Les Juifs du Touats … et … C’était au Mali Par Bernard CH

Les Juifs du Touats … et … C’était au Mali
Par Bernard CHTOUAT
Après le massacre de 400 000 juifs par les romains en Cyrénaïque, les rescapés traversent le Sahara et s'installent dans les oasis … leur empire va durer près de 1 300 ans … aujourd'hui on peut retracer leur histoire
Dans le sud Saharien a existé pendant des centaines d'années un Empire juif, l'Empire Juif du Touat, un Empire sans empereur, ni vie civique, un Empire confectionné par plusieurs villes confédérées établies dans les grandes palmeraies.
Ces juifs, en quête de paix et de repos, après les massacres perpétués par les troupes romaines en Cyrénaïque se sont installés dans des Oasis, lieux de rencontre des caravaniers qui traversent le désert du Nord au sud, de l’est à l’Ouest, lieux privilégiés pour les Marchés, lieux où l’on échange, on vend, on achète, des lieux devenus prospères.
Ces hommes construisent des systèmes d’irrigation sophistiqués les Foggaras, ils creusent des puits. Des le second siècle, les juifs introduisent et domestiquent le dromadaire venu d’Orient, c’est une révolution.
L'ancien empire du GHANA, a été fondé par des hommes blancs (Tarikh es Soudane) vers l'an 300. Or, selon M. Delafosse, ces rois blancs auraient été des Juifs chassés par les persécutions romaines de Cyrénaïque, vers 118. et qui auraient transité par l’Empire du Touat.
Ils venaient en effet de l’Empire du Touat situé au sud du Sahara à la lisère du Mali, du Niger et du Sud de l’Algérie.
La Reine des [Touaregs] Tin-Hinan issue de tribus juives du sud marocain était très proche de cet Empire.
Petit à petit ils se sont mélangé aux autochtones, aux esclaves venus du Sud, Ils ont accueilli les voyageurs, les ont abrité, ont aussi accueilli les premiers musulmans au VIIIème siècle, surpris eux aussi de rencontrer dans un milieu si lointain, entre les fleuves Sénégal et Niger le peuple du Livre et la Torah. Deux géographes arabes en témoignent, il s’agit d’El Bakri et d’Al Idrissi.

