Evolution du judaisme marocain-Doris Bensimon-Donath-1948

evolution du judaisme
  1. L' enseignement primaire.

Dès 1914, la Direction de l’Enseignement s’intéressera activement aux écoles de l’Alliance en contrôlant par ses inspecteurs les méthodes pédagogi­ques : « La tâche la plus importante était de doter les nouvelles couches de la population juive marocaine de la connaissance de la langue française et avec cet instrument, de leur permettre d’accéder, à quelque niveau que ce soit, à la maîtrise de ce monde nouveau ».

Le 10 octobre 1915, une première convention fut signée entre l’Alliance israélite universelle et la Direction de l’Enseignement, qui d’une part contrôla les écoles de l’Alliance, d’autre part créa son propre réseau d’écoles franco- israélites. Dans les écoles franco-israélites, l’enseignement était dispensé par des instituteurs français, fonctionnaires de l’Instruction Publique, alors que le personnel enseignant de l’Alliance israélite universelle continuait à être recruté par l’organisme central de Paris.

Les écoles de l’Alliance israélite universelle et écoles franco-israélites étaient des écoles primaires. Elles ont coexisté pendant toute la durée du Protectorat et même au-delà. Elles se sont parfois concurrencées. Gratuites et disposant de maîtres qualifiés, les écoles franco-israélites, relativement peu nombreuses, étaient recherchées. Toutefois, à partir de 1924, la fusion de certaines écoles franco-israélites avec les écoles de l’Alliance fut décidée. Considérant cette décision comme « une atteinte portée à l’école publique dans le Protectorat », les instituteurs français protestent : « Nous voyons échapper aux mains de nos collègues français des enfants dont l’esprit d’adaptation est la moindre louange que nous puissions faire d’eux. Enfin, et surtout, nous estimons qu’à l’heure où les Gouvernements semblent vouloir faire un pas décisif vers la paix, il est dangereux d’instituer dans nos colonies un enseignement de race ».

Cette mise en garde contre la traditionnelle séparation des communautés religieuses et ethniques au Maroc ne fut guère prise en considération. Une nouvelle convention fut signée en 1928 entre le gouvernement chérifien et l’Alliance : la Direction Générale de l’Instruction Publique allait exercer un contrôle plus direct sur ses écoles et prendre progressivement en charge 80 % de leur budget. A la veille de la deuxième guerre mondiale, le réseau de l’Alliance comptera quarante-cinq écoles. A partir de 1945, grâce à des cré­dits accordés par d’importantes organisations juives mondiales, l’Alliance étendit son réseau aux mellahs perdus dans le bled et la montagne. En 1956, année de l’indépendance du Maroc, elle scolarisait dans quatre-vingt-trois écoles, 33 605 enfants.

  1. Survivance de l'enseignement traditionnel.

A côté des écoles contrôlées par le Protectorat, l’enseignement traditionnel continuait à être dispensé dans des hedarim et des yeshivot . Le manque de qualités pédagogiques des maîtres ainsi que les conditions hygiéniques lamentables des locaux dans lesquels les hedarim étaient installés ont été maintes fois dénoncés. « Dans cette plaie chronique qu’est le mellah de Casa­blanca, fleurissent et prospèrent des foyers de maladies et de mort; je veux parler exactement des quarante-quatre taudis où des maîtres sales et répugnants armés de lanières de cuir ou de nerfs de bœuf, dispensent à environ  2700 garçons de quatre à douze ans ce qu’ils croient être l’enseignement de la religion juive », écrivit Noar, en 1949, en signalant que dans l’ensemble des mellahs du Maroc, le heder était la seule école fréquentée par 10 000 petits garçons juifs.

Cependant, dès 1927, certaines écoles traditionnelles telles que Em Habanim à Fès et la yeshiva à Meknès, furent modernisées. L’enseignement du français et du calcul y fut rendu obligatoire. Cet enseignement était contrôlé par l’Alliance.

A partir de 1947, une impulsion nouvelle fut donnée à l’éducation religieuse de la jeunesse juive marocaine par une organisation juive orthodoxe américaine, « Otzar Hathora », qui, en s’appuyant sur des personnalités du judaïsme local créa un réseau d’écoles dans lesquelles les enfants suivirent, à côté de la forma­tion traditionnelle, un enseignement moderne. L’œuvre se développa rapi­dement. Quelques années plus tard, les Hassidim de Lubavitch fondèrent également des écoles destinées aux enfants les plus déshérités des mellahs, dans lesquelles les études traditionnelles et un certain enseignement moderne étaient dispensés simultanément.

