Les dernieres annees de David Ben Hassine

LES DERNIERES ANNEES DE DAVID BEN HASSINE

La joie de savoir que son oeuvre va être publiée ne dure pas bien longtemps. Les derniers jours de David Ben Hassine sont endeuillés par les événements sanglants qui accompagnent le règne du sultan Elyazid. En avril 1790  ce dernier succède à son père Sidi Mohammed Ben 'Abdallah. Aussitôt monté sur le trône, il "déchaîne les soldats sur les juifs de Tétouan, les livre au pillage", écrit l'historien marocain Ennasiri. Des hommes et des enfants sont massacrés, les femmes sont violées. Elyazid donne l’ordre de détruire les grandes communautés juives du Maroc.

Le 28 avril 1790, le mellah de Meknès est mis à sac. Le pillage et les violences durent quinze jours, les juifs errent dans la campagne, nus, pendant trois semaines. Au début, comme le note David Ben Hassine avec soulagement, les juifs de Meknès échappent aux meurtres aveugles et aux viols généralisés qui ont été le lot des autres villes du Maroc. Mais, le 10 mai, Elyazid lui-même arrive à Meknès, où il exécute, dans des conditions atroces, les grands courtiers juifs de son père défunt. Mordekhay Shriqi est brûlé vif. Mes‘od Ben Zekri et d’autres notables sont pendus par les pieds à la porte du mellah pendant quinze jours, sous les huées de la populace. Le 6 juin, Elyazid chasse les juifs de Fez de leur quartier, pille leurs biens, détruit les synagogues et l’antique cimetière juif, où étaient enterrés les Expulsés de Castille. Il fait construire une mosquée au mellah, et torture les chefs de la com­munauté pour en extorquer une rançon. Les juifs de Fez sont forcés de camper dans des huttes de paille, dans un terrain vague insalubre, pendant vingt-deux mois. Les mêmes scènes de cruauté gratuite se répètent dans toutes les villes.

Profondément affecté, David Ben Hassine épanche son amertume dans une élégie déchirante, dans laquelle il brosse un tableau saisissant de ces persécutions cruelles:

Qui jamais entendit parler d’un pareil forfait?

Qui a vu venir semblable ignominie? …

Les brigands furent autorisés par les autorités

A agir à leur guise. Ils se livrèrent à tous les excès…

Ils se livrèrent au pillage jour et nuit,

Dévorèrent Israël à pleine bouche.

Dans les rues, fuyaient toutes dévêtues,

Des femmes chéries … terrorisées par l’ennemi en furie. Les mères furent écrasées avec leurs enfants …

Ils nous battaient à mort,

Avec mépris, de façon délibérée …

Les chefs de la communauté …

Chargés de chaînes, livrés au mépris et à l’humiliation … La colère du sultan s’est enflammée.

Il a pendu plusieurs hommes aux portes (du mellah de Meknès).

Une mort atroce, si cruelle! …

Le malheur et l’affliction ont frappé (les juifs du Maroc) Si bien que nombre d’entre eux ont abjuré leur foi. D’autres sont morts en martyrs Pour sanctifier le Tout-Puissant …

Souviens-Toi, mon Dieu! N’oublie pas Ton alliance! Sauve, sauve Ton peuple! Ce cauchemar ne prend fin qu’en février 1792, lorsque le sultan Elyazid, blessé à mort pendant une bataille près de Marrakech, est remplacé par son frère Moulay Sliman. Les juifs marocains connaissent enfin un peu de répit.

MORT DE DAVID BEN HASSINE

En 1792, la renommée de David Ben Hassine est bien établie au Maroc. Son talent et son érudition sont respectés partout, et il a la satisfaction de savoir que son oeuvre poétique va être publiée. Les plus hautes autorités rabbiniques des grandes villes lui ont témoigné leur estime en rédigeant des préfaces élogieuses pour son oeuvre. Le dimanche 10 Tammouz 5552, soit le 30 juin 1792, il s’éteint à Meknès, au milieu des siens, à l’âge de soixante-cinq ans. Pendant les obsèques, Aharon Ben Simhon, de Meknès, prononce une oraison funèbre en prose rimée, où il fait l’éloge du sage, du poète et du maître qu’il vient de perdre, en termes dithyrambiques. Le poète meknassi Shélomo Halewa, qui se considère comme le disciple de David Ben Hassine, compose quatre élégies en son honneur, où il exalte sa science rabbinique et son talent d’orateur, sa notoriété de poète, sa grande modestie et son amour de l’étude: "Ce sage, ce juste, chantre des cantiques d’Israël … Sans lui, je reste orphelin … Même pendant ses vieux jours, sa réputation n’a cessé de croître. Il était honoré comme un roi par tout Israël … Il a étudié la Thora de façon désintéressée, dans la gêne et la pauvreté".

״נעים זמירות ישראל … בלתו נותרתי אלמן… איה שוקל וסופר? גלה כבוד מישראל … גם עד זקנה ושיבה, שומעו גדל והולך. מכובד כמו מלך בעיני כל ישראל …ולומד תורה לשמה, מדוחק ומעוני״.,

David Ben Hassine est enterré dans l’ancien cimetière, maintenant désaffecté, du vieux mellah de Meknès. Aujourd’hui, sa tombe allongée, vieille de deux siècles, n’est plus qu’un simple monticule de terre arrondi, chaulé de blanc, qui ne porte plus aucune inscription. Très rares sont ceux qui connaissent son emplacement, tant elle est semblable aux innombrables tombes anonymes qui l’entourent de toute part. Yossef Ben Naïm précise que David Ben Hassine est enterré près des rabbins Shémouel Ben-Wa‘ish et Shémouel Abensour.

Comme pour beaucoup de rabbins marocains, sa tombe a fini par devenir l’objet d’un culte touchant. On raconte qu’une vieille femme avait fait le voeu de chauler la tombe de Rabbi David Ben Hassine, à Meknès, une fois par an. Mais une année, elle était si pauvre qu’elle ne put acheter la chaux nécessaire. Comme elle se lamentait, un homme vêtu comme un musulman fit son apparition au seuil de sa porte, et lui laissa un seau plein de chaux, sans se faire payer. Tous les voisins furent convaincus que le musulman était le messager de Rabbi David, dont le renom s’étendit encore davantage.

Tehila le David- Section francaise-Andre E.Elbaz et Ephraim Hazan-1999-page 92-96

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