Aperçu historique sur les communautés juives marocaines

Jews in Colonial and Postcolonial Africa

International Conference held in Cape Town: 22-24 August 2016

“The consecration of the Hebraic Dimension in the Moroccan Constitution: Its Background and significance”

By Mohamed Elmedlaoui

IURS / Mohammed V University in Rabat

 Aperçu historique sur les communautés juives marocaines

Les premières apparitions de groupes juifs ou judaïsés en Afrique du Nord ont fait l’objet de nombreuses hypothèses. Certains récits légendaires, à base d’interprétations à postériori du Talmud, les font remonter à la période de la destruction du 1ier Temple au 6e s. av. J.C (Laredo 1954). Des textes plus sérieux (Tertullien, 2ième s.) font état du fait que certains groupes berbères de l’époque romaine en Afrique du Nord «observaient le Shabat, les fêtes, le jeun et les restrictions alimentaires juives» (A. Chouraqui). Et parmi les 50 mots que contient le texte bilingue berbère-punique de la dédicace inscrite sur le temple du roi berbère Massinissa (3e s. av. J.C), le terme shophet (שופט ,(qui veut dire "chef-juge" en hébreu notamment, est attesté cinq fois dans les deux versions en graphies libyque et punique, comme titre des ancêtres de ce monarque, cités dans la dédicace.

Les hagiographes islamiques parlent aussi vaguement d’une reine judéo-berbère qu’ils désignent du titre de kahina "prêtresse", qui opposa la plus vigoureuse des résistances à l’armée arabo-islamique en Afrique du Nord (7e s. de notre ère). Et parmi les tribus et groupes que le premier état marocain de l’ère islamique (la dynastie Idrisside) a dû combattre pour affirmer son autorité, figuraient "certaines tribus juives ou chrétiennes" selon les textes historiographiques de l’époque islamique. Au tout début du règne de l’actuelle dynastie Alaouite, l’une des mesures stratégiques-clefs que l’un des ses fondateurs, Moulay Rachid, a dû entreprendre pour étendre son autorité sur tout le pays à partir de l’Est, fut de neutraliser l’influente force économique et semi-militaire régionale du fief du chef juif, Ibn Mishâl, dans la région de Taza.

Durant les derniers siècles de cette ère islamique, en parallèle avec, et en continuité de ce qui prévalait en Andalousie, plusieurs illustres personnalités juives ont joué des rôles importants et influents dans les domaines de l’économie, de la finance, des sciences religieuses et linguistiques, de la culture et des arts et de la politique, dans le cadre de l’état marocain jusqu’à nos jours.

Judaïsme marocain, Judaïsme universel, Sionisme politique et Protectorat français

A travers toutes ces époques successives, les communautés juives marocaines et Nord Africaines en général ont conservé de forts liens intellectuels continus avec le Judaïsme oriental de Babylone et de Palestine notamment, qu’elles ont toujours considéré comme leur idéal et leur ultime référence. Ainsi, tous les courants intellectuels et religieux majeurs qui ont marqué l’Orient (courants religieux, mouvement messianiques) ont toujours eu leurs échos d’une façon ou d’une autre dans les documents écrits des communautés juives marocaines, y compris dans les recoins ruraux les plus reculés du pays, comme le centre d’Iligh à titre d’exemple.

Cela n’a pas été le cas avec le Judaïsme européen, surtout celui de l’Europe Centrale et de l’Est, et ce jusqu’à l’avènement du Sionisme politique moderne. Celui-ci n’a tout de même pas réussi, à ses débuts, à avoir un impact significatif sur ces communautés juives marocaines, à cause notamment des spécificités culturelles et des barrières de langue (allemand et/ou Yiddish). Même "la politique juive" de la France coloniale en Algérie ((‘Loi Crémieux’ 1870 and ‘Lois de Vichy’ 1940-1941), par exemple, n’a pas pu avoir d’écho au Maroc une fois mis sous protectorat français.

