EVOLUTION DE LA COMMUNAUTE 1921-1939

EVOLUTION DE LA COMMUNAUTE 1921-1939

Mais revenons aux événements qui ont présidé à la fondation, au développement, et au peuplement juif de Colomb-Béchar : le mouvement migratoire des Juifs tafilaliens et autres qui a commencé vers 1906, s'est prolongé jusque dans les années 1927-1928, avec des effets plutôt positifs pour l'économie locale, notamment en ce qui concerne les échanges avec les régions voisines :

«les nouveaux arrivés à Colomb servirent d'intermédiaires entre leur petite patrie d'adoption et l'ancienne. C'est pendant la période de 1914 à 1917 que, parallèlement au développement de l'émigration juive, les échanges entre Colomb et le Tafilalet furent à l'apogée de leur importance. Colomb exportait surtout du sucre, du thé, du savon, des bougies, des tissus, en particulier la merzaia et le khent, toile bleue qui sert à la confec­tion du costume des Sahariennes et faisait l'objet d'un trafic de 15 000 pièces environ. Il recevait en retour, du Tafilalet des peaux, du cuir préparé, le filali, des dattes, de l'huile d'olives, des amandes amères et douces, plus rarement des fruits (…) Tout échange entre Colomb et le Tafilalet a cessé en même temps que l'émigration.»

J'ai tenté de retracer l'évolution de Colomb-Béchar, dans les trente premières années de son existence :

«Au terminus de la voie ferrée du sud et de la ligne Méditerranée-Niger (…) une petite ville européenne tire son double nom de celui du général de COLOMB, célèbre dans l'histoire de la pénétration au Sahara, et du nom de la montagne, le djebel Béchar, qui la domine de ses douze cents mètres d'altitude.

Jadis, cité guerrière, Colomb-Béchar était le point d'attache, le havre des rudes gardiens de la sécurité du sud, vaillants adversaires des farouches Beraber qu'ils continuaient à poursuivre sans pitié après les avoir définitivement chassés des oasis que ces nomades pillards rançonnaient depuis des siècles.

Dans la rue centrale de cette ville militaire c'était alors, aux heures de liberté, un va-et- vient continu de soldats du désert. Les Tirailleurs bronzés voisinaient avec les Légionnaires au masque buriné par le soleil et par le vent. Des Spahis au double burnous blanc et rouge élégamment relevé sur les épaules, conversaient avec animation autour d'une table sur laquelle des tasses minuscules contenaient le thé à la menthe. Parmi la foule bigarrée, des hommes vêtus de la grise djellaba marocaine, le visage presque noir creusé de rides profondes, allaient lentement, l'allure noble sans qu'un muscle de leur physionomie ne bougeât, échangeant de-ci de-là, quelques saluts en por­tant la main droite à leur turban. C'étaient des goumiers des Ouled-Djerir et des Doui-Menia qui furent longtemps nos adversaires acharnés, pour devenir, par la suite, nos dévoués auxiliaires. (…)

Colomb-Béchar, territoire de guerre il y a une quinzaine d'années à peine, est devenue une ville coquette, très vivante, certainement appelée à un important développement industriel et commercial si les espoirs se réalisent. Les belles avenues, encadrées de confortables villas et de bâtiments administratifs, ne sont plus fréquentées par les rudes guerriers ; ces derniers ont été remplacés par des agents de police, armés du bâton blanc, qui assurent la circulation des nombreuses automobiles et la protection des piétons. A proximité de la ville européenne se trouvent le ksar indigène de Taagda et l'oasis d'Ouagda. Le village n'offre rien de remarquable. C'est un dédale de petites rues étroites, couvertes pour la plupart, bordées de maisons dans lesquelles grouille une population d'origines assez diverses. Le quartier juif ne manque cependant pas de pitto­resque. Tous les corps de métier s'y rencontrent ; dans les échoppes envahies d'odeurs malodorantes, bijoutiers, cordonniers, brodeurs, tailleurs, travaillent avec activité et fabriquent ces jolis ouvrages en cuir filali rouge qui seront vendus, plus tard, dans les riches magasins de l'Algérie et du Maroc…»

La présence des habitants juifs eut bien d'autres avantages : elle permit de rapprocher les deux autres composantes de la population, le groupe arabo-musulman, d'une part, et le groupe européen ; ce fut d'ailleurs ainsi dans les trois pays du Maghreb, où les Français se sont appuyés sur les Juifs, ce que traduit, d'une certaine façon, la fréquence du patro­nyme Tordjman (en arabe : traducteur, interprète).

