à s'orner des grâces de son père, dont il poursuit les sectateurs…". La suite de ce texte est très savoureuse et décrit une situation quotidienne et banale dans les sociétés juive et musulmane.

Dans le monde juif en général et maghrébin en particulier, le savoir n'est pas l'apanage d'une classe comparable à celle des clercs dans la société chrétienne médiévale, ou des 'ulama "oulémas" et fuqahâ' en Terre d'Islam. Il n'est pas non plus élitaire dans le sens où il serait réservé à une catégorie sociale déterminée, à une aristocratie de l'argent ou aux dignitaires et notables que distinguent leurs fonctions spéciales dans la direction ou l'organisation communautaires.

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