Epreuves et liberation. Jo. Tol-Les incidents de Meknes

Les larges échos de ces incidents, parvenus jusqu'en France par l'intermédiaire de la LICA, convainquirent le Résident Général Noguès de se rendre sur les lieux pour affirmer son autorité et démentir les rumeurs d'inaction des forces de l'ordre. Mais au lieu de présenter ses condoléances à la communauté, il mit en garde, sur un ton réprobateur, ses dirigeants contre tout manquement au devoir traditionnel de réserve. Il leur rappela tout ce qu'ils devaient à la France, leur recommandant la sagesse et la soumission. Ce ton comminatoire provoqua un incident mémorable et sans précédent : un des jeunes membres du Comité, Abraham Tolédano, arabisant idéologiquement proche des nationalistes, répondit à Noguès en termes jugés insolents. Ses collègues médusés s’empressèrent de le désavouer.

Trois jours plus tard, le Contrôleur Civil recevait la visite du Président de l'Association des Anciens Élèves de l'École de l'Alliance, Mimoun Mréjen, qui l'assurait de la fidélité de tous ses membres à la France « à laquelle ils doivent tout ce qu'ils savent et tout ce qu'ils sont. Il précisait " qu'ils n 'ont nullement l'intention d'afficher vis-à-vis d'elle, comme vis-à-vis du Makhzen, des sentiments de rébellion ou d'indépendance et qu'ils regrettent profondément les paroles inconscientes prononcées par Monsieur Abraham Tolédano ". Il ajoutait que les membres de son association feraient tout ce qui était en leur pouvoir " pour éviter le retour des incidents regrettables qui se sont produits l'autrejour sur la place El Hdim… »

Cet incident sans précédent fut, on s'en doute, abondamment commenté aussi bien au mellah qu'en médina, comme en fait foi le rapport des Renseignements Généraux :

« La population musulmane de Meknès, et en particulier les classes aisées, n'ont pas été sans remarquer que depuis l'entrevue qu'a eue le Résident Général avec les représentants de la communauté israélite, les éléments sains de cette communauté semblent vouloir adopter une attitude plus modeste, faire montre de moins d'arrogance, de moins de bravade. Les Musulmans attribuent ce revirement au langage énergique du Résident et ne manquent pas de critiquer la conduite récente de ceux qui, hier encore, étaient des dhimmis sous la tutelle d'un sultan qui n'a cessé d'être le Souverain du pays…

Des renseignements sûrs, il ressort que la population musulmane, et en particulier le peuple, reste montée contre les Juifs. De petits incidents sans importance aucune, dénotent l'esprit belliqueux à leur égard. On accuse notamment le Président de leur Comité, Joseph Berdugo d'avoir battu de sa main sept indigènes musulmans et de détenir des armes de guerre. Le bruit court qu'il a été emprisonné, ce dont les Musulmans se sont réjouis… »

C'étaient naturellement de fausses rumeurs mais révélatrices de la tension qui prévalait dans les relations intercommunautaires comme devaient le confirmer des incidents de même nature survenus à d'autres endroits du pays.

Ainsi à Mogador, schéma désormais classique, un banal incident entre deux individus provoqua de sérieux désordres, le 29 juillet 1939. Suite à un bagarre au mellah entre un Juif et un Musulman, un agent de police indigène fut appelé à intervenir. Quand il arriva sur les lieux de la querelle, des passants de bonne volonté avaient déjà réussi à séparer les antagonistes et son intervention n'avait plus d'objet. Le policier ordonna alors au Juif, qui avait été sérieusement malmené dans l'altercation, de le suivre au commissariat mais ce dernier " osa " lui désobéir en demandant un répit, le temps de se remettre des coups reçus. Outré de ne pas être immédiatement obéi, l'agent de police l'insulta et le frappa à la grande et bruyante indignation des Juifs témoins de la scène. L'agent entreprit alors d'ameuter les Musulmans en sollicitant leur aide contre les Juifs arrogants du mellah. Les choses en restèrent là , mais les esprits s'étaient échauffés… Trois jours plus tard, le 1er août, de graves désordres éclatèrent.

 Des centaines de Musulmans envahirent le mellah, se livrant à des violences contre les femmes et les enfants. L'émeute se prolongea plus de quatre heures avant que la police n'intervienne, ne rétablisse l'ordre et ne positionne des gardiens à la porte du mellah. Le soir même, au nouveau marché de la ville, à la suite d'un différend, le fils d'un commerçant juif frappa un jeune Musulman qui tomba évanoui. La rumeur de l'incident s'enfla et des bagarres éclatèrent de tous côtés, auxquelles se joignirent des militaires indigènes, sous l'influence de leurs officiers français antisémites. «Il s'agit, ajoute le rapport des Services de Renseignements, du résultat de l'action des militants du PSF qui, lors de la commémoration du 15Oème anniversaire de la Révolution Française, avaient déjà troublé impunément cette manifestation cependant placée sous le patronage des autorités locales. »

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