En hommage à S.D. Lévy Mme Tolédano

Samuel David LevyEn hommage à S.D. Lévy

Mme Tolédano

Je tiens à prendre part à la manifestation organisée par la Communauté de Casablanca en l'honneur de mon ami S. D. Lévy, à l'occasion de son 78" anniversaire.

Je pense beaucoup de bien de lui, comme vous vous en doutez. J'aimerais en dire un peu. Je n’empiéterai pas sur le domaine des orateurs qui viendront dérouler devant vous le panorama de ses innombrables initiatives et de ses réalisations incessantes. Je voudrais plutôt tracer, aussi brièvement que possible, la silhouette morale de l'homme. Cet homme, je le connais depuis soixante ans et mon admiration pour lui n'a fait que grandir à chaque nouvelle expression de son caractère et de sa forte personnalité.

Ma première rencontre avec Samuel Lévy à Paris, quand, en 1892, je fus admis à l'École Normale de l'Alliance, où Lévy m'avait précédé de quelques années. J'arrivai à Paris un matin de décembre. Lévy vint me chercher à la gare. Nous nous embarquâmes sur le bateau-mouche qui devait nous transporter à Auteuil. En route, nous causâmes. Une sympathie mutuelle nous rapprocha d’emblée. Arrivés à l'école, nous étions déjà camarades. Et ce fut le début d'une amitié intime et profonde, qui dure encore et toujours, inaltérée et inaltérable.

A cet âge, on rêve. L'avenir s'étale devant nous comme la feuille blanche d'un livre, sur laquelle on espère pouvoir écrire une histoire merveilleuse. Nous rêvions. Mais que ferait le temps de ces imaginations d'adolescents ?

 Ses études terminées, Lévy fut nommé instituteur. Il exerça à Tunis, à Tanger, à Casablanca et dans les colonies de l'ICA en Argentine. Il parcourut avec distinction sa carrière dans l'enseignement. Quand il quitta le service, il revint à Casablanca.

C'est alors que sa véritable vocation se révéla. La détresse des communautés juives ébranla fortement sa sensibilité. Les masses grouillantes des mellahs offraient le spectacle d'une dégradation sans nom. Les enfants, mal nourris, mal vêtus, affligés de maladies infectieuses, happés de bonne heure par la tuberculose, semblaient condamnés à une misère perpétuelle. Ceux de nos coreligionnaires qui avaient pu s'arracher à ce bourbier et acquérir des moyens de subsistance acceptaient la situation avec une résignation facile.

Lévy résolut de briser cette torpeur. Il ne concevait pas que des Juifs puissent abandonner d'autres Juifs, chair de leur chair, à une pareille déchéance. La pitié chez lui s'alliait à une haute conception du devoir humain. Fils de l'Alliance par sa formation intellectuelle et morale, il pouvait puiser dans les principes de cette grande organisation juive une précieuse inspiration. L'obligation de solidarité juive prenait à ses yeux la valeur d'un dogme. L'idéaliste qu'il était se révoltait contre un état de choses qui violait les exigences les plus élémentaires de la conscience sociale. Il fallait descendre dans l'arène de l'action pratique et livrer bataille aux maux qui pesaient sur cette population déshéritée. C'est ce qu'il fit. Il se voua à l'idée du relèvement, de ces communautés par la création progressive d'institutions régénératrices.

L'entreprise était vaste et ardue, mais ne souffrait pas de délai. Doué d'un caractère rectiligne et d'une volonté puissante et tenace, il s'attela à la besogne. Il a œuvré pendant de longues années, sans répit et sans découragement, prodigue de son temps, prodigue d'une énergie apparemment inépuisable, le regard constamment fixé sur le but à atteindre. Son extraordinaire dynamisme, la ferveur de son apostolat lui ont permis de surmonter tous les obstacles, de maîtriser les résistances et les préjugés, de plier, pour ainsi dire, l'impossible à l'effort de sa volonté. Son activité s'est étendue avec succès à tous les domaines de la vie communale; assistance sociale, santé, éducation, culture juive. Son œuvre s'est épanouie en une riche floraison d'institutions publiques, portant l’empreinte de son inspiration, de son dévouement, de son labeur acharné.

Cette description n'épuise pas les qualités qui ont fait de Samuel Lévy le grand réalisateur que nous admirons. Il faut y ajouter celles du diplomate et du ministre des finances. La mise en pratique de ses projets ne pouvait s'accomplir sans la mobilisation de larges ressources matérielles. C'était à lui à les trouver. Il lui fallait pour cela combattre l'apathie du milieu, l'incompréhension de ceux de nos coreligionnaires qui, habitués à l'idée de la charité au petit pied, semblaient incapables de saisir la nécessité de donner généreusement, sur une échelle proportionnée aux besoins. Lévy a subi la corvée avec stoïcisme et bonne grâce, réussissant presque toujours à forcer les bonnes volontés et à s'assurer les concours indispensables.

Mais le plus grand accomplissement de Samuel Lévy réside, à mon sens, plus que dans la matérialité des résultats concrets, dans l'exemple qu'il a donné de ce que peut l'action d'une volonté persévérante et bien dirigée sur le sort des communautés. C'est à son rôle d'animateur, de propulseur d'idées, d'éveilleur d'aspirations, qui constitue son meilleur titre à la reconnaissance de la collectivité juive marocaine. Il a diffusé un esprit nouveau, brisé la paralysie morale du  milieu, allumé les espoirs, fortifié les courages. Son influence sur la jeunesse est manifeste. Et c'est ce qui compte fondamentalement et en dernière analyse, car cela représente, non pas des effets bornés au présent, mais leur prolongement dans l'avenir : c'est l'élan vers un progrès indéfini.

Mon ami Samuel porte légèrement et allègrement ses 78 ans. J'ai eu la joie de le constater lorsque, dernièrement, sans souci de son âge, il vint plaider à New-York la cause des œuvres qu'il dirige. Il garde sa flamme à la pesanteur des vies stagnantes et stériles. Son idéalisme lui donne des ailes.

Et maintenant, il peut contempler avec satisfaction et fierté, le déroulement fécond de ses années. La page blanche qui s'étalait devant lui en ces jours lointains de sa vie d'étudiant est partiellement remplie. Elle enregistre une histoire de travail, d'intelligence, d'abnégation mis au service de nos frères marocains. Peut-être est-ce l'histoire même dont, il y a soixante ans, Samuel Lévy rêva d'être le héros. La vie n'aura pas déçu ses imaginations d'adolescent.

Je salue, avec toute l'affection née de ma vieille et fidèle amitié, ce 78ème anniversaire; il sera, c'est mon vœu le plus fervent, suivi de beaucoup d'autres où sa présence parmi nous renouvellera la joie de nos cœurs.

Je suis heureux en même temps de lui transmettre l'hommage et les félicitations de Mme Tolédano, pour qui la personnalité de Samuel Lévy incarne un des aspects les plus nobles et les plus caractéristiques de l'âme juive.

Hommage envoyé de New-York à l'occasion de la manifestation organisée par la Communauté de Casablanca en   l'honneur deS.D.Levy le 21 janvier 1953

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