Le Mossad et les secrets du reseau juif au Maroc 1955-1964 – Michel Knafo- L'operation Yakhine -Isser Harel

L'operation Yakhine

Malgré les succès sur le terrain, j'étais parfaitement conscient que par ces seules voies on n'arriverait pas à résoudre le problème des juifs du Maroc. Début 1961. le roi Mohammed V disparut soudainement et son fils Hassan monta sur le trône. Après une période de tâtonnement, le nouveau souverain essaya de se forger une nouvelle ligne politique indépendante. Il devait essayer, avec prudence, de se détacher des liens trop étroits avec Nasser et sa politique violemment anti­occidentale. Il avait besoin du soutien économique de l'Occident et était arrivé à la conclusion qu'il lui fallait améliorer l'image de son pays aux Etats-Unis et en Europe – mais sa politique envers Israël et la Alyah ne subit aucun changement à ce stade. C'est pourquoi nous avons poursuivi notre double pression sur le jeune roi: en continuant la Alyah clandestine et en faisant appel à l'opinion internationale.

Je pensais que notre activité clandestine et les persécutions contre les juifs finiraient par devenir un fardeau insupportable pour le nouveau régime. Il était indispensable de briser le cercle vicieux et d'arriver à un arrangement quelconque avec le gouvernement du nouveau roi.

Par l'intermédiaire de personnes juives et de personnes de bonne volonté non- juives, nous avons établi des liens avec des personnalités hauts-placées de l'entourage du souverain. Ce fut le début de négociations secrètes harassantes, au cours desquelles nous devions en permanence être sur le qui-vive de crainte qu’on n'essaye de nous mener en bateau.

Nos interlocuteurs marocains nous avaient posé quatre conditions:

La sortie des juifs serait officiellement dirigée vers un autre pays, autre qu'Israël.

La sortie doit se faire le plus possible dans le secret.

Paiement d'un dédommagement financier important.

Cessation des activités clandestines jusqu'à l'accord.

Les trois premières conditions ne nous posaient pas de problème. Par contre la quatrième nous mettait face à un grave dilemme – de crainte qu'on ne s'en serve uniquement pour nous tromper – mais nous avons fini par l'accepter, le coeur lourd, afin de ne pas manquer cette occasion historique.

Les négociations prirent ensuite un cours pratique. Il fut conclu que la réalisation de la Alyah du Maroc sera confiée à l'organisation juive américaine, la HIAS. Les hommes de la Misguéret devaient occuper en fait les postes de commandement. Il fut aussi conclu que les départs se feraient avec des passeports collectifs, chose qui était en notre faveur. Puis ce fut l'heure de la première épreuve. Les Marocains avaient exigé un premier versement important sur le compte des opérations futures. Je me suis adressé au ministre des Finances Levy Eshkol qui m'a dit simplement: "d'abord je ne dispose pas d'une telle somme, et second, qui me garantit qu'on ne va pas nous mener en bateau?"

J'ai demandé alors l'aide de Ben-Gourion qui m'a posé la question: "quelle preuve as-tu que ce n'était pas une tromperie?"

Je lui ai répondu qu'il n'y avait aucune garantie mais que cela valait la peine de ne pas rater une occasion aussi historique. Sur le champ, Ben-Gourion a appelé Eshkol et lui a intimé l'ordre devant moi de trouver la somme nécessaire. L'opération " Yakhine" pouvait commencer.

Malgré nos doutes, les Marocains ont tenu parole et respecté leurs engagements et au bout d'un certain temps la merveilleuse opération prit son envol. Alors des milliers de olim ont entamé leur sortie du Maroc par avions par bateaux, et après un court transit en Europe, arrivaient en Israël.

Sous la pression de l'opposition marocaine et de la propagande de la Ligue Arabe, il y eut des périodes d'arrêt et de suspension; des périodes de grande tension, mais après chaque interruption l'opération devait reprendre jusqu'au départ du dernier juif qui le désirait. Quant à ceux qui restaient, ils pouvaient également être sûrs de pouvoir partir quand ils le voudraient; l'obtention de passeports ne posait plus de problème.

Au cours de l'opération Yakhine quelques 85,000 juifs marocains sont montés en Israël et dans le cadre de la Alyah clandestine, quelques 25,000 juifs avaient quitté le Maroc; soit au total 110,000 depuis l'indépendance marocaine. Il est difficile de décrire la coopération et l'atmosphère de délivrance qui emporta le judaïsme marocain – des juifs qui étaient disposés dans toutes les circonstances et dans toutes les conditions de répondre à l'appel de Sion.

Le Mossad et les secrets du reseau juif au Maroc 1955-1964 – Michel Knafo L'operation YakhineIsser Harel-page 103

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