Meknes-portrait d'une communaute juive marocaine-Joseph Toledano-ed Ramtol 2017

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  1. UN REGNE REPARATEUR

Successeur incontesté de son père, héritant d'un pays las des guerres et des pillages, Sidi Mohammed Ben Abdallah (1757 -1790) ramena la paix et la stabilité et avec elles la prospérité, en reconstituant une armée nationale, en mettant au pas les abid de la Garde Noire et en allégeant le poids des im­pôts. Grand ami des Juifs, il mit fin aux extorsions fiscales, ne prélevant que l'impôt de capitation prévu par le pacte de protection, renouant largement avec la tradition des Juifs de Cour. Convaincu alors qu'il était gouverneur lu Sud des bienfaits du commerce international, il devait transférer le centre le gravité des villes traditionnelles de l'intérieur à celles du littoral, remettant en activité le port de Mazagan évacué par les Portugais après un long siège. L'Angleterre devint le premier partenaire commercial. Pour contrôler le commerce extérieur, il fonda le port de Mogador et y installa les "commer­çants du roi" tajer sultan, munis de grands privilèges. Il avait demandé aux grandes familles de négociants juifs du Maroc qui avaient fait leurs preuves, de dépêcher des représentants pour faire fonctionner le nouveau port. Dans la liste des 10 premiers tajar es sultan venus de Safi, Rabat, Marrakech, Aga­dir, Tétouan, ne figure aucun représentant de Fès ni de Meknès. Si toutefois forte de son infrastructure artisanale et commerciale et de son titre retrouvé de capitale, Fès conservait un certain rôle national, Meknès périclitait, alors que Marrakech profitait de sa proximité de Mogador, la nouvelle porte vers l' Europe.

Bien que son règne ait été largement réparateur pour l'ensemble de la com­munauté juive marocaine, il fut toutefois, du point de vue de la communauté de Meknès, bien loin de l'image idyllique qu'en a laissé rabbi Moshé Elbaz dans son livre Kissé Mélakhim comme "très grand ami d'Israël, son carrosse riait toujours précédé des montures de ses dix conseillers juifs somptueuse­ment vêtus." 

L EGALITE DEVANT L'IMPOT

Sortie ruinée des années de guerre de succession de Moulay Ismaël, la com­munauté de Meknès n'avait pas eu le temps de se relever de ses épreuves ou une nouvelle contribution exceptionnelle exigée par le sultan en 1768 pour financer le siège de la dernière enclave portugaise, le port de Mazagan, mit encore plus à mal ses finances. Il ne resta d'autre alternative pour s'en acquitter que de vendre aux particuliers les biens immobiliers communau­taires, dont les revenus servaient au financement de la caisse des pauvres. La troisième taqana édictée par les rabbins et les notables de la ville motivait ainsi cette décision :

Face à la multiplication infinie des (mauvaises) intentions de nos voisins oui s'abattent en torrent sur les membres de notre communauté, et à notre incapacité à supporter le fardeau des impôts, nous nous sommes réunis, nous les représentants de la communauté, et avons décide pour essayer d'alléger ce fardeau face aux exigences renouvelées du sultan et des grands, de vendre aux particuliers les magasins du mellah appartenant au public. Dans ce cadre, nous proclamons que les acheteurs jouiront en toute propriété sans aucune restriction des biens ainsi acquis et pourront en disposer à leur guise, les louer, les vendre, en faire donation ou les transmettre par héritage …" Signataires, les rabbins Yaacob Tolédano, Shélomo Tolédano, Shélomo Tapiéro, Yékoutiel Berdugo, Shélomo Hacohen et Abraham Halioua auxquels se joignirent les notables Aharon Ouakrat, Yossef Ben Haki, Yaacob Anidjar, Moshé Benlahcen, Méïr Tsadok, Shélomo Attia, Mo­shé De Avila, Yossef Hacohen, Abraham Ben 'Olo, Ephraïm Lazimi. Les magasins furent effectivement cédés à Yahya Ben Itah et à Shélomo Shémla;

Dix ans plus tard, le poids des impôts s'alourdissant de nouveau, la commu­nauté devait vendre des terrains lui appartenant situés en dehors du mellah à rabbi Yékoutiel Berdugo et son frère rabbi Raphaël, et à Moshé Maimran, Messod Oliel, Hassan Ben Hassine, Moshé Benshloush et Baroukh Tolédano. C'est à propos de l'établissement de l'assiette des taxes et impôts internes que la communauté de Meknès fit un pas de plus dans son autonomie judiciaire par rapport à celle de Fès, en adoptant le principe de l'égalité absolue devant l'impôt; chacun devant contribuer au prorata de sa fortune. Alors qu'à Fès et à Tétouan, pour ne pas désigner l'homme le plus riche de la communauté à la convoitise des autorités, il ne devait acquitter qu'une quote -part égale à celle du second en rang des contribuables.