En 1952, le rabbinat créa une commission pédagogique chargée du contrôle de l’enseignement religieux au Maroc. Les rabbins chargés de cette tâche devaient s’efforcer de créer des écoles hébraïques modernes supprimant les hedarim. Dans ces écoles, les langues d’enseignement prévues étaient l’hébreu et le français.

Ces réformes connurent un certain succès : en 1960, les hedarim, sous leur forme la plus primitive, avaient pratiquement disparu; seul le courant d’enseignement traditionnel « modernisé » a été maintenu.

  1. Enseignement post-primaire.

L’Alliance s’était aperçue rapidement de l’insuffisance d’une formation primaire. Les élèves, qui n’avaient souvent fréquenté l’école que pendant peu de temps, étaient repris, bien vite, par la misère du mellah. Dès 1873, le directeur de l’école de Tanger proposa la création d’une œuvre d’apprentis­sage.

Peu à peu s’organisèrent sur l’initiative de l’Alliance et, à partir de 1900, sur celle des anciens élèves groupés en association, des œuvres d’apprentis­sage. En 1927, l’Alliance fonda une école professionnelle à Casablanca, une autre à Fès en 1935. Ces écoles étaient fréquentées par des garçons. On y ensei­gnait d’abord les métiers du bois et du fer. Ailleurs, l’Alliance organisa à la même époque, auprès de ses écoles, des ateliers d’apprentissage non seulement pour les garçons, mais aussi pour les filles qui y apprirent à coudre et à broder.

Cet enseignement se développa très lentement; les parents considéraient souvent la pratique d’un métier manuel comme « une déchéance ». Alors que dans la société traditionnelle, l’artisan jouissait de l’estime de tous, le contact avec la civilisation occidentale a fait naître des aspirations nouvelles. Le père d’un enfant scolarisé, alphabétisé, convoitait pour son fils un emploi au col blanc.

Inspirés par l’expérience palestinienne  comme par l’exemple des colons, quelques théoriciens prônèrent pour les Juifs marocains le « retour à la terre ». Certains, dont Moïse Nahon, après une riche carrière consacrée au dévelop­pement du réseau scolaire de l’Alliance, prêchèrent d’exemple et se firent colons. Des anciens élèves de l’Alliance fondèrent des fermes-écoles près de Casablanca et de Marrakech. Cependant, ces efforts ne furent guère couronnés de succès.

Au lendemain de la guerre, en 1944, fonctionnaient quatre écoles professionnelles, dont une école agricole. En neuf ans, 500 élèves avaient été formés dans ces écoles, dont 125 seulement étaient sortis diplômés après trois années d’étude.

En 1946, l’Alliance israélite universelle conclut un accord avec l’O.R.T.; à partir de cette époque la formation professionnelle de la jeunesse juive connut un certain essor. En 1952, l’O.R.T. acheva, à Casablanca, la construc­tion de deux écoles professionnelles avec un équipement moderne : depuis, 1000 à  1500 élèves, garçons et filles, reçoivent chaque année une formation professionnelle dans les écoles et les centres de l’O.R.T.

Par ailleurs, l’Alliance a développé l’enseignement général. Au fur et à mesure que s’organisait l’enseignement au Maroc, les élèves pouvaient non seulement préparer le certificat d’études primaires, mais poursuivre, dans les principales villes, des études du cycle complémentaire jusqu’en classe de 3e et se présenter au B.E.P.C. (Brevet d’études du premier cycle).

Toutefois, les possibilités offertes par l’Alliance s’arrêtaient à la fin du pre­mier cycle d’études post-primaires. Des études secondaires, menant au bacca­lauréat, ne pouvaient être poursuivies que dans les lycées européens dirigés généralement par la Mission universitaire culturelle française. L’École nor­male hébraïque qui fonctionne depuis 1951 près de Casablanca constitue la seule exception : elle forme les maîtres de l’Alliance israélite universelle destinés à l’enseignement au Maroc — et dans les pays mulsumans — en mettant l’accent sur la culture sémitique (enseignement de l’arabe et de l’hébreu).

O.R.T. : « Organisation pour la Reconstruction et le Travail » fondée en Russie en 1880 dans le but de propager le travail industriel, artisanal et agricole parmi les Juifs. Aujourd’hui l'O.R.T. a son centre à Genève, son réseau scolaire s’étend dans vingt-et-un pays.

Evolution du judaisme marocain-Doris Bensimon-Donath-1948-page 28

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