. UN REGNE DE TERREUR-1/3 ־ MOULAY YAZID

meknes

. UN REGNE DE TERREUR ־ MOULAY YAZID

Tragique mais heureusement bref interlude, qui en moins de deux ans faillit remettre en question la poursuite de la présence juive au Maroc et devait lais­ser l'ensemble du judaïsme marocain, et encore plus la communauté de son ancienne capitale, exsangue.

De mère d'origine anglaise, ce prince avait été très longtemps le préféré de son vieux père qui l'avait désigné comme son héritier. Trop impatient de régner, il avait suscité à plusieurs reprises des rébellions, mais après chaque échec, il avait réussi à obtenir le pardon de son père qui lui témoignait une coupable faiblesse. Excellent cavalier, tireur d'élite, il s'était attiré une grande popula­rité par son fanatisme religieux, manifestant une haine farouche contre tous les infidèles et plus particulièrement contre les Espagnols et les Juifs. Pour l'éloigner des intrigues et essayer de le corriger, son père l'avait envoyé en pèlerinage à la Mecque, mais il était revenu début 1790 par voie de terrestre à travers l'Algérie, plus décidé que jamais à détrôner son bienfaiteur, en mobi­lisant des partisans dans les tribus du Rif où il se trouvait quand fut annoncée la mort du sultan.

" A la fin du mois de Nissan (avril) parvint de Rabat la mauvaise nouvelle de la mort du sultan Sidi Mohammed, que Dieu l'ait dans sa miséricorde. Toute la ville fut en émoi et un trouble profond saisit les Juifs et les Gentils. Nous étions absolument terrifiés, car disions -nous les tribus ne manqueraient pas d'envahir la ville, pillant tout et violant les femmes. Tout le monde se sauva et enfouit son argent…Le lendemain, tous les Gentils se réunirent et procla­mèrent souverain l'un des fils du sultan défunt, Moulay Yazid…Nous pen­sâmes retrouver le calme car on annonçait que la paix s'était faite dans tout le pays…"

Mais ce n'était qu'une amère illusion. Car aussitôt arrivé à Tétouan, il avait annoncé son programme : conformément à l'accord passé avec ses parti­sans berbères de la tribu des Amhaous, à savoir exterminer tous les Juifs du royaume. Pour réveiller les ardeurs de ses partisans; il avait promis une ré­compense de dix meqtal à qui lui apporterait la tête d'un Juif. L'édit était telle­ment sans précédent, qu'un des cadis lui fit remarquer qu'il était contraire au commandement du Prophète, interdisant de porter atteinte à ceux qui paient l'impôt de soumission. Comme alternative, il lui fit une proposition aussi ef­ficace et moins sanglante : dépouiller les Juifs de tous leurs biens, " car il est bien connu qu'un homme pauvre vaut moins qu'un mort." Se rangeant à cet avis astucieux, le nouveau souverain ordonna de commencer par la communauté de Tétouan.

Sans se douter de ce qui les attendait, ses dirigeants étaient venus avec les présents de rigueur accueillir le nouveau sultan à l'entrée de la ville. Se fon­dant sur ses bonnes intentions de paix publiquement proclamées, nul n'avait pensé à cacher ou à dissimuler ses biens. Le pillage un jour de shabbat fut intégral. Tout objet de quelque valeur fut emporté des maisons particulières aussi bien que des synagogues. Les anciens sahab sultan, les anciens conseil­lers de son père, ainsi que le consul juif d'Espagne, furent exécutés sans autre forme de procès.