Dernier vestige de l'époque de gloire de Moulay Ismael, un grand négociant originaire de Tétouan, établi à Meknès, rabbi Moshé Maman, avait acquis une fortune colossale dans le commerce avec l'Europe; ayant le monopole de l'exportation de la cire et des cuirs bruts, bénéficiant d'un rang enviable à la Cour. La roue de la fortune avait tourné et se prévalant des précédents de Tétouan et de Fès, il avait sollicité d'être imposé comme le second en rang. Face au rejet de sa demande par le tribunal de Meknès, il avait porté l'affaire devant le tribunal de Fès qui statua en sa faveur.

Mais les chefs de la communauté de Meknès refusèrent de transiger : Malheu­reusement le pressentiment des rabbins de Fès devait se justifier. Sa fortune avait suscité tant de jalousies dans le peuple, que retiré dans sa ville natale, Tétouan, rabbi Moshé Maman fut assassiné en 1763 dans sa maison par un voleur musulman..

ATTEINTE A LA COHESION INTERNE

En 1769, nouvelle taqana illustrant l'érosion de la cohésion de la communau­té conséquence des troubles politiques et de la détresse économique favori­sant l'apparition d'une classe de nouveaux riches sans scrupules. Elle visait à rappeler la nécessité du respect du principe de non -ingérence des étrangers dans la vie communautaire et l'interdiction absolue de porter des conflits entre Juifs devant les instances des Gentils :

" Nous avons déjà statué au mois de Hechban dernier que tout membre de la sainte communauté de Meknès qui s'adresserait aux instances des Gentils ou solliciterait l'intervention de leurs puissants, sera exclu de la communauté d'Israël, et ses biens saisis au profit des indigents de notre ville – sanctions également applicables à ses éventuels complices. Cette taqana qui portait la signature de notre maître rabbi Yaacob Tolédano et de tous les lettrés et les notables de la ville, avait été proclamée dans toutes les synagogues et inscrite au livre des taqanot. Mais hélas, depuis lors se sont levés de vils individus pour enfreindre la foi et contrevenir à cette taqana. Les sieurs Abraham Perez, son frère Moshé et Messod Benzikri ont ainsi ont sollicité l'intervention de nos seigneurs les chérifs (descendants de leur prophète) dans l'affaire du dit Messod. Après avoir répudié sa femme selon les règles de la Halakha; il avait voulu la reprendre de force. Sous la menace de ces mêmes puissants, il avait contraint le père de son ex -épouse à renoncer au versement de la pension alimentaire pour sa fille…De plus, des témoignages concordants confirment que les dits frères Abraham et Moshé s'étaient par ailleurs rendus coupables de dénonciations et délations à l'encontre de coreligionnaires et avaient tenu publiquement des propos malveillants envers les rabbins et la sainte Torah… Suite à ces violations de la taqana et à leurs autres méfaits, nous proclamons leurs biens mobiliers et immobiliers en déshérence et autorisons tout membre de la communauté à leur causer des dommages de toute nature : vendre ou hypothéquer leurs biens, se saisir de tout ce qui leur appartient – ceci jusqu'à ce qu'ils fassent repentance totale; car ils ne sont pas à leur premier méfait comme nous en avons les preuves."

Signataires les rabbins ShléomoTolédano, Moshé Tolédano, Yékoutiel Berdugo et Raphaël Berdugo.

En fin de compte, aucune des parties ne voulant aller jusqu'au bout, elles de­vaient s'arrêter au bord de l'abîme et arriver à un compromis. Les contreve­nants acceptèrent de faire repentance et de reconnaître le principe de l'autori­té exclusive des rabbins. De son côté, le tribunal – de crainte de la réaction des puissants – ne leur infligea qu'une amende avec sursis, mais imprescriptible, payable "quand les circonstances le permettront, par les redevables ou leurs héritiers après eux. "

Meknes-portrait d'une communaute juive marocaine-Joseph Toledano-ed Ramtol 2017-page 85

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