L’exil Marocain -Dans la poesie de David Ben Hassine-André E. Elbaz

recherches-i.Ben-Ami

 

Ainsi, David Ben Hassine reprend-il les accents, et meme certains versets du prophete Jeremie se lamentant sur la destruction du Ternple, pour pleurer les souffrances des siens, livres a ces bourreaux qui ne reculent devant aucune profanation, qui se moquent de l'enseignement de Dieu et foulent aux pieds les rouleaux sacres de la Thora

(אל עוברי דרך אקראה; אתה ה׳ עד מתי (

Revue des Etudes Juives, 1898), ces monstres de lubricite qui donnent libre cours a leur instinct bestial et violent sans pitie des “vierges et des femmes vertueuses” ( קול מלחמה, צב, ב-צג; בכי תמרורים, צג

Jacob et Israel sont livres aux pillards…

Des ennemis cruels, vains et pervers…

La fille de Sion… foulee aux pieds par ses tortionnaires…

Est restee comme une veuve, une femme repudiee,

Toute de noir vetue, livree a la risee de ses voisins…

Elle n'a pas trouve de repos chez les peuples etrangers…

L'ennemi a tue ses justes et ses valeureux

Comme on egorge des boeufs et des moutons.

Il lui a impose un joug cruel.

Nul ne peut lui echapper.

Que peut faire l'agneau, la chevre sans defense?…

Ses ennemis l'ont haie, ils ont vu sa nudite

Ils ont detruit ses villes, abattu leurs fortifications…

Le jour ou des etrangers sont venus par vagues suecessives,

Ils ont vole et detruit, ils ont violente des vierges pures

(קול מלחמה, צב, ב-צג) 

Bien entendu, ces references et ces emprunts aux textes bibliques, ces images stereotypees, font partie des techniques traditionnelles de tous les poetes juifs nord-africains de son epoque.

Cependant, il ne s'agit pas, chez David Ben Hassine, de simples conventions litteraires destinees a mettre en valeur sa virtuosite poetique, mais de la volonte de temoigner d'une experience authentiquement vecue. Nombre de ses piyoutim ont ete composes a l'occasion d'evenements historiques precis, dont il a ete frequemment le temoin oculaire, et dont il donne souvent les details et meme la date exacte. Le tableau de l'oppression des juifs au Maroc qu'il nous presente est confirme par les recits concordants de ses contemporains, chroniqueurs, poetes et voyageurs etrangers de passage dans le pays.

Il n’est done guere surprenant que David Ben Hassine finit par voir dans ses persecuteurs la manifestation meme de “l’Ange de la Mort” (אתה ה׳ עד מתי, ז). Vision effrayante, totalement negative des musulmans marocains, qui ne peut s’expliquer que par les souffrances inhumaines endurees par les victimes juives terrorisees.

Comme tous les lettres juifs de son epoque, David Ben Hassine ressent dans sa chair l'humiliation imposee quotidiennement a tous les siens, aussi bien par la populace que par les maitres du pays, qui ne leur permettent pas de vivre “la tete haute” (לך אוחיל רב עליליה, יד). A de nombreuses reprises, il se lamente sur l'avilissement de son “peuple ecrase” (לתורה ואל מצותה, ל, ב), “asservi, martyrise” (לצור גואלנו, לה), “miserable, meprise, couvert d'opprobre et d'ignominie” (ה׳ דבקה לעפר נפשי, ד, ב). Dans un “chant compose sur l'exil d ,Israel parmi les nations”, le poete blesse epanche son amertume devant ces “oppresseurs qui bafouent impunement mes commandements et mes lois, et qui raillent mes prophetes” (אתה ה׳ עד מתי, ז).

  1. Au XVIIIe siecle, les juifs du Maroc etaient soumis a toutes sortes d’obligations et de restrictions degradantes, comme le note Louis Chenier: “asservis et toujours humilies” (Correspondance, op. cit., p. 88), “employes aux travaux les plus vils… meprises et accables par les vexations” (p. 490). Dans ses Recherches historiques sur les Maures, Louis Che- nier precise: “Les juifs ne possedent ni terres, ni jardins; ils ne pourraient jouir tranquillement de leurs fruits; ils ne peuvent porter que des habits noirs, et il ne leur est permis de passer, que nu-pieds, aupres des mosquees, ou dans les rues oil il y a des sanctuaires. Le moindre des Maures se croit en droit de maltraiter un juif; et celui-ci ne peut se defendre, parce que la loi et le juge sont toujours en faveur du Mahometan” (Recherches, Paris 1787, vol. Ill, pp. 131-132).

Le rabbin-juge Raphael Berdugo, beau-frere de David Ben Hassine, rappelle l'usage des officiels marocains qui frappaient les juifs sur la nuque pour souligner leur avilissement (רב פנינים, Casablanca 1969, p. 189). Samuel Romanelli (op. cit.) donne egalement des exemples de l'humiliation de ses coreligionnaires au Maroc.

L’exil Marocain Dans la poesie de David Ben Hassine-André E. Elbaz

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