Quelques jours plus tard, la même consigne de pillage fut envoyée dans les autres villes. Les membres de la tribu guerrière des Oudaya demeurant à Meknès furent conviés à piller la communauté comme le rapporte rabbi Ha­bib Tolédano :

" Quelle funeste journée dépassant en horreur tout ce que nos ancêtres ont connu; que ce 3 du mois de Nissan quand nous est parvenue la nouvelle de la mort de Sidi Mohammed Ben Abdallah. A cette annonce, notre âme s'est en­volée et dans notre frayeur nous avons trouvé des refuges dans la médina des Gentils. Nous y sommes restés cachés deux semaines jusqu'au second jour de Pessah quand est parvenu l'édit du sultan aux Oudaya d'envahir et de piller le mellah. Ils ont emporté tous nos biens, nous ont ôté nos habits, nous laissant nus, hommes femmes et enfants. De là nombre d'entre eux nous se sont éparpillés dans la campagne, livrés au froid et à la faim. Nous y sommes restés errants jusqu'à la veille de Shabouot quand nous avons été autorisés à revenir au mellah. Nous l'avons trouvé totalement désert, car ils avaient tout détruit et découvert nos cachettes guidés par des dénonciateurs de notre peuple qui leur indiquaient où nous avions enterré nos biens les plus précieux …"

Autre témoignage, celui de rabbi Eliezer Bahloul :

" Et ici à Meknès, à l'aube du 14 Iyar les pillards ont volé, pillé; incendié, violé et torturé les femmes, les vierges et les garçons dans les rues de la ville et as­sassiné. Ils ont creusé les cours des maisons, fracassé les murs et les plafonds (dans la recherche de trésors cachés), n'épargnant ni les synagogues, ni même les tombes du cimetière. Ils ont brûlé plusieurs Rouleaux de la Loi. Ils ont dé­vêtu et laissé nues comme au jour de leur naissance nombre de femmes qui se sont recouvertes des lambeaux des Rouleaux de la Loi sauvés des flammes. Il est impossible de raconter tout ce qu'ont vu nos yeux et de rapporter ce que nos oreilles ont entendu et cela s'est poursuivi 21 jours jusqu'à la veille de la fête de Shabouot quand le tyran a ordonné de surseoir aux exactions..

Le tyran entreprit ensuite un macabre "tour du Maroc" pour veiller person­nellement à l'application des mesures contre la population juive, réservant à chaque communauté un traitement d'un sadisme particulier.

A Fès, première démonstration de "mansuétude", il plaça la communauté de­vant un choix d'une subtile cruauté : entre le versement d'une amende exor­bitante de cent qentar d'argent et l'abandon pur et simple de leur quartier. Les Juifs optèrent naturellement pour la première option, mais ne parvinrent pas même au prix des plus grands sacrifices, à mobiliser plus de 20% de la rançon exigée. Qu'à cela ne tienne, il s’empressa d’empocher ce qui avait été collecté, puis faisant semblant de comprendre la difficulté de mobiliser rapi­dement une somme aussi faramineuse, il accepta de transiger en exigeant un "petit" supplément, après quoi ils seraient quittes. Mais une fois ce supplé­ment perçu, il leur fit savoir que " son pardon ne concernait que leurs biens et leurs personnes, qui seront épargnés ", mais pas l'obligation d'évacuation immédiate du mellah. Aussitôt le transfert vers les tentes et les cabanes en pleine campagne terminé manu militari – l'ordre était de tuer tout Juif qui resterait au mellah après le soir – le quartier fut offert aux trois mille soldats du contingent des Oudaya appelés de Meknès pour s'y installent à demeure. Et pour bien marquer leur emprise, ils s’empressèrent de lui donner un nou­veau nom El kabir, et d'édifier en son centre une grande mosquée à la place des synagogues détruites.

A Tanger, il fit arrêter les deux frères tunisiens Attal, tuant l'aîné de ses propres mains et laissant la vie sauve au second qui s'était converti à l'islam. A Larache, il fit arrêter un autre des compagnons de son père, le grand négo­ciant Eliahou Lévy Ben Yuly descendant de la famille de Meknès à la réputa­tion douteuse au sein de la communauté. Pour sauver sa vie, il accepta de se convertir mais réussit, en y perdant presque toute sa fortune, à soudoyer ses gardiens et à trouver refuge à Gibraltar où il mourut en 1800.

A Oujda, il s'étonna que la communauté juive n'ait pas envoyé de représen­tants pour l'accueillir. Mais ils sont là lui dirent ses serviteurs. Furieux que rien dans leur habillement ne les distingue des musulmans, il ordonna de leur couper une oreille comme signe distinctif.

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