Culte des saints musulmans dans l’Afrique du Nord et plus spécialement au Maroc

Edouard Montet

La multiplicité des saints est d’ailleurs accrue au Maghreb par l'extension extraordinaire qu’y a reçue le chérifat. Le chérif est souvent, par cela même, considéré comme marabout. Or les chérifs sont innombrables, principalement au Maroc. Dans le Maghreb, il y a de nombreuses tribus de chorfa (pluriel de chérif). Il nous souvient, entre autres réminiscences de ce genre, d’avoir traversé de pauvres villages de chorfa sur les bords du Ras ed-Doura. Le chérifat qu’ils représentaient était bien misérable et ne donnait aucune impression de noblesse, encore moins de sainteté.

La multiplicité des saints est, enfin, confirmée par plusieurs proverbes africains tels que celui-ci, courant en Algérie :

Dans le Gherîs ' tout palmier nain – a un saint; toute branche de palmier a un saint »

Tel aussi cet autre proverbe, d'un emploi fréquent au Maghreb, et qui s'applique autant aux confréries qu'aux marabouts :

« Quiconque n'a pas de cheikh a pour cheikh Satan.

 

Saints inconnus.

Le nombre des saints est si considérable qu'il en est beaucoup dont le nom s'est perdu, de sorte qu'une grande quantité de tombeaux et de h’aouit’a (enceinte en pierres sèches), consacrés au souvenir d'un marabout, sont désignés par des qualificatifs équivalents à l'anonymat.

On a conclu de ce fait que plusieurs de ces sanctuaires de saints inconnus remonteraient à une très haute antiquité et seraient les vestiges du culte rendu aux divinités pa'iennes.

Souvent les saints inconnus sont simplement qualifies par le mot El-Meràbet’le marabout. Souvent aussi le saint anonyme est appelé Sidi l-Mokhfi « Mon Seigneur le caché. »

Le marabout Si Moh'ammed ben el-'Abed disait au Colonel Trumelet : « Quand un miracle s'opère sur le tombeau d'un inconnu, ou sur un point que la tradition nous a appris avoir servi de kheloua (retraite solitaire) à quelque saint dont le nom ne nous a pas été transmis, nous élevons sur ces lieux consacrés soit une chapelle, soit une h'aouit’a, soit un mqàm et nous dédions ces constructions à Sidî 1-Mokhfî. »

Mqam-' Lieu où l’on séjourne, construction commémorative, amas de pierres en pyramide ou en cercle.

 

A Alger, les marabouts anonymes, dont les tombeaux sont placés auprès d'une route ou d’un sentier, sont appelés Sîdi Çàh’eb et'-T’rîq, « Mon Seigneur qui est au bord du chemin. » Il y en a eu même autrefois plusieurs dans la ville d’Alger.

 

Enfin, une désignation qui ne manque pas d’originalité est celle de Sidî l-Gherib, « Mon Seigneur l’étranger. » Tel est ce saint anonyme, dont la dépouille mortelle repose chez les Bem'-Çâlah’ en Algérie; ce marabout, dont le nom est resté ignoré, vivait dans une kheloua adossée au rocher qui est à gauche de sa chapelle funéraire.

 

L’anonymat, il est à peine besoin de l’ajouter, peut couvrir un saint inauthentique. Tel est le cas d’un prétendu marabout Aboù Touràb (Père du sable), dont le mausolée

s’élève au Caire.

Le célèbre historien arabe El-Makrîzî (y 1442) raconte, au sujet de ce tombeau, l’intéressante histoire que voici :

« En cet endroit, il y avait autrefois des collines de sable. Quelqu’un voulut y bâtir une maison. Comme il creusait les fondations, il rencontra les ruines d’une mosquée. Les gens nommèrent alors les ruines de cette mosque père du sable (Aboû Touràb) Avec le temps cette appellation fut considérée comme un nom propre : ainsi prirent naissance le cheikh Aboû Tourâb et son tombeau'. »

 

Saintes.

Au nombre très élevé des marabouts, il faut ajouter celui des femmes maraboutes, très important aussi dans le Maghreb.

L’Islàm, dès ses origines et de tout temps, a professé et enseigné d’une manière générale le respect de la femme, et plus spécialement la vénération pour celles qui se faisaient remarquer soit par la pureté de leur vie et l’élévation de leur caractère, soit par des dons spirituels exceptionnels. Dans ce fait se trouve la cause essentielle qui nous rend compte de la genèse et du développement du culte des saintes à côté de celui des saints.

 

A cette cause générale, dont les effets se sont fait sentir dans tout l’Islàm, il faut ajouter, pour ce qui concerne l’Afrique du Nord, le respect que les Berbères, dans l’antiquité, témoignaient à leurs prophétesses.

Voici, en effet, ce que nous dit Procope, l’historien byzantin du VI siècle, dans son ouvrage sur la guerre des Vandales : « Comme on croyait que la flotte d’Auguste viendrait en Afrique, les Maures effrayés consultèrent les femmes prophétesses. Car, chez eux, il n’est pas permis aux hommes de prophétiser. Ce sont des femmes qui, après avoir accompli certains rites sacrés, touchées par l’esprit, dévoilent l'avenir, aussi bien que les antiques oracles. »

Nous citerons plus loin, parmi les exemples de vies de saints que nous donnerons pour illustrer les thèses de ce mémoire, quelques légendes typiques de maraboutes.

 

Culte des saints musulmans  dans l’Afrique du Nord et plus spécialement au Maroc

Edouard Montet

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