La période suivante, celle qui a suivi l'installation et l'adaptation des Juifs à Colomb- Béchar s'est ouverte pour la communauté bécharienne par une tragédie : le 13 janvier 1948, des commerçants juifs béchariens, au retour d'un voyage d'affaires dans l'Oranais, furent victimes du premier et terrible déraillement du train de voyageurs reliant Oran et Colomb-Béchar: si M. Elie ABIHSSIRA est rescapé miraculeusement, la communauté déplore quatre morts qui laissent des veuves et de nombreux orphelins :

Bensemhoun Moise

Benchetrit Moise

Benhamou Joseph

Illouz Isaac

Dramatique à son début, cette période allait pourtant être celle de l'évolution la plus nette. En ce temps-là Colomb-Béchar était encore une petite ville, promise à un bel avenir, sans doute, mais encore bien isolée, éloignée de tout, comme tendent à le montrer certains témoignages.

Lorsqu'elle atteignit le chiffre de 3000, la population juive de Colomb-Béchar fut un élé­ment dynamique encore plus important pour le développement de cette ville qui allait connaître un essor exceptionnel, grâce à ses nombreux atouts :

reliée directement par avion et téléphone avec Oran, Alger, et Paris, Colomb-Béchar est plus que jamais à la fois la «porte du Sahara» et la plaque tournante : les activités de l'aéroport venaient compléter les échanges par voie ferrée avec le Maroc et l'Algérie, l'important nœud routier en en permettant d'autres entre le Maghreb et l'Afrique occi­dentale ;

Les ressources minières importantes : charbon de Kenadza et Ksi ksou (298000 tonnes produites en 1952), les réserves de fer, de manganèse…

La position stratégique de Colomb-Béchar avait permis l'installation du C.I.E.E.S. (Centre Inter-armes d'Essais d'Engins Spéciaux), à partir de 1955, et l'installation d'un centre d'expérimentation et de lancement des premières fusées françaises à Hammaguir : engins guidés, puis Véronique, l'ancêtre des Ariane actuelles. Un peu plus tard sera ins­tallé le centre d'essais nucléaires de Reggan, à 650 kilomètres plus au sud.

«La région saharienne de Colomb-Béchar est devenue le banc d'essai des engins télé­guidés français depuis qu'un centre inter-armes a été créé par arrêté ministériel en 1947. Le centre du Guir bénéficie de l'existence de l'importante agglomération de Colomb- Béchar en même temps qu'il contribue à la prospérité de celle-ci, à cause de l'impor­tance des effectifs militaires et civils…»

Si les effectifs étaient encore bien modestes en 1952 (60 officiers, 417 sous-officiers et 1500 hommes), ils allaient connaître une augmentation quasi exponentielle du fait de l'implantation des centres d'essais de fusées, des apports de troupes massées à la fron­tière marocaine et de l'installation de centaines de familles de militaires.

Un détail significatif : lorsque l'électrification de Colomb-Béchar fut achevée en 1947, et que le courant a pu être distribué aux habitants de la ville, le nombre des abonnés est allé croissant, régulièrement – 230 en 1948, 1020 en 1953 -. Or, il se trouve que les Juifs en furent les premiers et les plus nombreux bénéficiaires. Cette volonté de progrès s'est manifestée concrètement lorsque la traditionnelle gargoulette fut abandonnée et rempla­cée par le réfrigérateur électrique, dont Meyer Amar fut le fournisseur dès avant 1950. Ce fut le début d'une période de véritable prospérité, pour la ville et pour une commu­nauté juive particulièrement dynamique ; leur développement, en parallèle, fut tel qu'il est difficile de savoir lequel entraîna l'autre.

Désormais, certains commerçants, soucieux de satisfaire leur clientèle européenne, devaient aller se fournir en métropole et ouvrir des boutiques de prêt-à-porter masculin et féminin, des magasins de meubles, d'appareils électroménagers*65, de produits de beau­té… Tout cela ne manqua pas d'influencer le mode de vie de certains, et particulièrement des jeunes de la Communauté, dont nous avons pu voir que, scolarisés quasiment à 100%, ils réussissaient fort brillamment aux examens ; ils s'habillèrent délibérément à l'occi­dentale, et, parfois choisirent d'abandonner leur prénom traditionnel pour en adopter un moins marqué : Abraham devint Albert, Isaac se changea en Jacques, Haïm en Emile, Salomon en Roger…

Il devenait évident que les Juifs de Colomb- Béchar, dans leur immense majorité, venaient de choisir, consciemment ou non, la voie moderne du progrès et du développement. Ce ne fut en rien un reniement, les Juifs béchariens demeurant attachés à leurs racines et à leurs traditions ; depuis quelques décennies, tout cloisonnement avait disparu et les différentes composantes de la communauté avaient fini par se rapprocher, même si chaque groupe avait sa synagogue, ses rites… Désormais constituée en association la communauté juive de Colomb-Béchar s'organisa et connut son épanouissement.

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