Tin Hinan est le nom donné à l'ancêtre originelle des Touaregs nobles du Hoggar. Il s'agit d'une femme que l'on connait aujourd'hui à travers la tradition orale touarègue qui la décrit comme « une femme irrésistiblement belle, grande, au visage sans défaut, au teint lumineux, aux yeux immenses et ardents, au nez fin, l’ensemble évoquant à la fois la beauté et l’autorité ». Son nom veut dire en tamachek, « elle qui se déplace » ou « ou celle qui vient de loin »
Le récit de Eldad le Danite, fait état de leur présence, il rentre à Kairouan en 892 et évoque la présence de l’Empire Juif du Touat.
Les invités et réfugiés deviennent nombreux dans l’Empire et leur présence pressante fait que les juifs devenus minoritaires perdent le pouvoir au profit des musulmans, puis, des communautés entières de juifs sont massacrées, on parle de la destruction et de l’écrasement des juifs de Tamentit et de Gourara.
« Les Indigènes racontent encore aujourd'hui que les ksours de Tamentit furent créés par les Juifs l’année de l’éléphant. C’est ainsi que les Arabes désignent l’année au cours de laquelle eut lieu l’expédition qu’Abraha, prince éthiopien, entreprit contre la Mecque pour renverser la Kaaba ; Abraha montait un éléphant blanc.»
Puis ce fut la découverte de la pierre tombale gravée en hébreu en 1329, en hommage à Mona, fille de Amran par E.F. Gautier en 1903 à Ghormali
Une lettre datée de 1235, trouvée dans la Guenizah du Caire (Lettre d’Is’haq ben Ibrahim al Touaty) fait état de l'intense commerce caravanier qui transite par le Touat, entre Marrakech (safran, lingots d’argent et l’or africain …) et Fustat (Le Caire : perles, des foulards et des tapis d’Orient …
La Stèle de Mimoun ben Shmouel, ben Braham, ben Kouby gravée en hébreu en 1390, a été découverte à Tamentit, elle confirme l’existence, au XIV° siècle, de rabbins érudits et de spécialistes en lithographie.
On assiste à la fin de cet Empire en 1492 incroyable coïncidence avec le sort des juifs d’Espagne. Sous la menace, les juifs se convertissent en masse à l’Islam triomphant, d’autres juifs s’exilent vers le sud, jusqu’au Ghana.
Vers 1496, Mahmoud Kati signale la présence des "Banou Israël" près du lac Fati, dans la région de la boucle du Niger, et précisément à Tendirma, là, vivaient à la fin du XV° siècle des Juifs, qui s'étaient rendus célèbres par leurs techniques d’irrigation qui permettait la culture de fruits et de légumes en milieu hostile.
En 1500, à Gao, l'Askia Mohamed Touré, à la demande du Cheikh Abd el Krim El Meghili, appelé le bourreau des Juifs du Touat, fit arrêter tous les Juifs qui vivaient sur ce territoire; El Meghili voulait venger sur eux la mort de son fils " Comme toujours, on désigne les juifs comme comploteurs. Depuis les juifs de Gao se sont réfugiés dans la clandestinité.
– Valentim Fernandes, raconte à son retour au Portugal sa rencontre avec ces Juifs au XVI° siècle à Oualata,
– L’anglais Mungo Park, se rend vers 1795 à Tombouctou, puis à Sansanding ; il se trouve en présence de quelques juifs qui étaient vêtus et priaient " comme des Musulmans.
Vers 1865, le rabbin Mardochée Aby Serour longe le cours du fleuve Niger, et rencontre des personnes qui lui avouent " Nous sommes des Juifs et nos ancêtres étaient originaires de Tamentit." C'étaient les fameux Daggatoun. Or, ces gens vivaient parmi les Touaregs aouillimidens qui occupent tout le territoire situé au nord du fleuve, de Tombouctou entre l'Adrar et l'Aïr.
Henri Lhôte confirme certains renseignements donnés par Mardochée quand il a affirmé que les Touareg avaient razzié des Juifs du Touat, et en particulier des forgerons; ce qui peut expliquer, d'après lui, l'existence de patronymes tels les Ida Houssaq les fils d'Isaac, les Enaden…
Enfin,Théodore Monod a remarqué dans ses nombreux périples l’existence concordants du symbole de la Magen David (ou Sceau de Salomon) placé au-dessus d'une porte à Ouadane, celle d’une pierre gravée en hébreu à Ghormali.
Des ethnologues font état de la présence de Banou Israël littéralement, les Fils d'Israël à Tendirma, ces derniers ont visité les restes d’un cimetière juif., ils rencontrent des "Al Ihudi", des "Al Kuhin" probablement des Cohen
Seules les vieilles grand mères font état de la présence de juifs dans leurs ascendances, Cinq siècles ont passé, mais cette Mémoire est difficile à effacer.
Il est intéressant d’observer le retour qu’effectuent depuis quarante ans les ingénieurs et les coopérants israéliens dans ces pays, Israël est présent dans l’aide contre la désertification la recherche agronomique, le traitement de l’eau et l’optimisation des ressources. Ce retour n’est probablement pas du au hasard.
Des noms comme Touati, Touitou, Abani, Gourari, Tamesti, Ettouati, Chaouat, Zenati rappellent au sein de la communauté juive l’existence de cet Empire aujourd’hui disparu. On retrouve d'autres patronymes d'origine berbère : Aboukrat – Aflalo (de la tribu des Aït AFELLA) – Auday, Aouday (en berbère: « Juif ») – Azaguri, Zagouri (de Zagora, ville du Dra’) – Azancot (en berbère: « gazelle ») – Bahloul, de la tribu des BAHLOULA – Branes – Médioni (de la tribu des MEDIOUNA, Kahinou, Amran, Ichou, Mimoun etc..…
Et ce que la mémoire ne peut aussi effacer, un chant populaire d’Ahellil (hallelouia)en usage chez les Berbères zénètes du Gourara, qui évoque la destruction (en 587 av. JC ) du Temple de Salomon : il chante la gloire de Salamo (Salomon).
Bibliographie :
Eldad le Danite « Juifs en Afrique » 880 Kairouan El Bakri « Le Royame du Ghana et les Juifs en Afrique occidentale »Al Idrissi évoque, sur le «Territoire des Lamlam deux villes.. Mallal etDaw » 1160Mahmoud Kati Empire du GhanaValentim Fernandes Imprimeur à Lisbonne publie « Description de l’Afrique Occidentale ».Mungo Park « Voyage à l’intérieur de l’Afrique » 1795André Chouraqui « Les Juifs d’Afrique du Nord » PUF 1952Théodore Monod « Voyage dans le Désert » 1980Jacob Oliel « Géophysique au Sahara » « Les Juifs du Sahara » CNRS 1994Maurice Delafosse : Les civilisations négro-africaines Stock – Paris 1924
Discographie communiquée par M. Jacob Oliel: Ahellil vient de l’hébreu "hallélouïa" (glorification) Mouloud Mammeri, L’Ahellil du Gourara, 1985 et disque 3 C 064 – 18079 M (EMI-UNESCO collection)
Remerciements à Monsieur Jacob Oliel qui a fait un travail de recherche sans précédant sur l'histoire de cet Empire.
Pour ne pas effacer l’Histoire
Car comme pour la Tunisie … Rien de tout ce qui est écrit ci-dessus ne figure dans les livres d’Histoire ni dans les musées, aucune trace à l 'Unesco qui pourtant a fourni un très gros travail sur le Sud Sahara … Luttons contre tous les négationnismes !

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