UN REGNE DE TERREUR –  3/3־ MOULAY YAZID

meknes

Rabbi Obed Ben Attar poursuit le récit des tourments infligés par le tyran à la communauté de Fès :

" Les Gentils ne nous parlaient plus que l'insulte grossière aux lèvres et nous accablaient d'accusations. Le sultan décida de ne plus voir aucun Juif ni de leur parler. Tous les Fîébreux étaient devenus un objet d'opprobre et d'igno­minie.. . Moulay Yazid décréta qu'aucun Juif ni Juive n'aurait plus le droit de se vêtir de vert. Le gouverneur de la ville vint proclamer ce décret à la casbah. Le même décret fut étendu aux autres villes du Maroc. Cela causa une grosse perte aux Juifs, car ils furent obligés de plonger dans les cuves de teinturiers leurs vêtements d'écarlate pour leur donner une autre teinte et tout s'y abî­ma. Au bout d'un an, il ne leur resta plus une jupe, car tout s'était abîmé et ils furent obligés d'acheter des étoffes d'autres couleurs. L'ennemi triomphait; ses serviteurs nous couvraient de crachats et de malédictions…"

Cette situation de détresse absolue avait également porté atteinte à la cohé­sion intérieure de la communauté. Pour éviter que les spéculateurs ne pro­fitent de la situation; une taqana fut adoptée en 1791 renouvelant l'interdic­tion de surenchère dans le fermage des impôts dus par la communauté. Elle fut signée par les trois membres du tribunal Yékoutiel et Raphaël Berdugo et Baroukh Tolédano; auxquels se joignirent les notables David Dahan, Yossef Malka, Azouz Danino, Yossef Ohana; Yéhouda Déry, David Déry, Abraham Bitton, Yéhouda Bahloul, Haïm Tapiéro, Shémouel Amar, Messod Arama, Lévy Eskoury, Itshak Arama, Itshak Tapiéro, Shalom Ben 'Olo, Fïaïm Botbol, David Abbou, Daniel Abbou, Moshé Azerad, Mordekhay Elkhfari :(20)

Ces épreuves sans précédent, loin de s'affaiblir avec le temps, risquaient de prendre une tournure encore plus tragique; car avant d'aller combattre à Marrakech son propre frère Moulay Hicham qui s'était soulevé contre lui en février 1792, le sultan avait dévoilé son dessein : " En partant pour Mar­rakech, il avait dit à ses officiers; " Vous savez qu'au mois de Adar qui vient les Juifs vont célébrer leur fête de Pourim à cause de Hamane qui avait voulu les exterminer et qui fut tué lui -même." Il avait juré qu'à son retour de Mar­rakech, il ferait aux Juifs de son pays ce que Hamane avait projeté de faire à ceux de Perse…"

La manière dont il se conduisit à Marrakech reconquise par surprise; avec la population aussi bien juive que musulmane, ne laissait aucun doute sur la détermination de ses desseins sanguinaires. La ville fut livrée au pillage pendant trois jours. Il massacra tous les partisans du prétendant en fuite. Sans prendre de répit, il avait envoyé de nouvelles consignes d'exactions contre les notables de Fès, Meknès et même Mogador, jusque là épargnée. Mais se com­parant à Hamane, il s'attira le même sort : Alors qu'il conduisait ses troupes à la victoire contre son frère, un tireur isolé le blessa d'un coup de fusil au bas -ventre. La blessure parut légère au début. Vite pansée, il avait repris le combat, mais le lendemain il succomba dans d'atroces souffrances. Dès l'an­nonce de la mort du tyran, des contre -ordres furent envoyés pour annuler les derniers décrets. Dans tout le pays ce fut un cri de soulagement car ses exactions avaient été loin de se limiter à la population juive. Ses habitudes de banditisme, ses fantasmes sanguinaires, sa cruauté sans bornes l'avaient rendu odieux à l'ensemble du pays.

Pour la communauté juive de tout le Maroc et plus particulièrement celle de la capitale déchue, c'était la fin du cauchemar. Mais ce court ce règne avait suffi à la ruiner totalement et elle mettra des décades à s'en remettre – si jamais.

Le traumatisme que ces événements devaient imprimer dans la mémoire col­lective de la communauté de Meknès, a été immortalisé dans les vers dé­crivant le sac du mellah par le plus grand poète de l'époque, rabbi David Hassine, qui mourut quelques mois après la fin du cauchemar de ce règne dévastateur.

Qui jamais entendit !parler d'un pareil forfait ?

Qui a vu semblable ignominie ?

