L’exil Marocain -Dans la poesie de David Ben Hassine-André E. Elbaz

recherches-i.Ben-Ami

Cette humiliation, physique aussi bien que spirituelle, s'ajoutant a la honte de la pauvrete ou se debat le poete, le menent au bord du desespoir. La famine qui sevit en 1781 fait deborder la coupe, et il demande a Dieu d'ecouter son cri de detresse, d'arreter les tourments que lui font subir les enfants d'iniquite”:

Je me suis senti avili a mes propres yeux…

Le temps m'a crible de ses fleches.

Je me suis cache la ou personne ne me connaissait.

J'ai revetu des vetements de deuil noirs…

Ma douleur a grandi, je n'en peux plus.

Des jours sont venus, que je ne desire plus vivre.

La malediction de chaque jour est encore plus terrible

 Que celle du jour qui le precede…

(לדוד מזמור, כג-כד)

Un moment, David Ben Hassine semble faire siennes les allegations theologiques de ses persecuteurs, qui justifient l'avilissement des juifs en pretendant que Dieu les a abandonnes: “Dieu les a livres entre nos mains!”, jubilent-ils (אתה ה׳ עד מתי, ז). Comme certains de ses contemporains, le poete angoisse se demande si Dieu ne s'est pas voile la face, s'il n'entend plus les appels desesperes de son peuple martyrise: Dieu tout puissant! implore-t-il, Ne te tais point! Ne garde pas le silence!” (ארים קול יללה, פז ). Devant ce silence de Dieu, David Ben Hassine finit par se resigner a son statut de “fils aine de l'epouse detestee, jete dans un trou infect, esclave dont le maitre s'est defait” (,אודה לאל יג). Selon cette conception repandue dans la litterature rabbinique sur l'exil, Israel opprime represente l'epouse detestee de Dieu, tandis que les nations auxquelles il est soumis seraient, elles, son“epouse preferee”, puisqu'elles vivent dans la paix et la tranquillite.

Dans cette perspective pessimiste, c'est Dieu lui-meme qui“aurait voue ses enfants a la servitude” (אתה ה׳ עד מתי, ז). Les juifs du Maroc, figures par l'image inquietante de “fils aine de l'epouse detestee”, symbolisent, aux yeux du poete, la condition humiliee de toute la maison d'Israel en exil.

Cette resignation momentanee n’empeche pas David Ben Hassine de manifester vigoureusement son incomprehension devant les desseins impenetrables de la Providence. Comment Dieu peut- il tolerer l'injustice qui frappe le peuple juif innocent? Et le poete, qui refuse d'accepter un univers ou les impies triomphent tandis que leurs innocentes victimes agonisent, interpelle son Createur:“Comment peux-tu me voir au- jourd'hui exile, alors que tu laisses mes ennemis vivre en toute quietude?, s'indigne־t־il (אל יום זה אקרא, צד). Puis il argumente: “Jusqu'a quand ton nom sera-t-il profane au sein des nations etrangeres?” (ה׳ דבקה לעפר נפשי, ד-ה). Il l'adjure de ne plus se voiler la face et de se souvenir de l'existence d'Israel: “Souviens-toi, mon Dieu!’N'annulle point ton alliance avec nous! Jusqu'a quand verras-tu des ennemis danser dans ta maison?” (בכי תמרורים, צג). “Jusqu'a quand, mon Dieu, verras-tu ton enfant captif, dans l'affliction, en train de mourir?” (אל חביב לי חיבתו, כה). Le poete se fait plus exigeant, plus concret, adjurant Dieu de faire cesser “nos miseres… de guerir notre accablement, de consoler notre deuil, d'eloigner de nous peines et soupirs!” (נשים שאננות, פח). “Pourquoi restes-tu assoupi? lui reproche-t-il. Eveille-toi pour delivrer tes brebis dispersees… Prete l'oreille, entends le cri de detresse des enfants’d'Israel!” (אביעה רנני, ו).

Il reclame enfin: “Toi, mon Dieu! Quand donc vas-tu passer jugement sur mes persecuteurs?” (אתה ה׳ עד מתי, ו־ז). Car le cri du poete ne tarde pas a se transformer, sous l'effet de la douleur, en terribles imprecations, et en appels a la vengeance divine contre ceux qui l'ont fait souffrir de facon inhumaine. Apres le meurtre de sept juifs marocains, en 1783, il ne peut plus retenir sa colere:

Dieu de vengeance, manifeste-toi!…

Cet exil est devenu intolerable, interminable…

Fais pleuvoir sur nos voisins sept fois plus de tourments

Qu'ils n'en ont fait pleuvoir sur nos tetes!

Nos ennemis, nos tortionnaires, ces traltres malfaisants,

Exerce sur eux ta vengeance! Jette sur eux l'anatheme!

Que le sang de tes serviteurs soit venge!…

Ne laisse pas leur sang, ni celui de leurs enfants,

Sans vengeance!

Et fais boire a leurs ennemis, leurs assassins,

Une pleine coupe de poison mortel!

(ארים קול יללה, פז)

L’exil Marocain Dans la poesie de David Ben Hassine-André E. Elbaz

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