En fait, en tant qu’une courte expérience coloniale (1912-1955), la parenthèse du Protectorat au Maroc, ne semble pas avoir joué, en elle-même en tant que régime administratif et de législation, de rôle capital direct dans l’évolution idéologique et politique qui a transformé l’esprit collectif général des communautés juives marocaines au 20e siècle. C’est plutôt l’action éducationnelle de l’organisation francophone et francophile, l’Alliance Israélite Universelle, initiée dès les années 60s du 19e siècle à Tétouan, qui a joué un tel rôle. Tout en préparant plusieurs promotions de francophones (interprètes, comptables, notaires) qui constituèrent, un demi siècle plus tard, la base de l’effectif autochtone des fonctionnaires et agents du système du Protectorat, cette action prépara en même temps une frange de plus en plus large de la communauté juive marocaine à devenir réceptive aux idées et aux courants politiques et idéologiques du monde moderne, dont le Sionisme Politique notamment. Celuici a ouvert des perspectives sans précédent pour une réinterprétation politique des tendances messianiques très ancrées dans l’esprit desdites communautés, les préparant ainsi graduellement, au rythme des évènements pertinents du 20e siècle, à entamer leur série de grandes migrations collectives après la proclamation de l’Etat d’Israël, et ce grâce à l’encadrement et à la logistique de l’Agence Juive et selon les propres critères de sélection de celle-ci en fonctions de ses priorités de peuplement à l’époque.

Les Juifs marocains aujourd’hui.

Aujourd’hui, après la série des grandes migrations des années 50s-70s du 20e siècle, qui ont réduit le nombre de l’ensemble des communautés juives marocaines à environs 1% de ce qu’il était au début des années 50s, ces communautés constituent à travers le monde la diaspora juives presque la plus structurée, et ce à travers ses différentes fédérations nationales, régionales et mondiales, à travers lesquelles elle conserve de solides rapports avec sa patrie d’origine.

Le patrimoine judéo-marocain devient le centre d’intérêt national.

Avec ladite décroissance numérique drastique de la communauté juive marocaine qui reste encore dans le pays, le patrimoine judéo-marocain devient d’intérêt trans-confessionnel au Maroc. Il n’est plus pris en charge uniquement par les organismes de cette communauté, qui a d’ailleurs fondé, entre autres, le Musée du Judaïsme Marocain à Casablanca, le seul musée de son genre en Afrique du Nord et au Moyen Orient. Plusieurs actions ont été réalisées par différents ministères (Ministres des Habous et de la Cultures notamment) pour restaurer/rénover des lieux de mémoire judéo-marocains, et d’autres projets sont en cours, tout cela sur les hautes instructions royales du Souverain Marocain. Et alors que l’université s’est engagée il y a déjà trois décades dans la piste de l’exploration des multiples manifestations des dimensions judéo-marocaines, même si cela relève jusqu’ici d’initiatives individuelles (thèses universitaires dans différents départements, publication de monographies et d’ouvrages), la société civile commence, de son côté, ces dernières années, à s’impliquer sérieusement. C’est le cas notamment par exemple de l’Association des Amis du Musée du Judaïsme Marocain, une association dont le bureau exécutif fondateur actuel est formé, à parité, de Marocains Juifs et Musulmans et qui a déjà réalisé plusieurs programmes au Maroc et à l’étranger (la semaine du film judéo-marocain notamment à Berlin, mai 2016).

C’est tout ceci, en plus du background historique schématisé plus haut, qui constitue la base et les significations de la consécration par la Constitution marocaine de l’Affluent Hébraïque en tant qu’une des dimensions de l’identité marocaine plurielle et irréfragable.

محمد المدلاوي المنبهي

Mohamed Elmedlaoui

http://orbinah.blog4ever.com/m-elmedlaoui-publications-academiques

Lien vers la vidéo de l’exposé d’origine en anglais

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