Les brigands furent autorisés par les autorités A agir à leur guise. Ils se livrèrent à tous les excès.

Ils se livrèrent au pillage jour et nuit,

Dévorèrent Israël à pleine bouche Dans les rues, fuyaient toutes dévêtues,

Des femmes chéries terrorisées par l'ennemi en furie.

Les mères furent écrasées avec leurs enfants Ils nous battaient à mort,

Avec mépris; de façon délibérée

Les chefs de la communauté chargés de chaînes

Livrés au mépris et à l'humiliation.

Face la paupérisation générale, fut de nouveau renouvelée en 1792 par une taqana l'absolue interdiction de construction de nouvelles synagogues.

Les retombées du sac du mellah devaient occuper pendant les années sui­vantes le tribunal rabbinique autour des questions de responsabilité. C'est ainsi par exemple que le jour de l'annonce de la mort du sultan Sidi Mo­hammed Ben Abdallah, un dénommé Abraham Cohen, avait dans le cadre de leurs relations d'affaires, confié à rabbi Pétahya Berdugo un collier en argent de grande valeur. Ce dernier avait, suite à la crainte d'une attaque du mellah, pris toutes les précautions et enterré le bijou en même temps que le siens propres. Mais cela ne devait pas éviter leur découverte par les pillards. Arguant qu'en prenant possession du bijou rabbi Pétahya en était devenu responsable, Abraham Cohen en demandait l'indemnisation comme le pré­voit la Halakha. Mais avant de se prononcer sur le fond, à savoir l'éventuel remboursement du dépôt, le président du tribunal, rabbi Yékoutiel Berdu­go (1736 -1802) avait tenu à souligner le caractère tout à fait exceptionnel des événements, constituant à ses yeux un cas de force majeure absolue :

 Dès l'annonce de la mort du souverain, les Juifs ont enterré leurs biens les plus précieux, précaution jugée normalement suffisante, sachant que le péril vient des pillards extérieurs à la ville qui habituellement ne s’emparent que de ce qui est à portée de main, sans avoir le temps pour creuser dans la crainte d'être rattrapés par les soldats. De plus, les Juifs avaient loué les services services de la tribu des Oudaya qui leur avait garanti une protection sans failles du mellah. Nul ne pouvait prévoir que ce serait nos propres gardiens qui nous trahiraient comme ce fut le cas présent. Plus inattendu encore, ils l'ont fait non de leur initiative, mais sur ordre express du sultan lui -même. Qui aurait pu imaginer que ce serait le souverain, responsable du bien -être de ses sujets, qui ordonnerait de les dépouiller ? Et que le pillage se poursui­vrait vingt jours et vingt nuits ? …"

De son côte, la grande autorité morale de la prochaine génération, son jeune frère rabbi Raphaël Berdugo élevait le débat pour en tirer dans la préface à son livre Mé Ménouhot la leçon sur la signification de l'exil, galout pour le peuple juif en général et la communauté juive marocaine en particulier :

" Les paroles des Prophètes sont notre consolation, car sans elles nous aurions succombé et c'est bien ce qu'a exprimé le roi David dans ses Psaumes "Si ta Loi n'avait pas fait mes délices, j'aurais succombé dans ma misère" (119;92). L'abaissement qui est notre lot dans notre pays, aucune autre nation n'aurait été capable de le supporter. De l'est à l'ouest, Israël est partout entre les mains des nations et chacune nous inflige sa suprématie. Chacun de ses membres peut cracher impunément sur le plus grand des nôtres sans que nul ne songe à protester. Tous les jours, ils se moquent de nous et nous demandent où est donc le messie dont vous attendez la venue ? Un été a succédé à l'autre, des siècles ont passé et vous persistez dans votre misère et votre abaissement au point que l'on peut dire qu'il n'y a rien de plus vil au monde que les Juifs.

On sait qu'il y a une grande différence entre la chute des Juifs entre les mains des nations et la chute des nations entre les mains d'Israël, de même qu'on ne peut comparer la chute d'un philosophe entre les mains d'un rustre, et la chute d'un paysan entre les mains d'un philosophe. Il est alors plus aisé de comprendre l'avertissement divin : "Ce jour -là ma colère s'enflammera contre eux, je les abandonnerai, je leur déroberai ma face; et ils deviendront la pâture de chacun et nombre de maux viendront les assaillir"

(Deutéronome 119,17)

Mais malgré toute leur rigueur, ces épreuves politiques ne devaient pas sur le plan culturel, tarir la sève créative.

. UN REGNE DE TERREUR –  3/3־ MOULAY YAZID

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