?GUERRE DES SIX JOURS : LE MAROC A-T-IL FAIT PERDRE LES ARMÉES ARABES

Alors que l’UNESCO vient de voter une résolution controversée sur Jérusalem-Est, portée notamment par le Maroc, des révélations d’un ancien général des renseignements militaires israéliens sont venues semer le doute sur la position et le rôle exacts du royaume dans la Guerre des Six jours. Yigal Bin-Nun, historien spécialiste des relations israélo-marocaines, nous livre sa version des faits.

Yigal Bin-Nun, historien spécialiste des relations israélo-marocaines.

Yigal Bin-Nun, historien spécialiste des relations israélo-marocaines.

Dans un article publié dernièrement par Yediot Aharonot, le Général Shlomo Gazit, ancien directeur du département de la recherche des services de renseignement de l’armée israélienne, révéla qu’en septembre 1965, Meir Amit, chef du Mossad à l’époque, a réussi à recevoir les enregistrements des discours des chefs d’Etats arabes, réunis au Maroc à la Conférence de Casablanca (septembre 1965) présidée par Jamal Abdennasser (juin 1956 – septembre 1970). Ces enregistrements déchiffrés et traduits par son département révélaient l’enthousiasme des pays arabes à combattre leur voisin israélien. En Israël, ces enregistrements furent perçus comme une réussite exceptionnelle révélant l’état d’esprit belligérant de l’ennemi, qui obligeait le pays à se préparer à une guerre. Parallèlement, les renseignements israéliens savaient pertinemment que les armées arabes n’étaient pas encore équipées pour remporter une victoire.

Dans cet article, le nom de Hassan II n’a pas été prononcé. Ce n’est que quand il fut repris par la presse internationale que le nom de l’ancien roi du Maroc fut ajouté, comme si Hassan II avait lui-même remis les enregistrements aux Israéliens, ce qui n’a pas été dit par Gazit.

Selon mes recherches, basées entre autres sur les témoignages des agents du Mossad responsables des relations avec le Maroc à cette époque, voici l’éclairage que l’on peut donner sur cette affaire. De 1962 jusqu’en février 1967 à la veille de la Guerre des Six Jours, tous les services israéliens étaient persuadés que l’armée égyptienne de Nasser était trop embourbée dans sa guerre au Yémen pour ouvrir un nouveau front. Si une guerre allait quand même éclater, elle n’aurait pas lieu avant 1970. Même après le redéploiement de l’armée égyptienne au Sinaï, nul n’imaginait Nasser fermer le détroit de la mer Rouge.

Cette conférence n’était pas la première occasion de la venue de Nasser au Maroc. En effet, le 3 janvier 1961, le président égyptien avait participé à une précédente conférence de la Ligue Arabe à Casablanca qui provoqua une liesse au sein de la population de la ville. Cependant, il est important de rappeler que toute la classe dirigeante marocaine, le Palais surtout, mais aussi l’Istiqlal et l’UNFP, étaient loin d’être enthousiasmés par celui qui destituait les monarchies et haranguait les foules.

En outre, les discours diplomatiques lors de la conférence de 1965 n’avaient rien d’un mot d’ordre adressé à un Etat-major militaire interarabe en vue d’une attaque imminente. Ils ne pouvaient tout au plus qu’avertir d’une atmosphère de belligérance envers Israël et ne firent que provoquer quelques polémiques entre le Mossad et les unités de combats de Tsahal.

Je tiens à préciser que ces enregistrements de la Conférence interarabe à Casablanca n’avaient rien d’exceptionnel, pour la simple raison que les relations israélo-marocaines dans le domaine diplomatique, débutèrent déjà le 7 janvier 1963, et qu’elles étaient sans rapport avec « l’accord de compromis » pour l’émigration collective des Juifs du Maroc. C’est à cette date que par l’intermédiaire de l’officier de police français Emile Benhamou, le Colonel Oufkir rencontra Yaacov Karoz, le bras droit du chef du Mossad, à la rue Victor Hugo à Paris. Cette rencontre reçut sans aucun doute l’approbation préalable du roi Hassan II.

Ces rapports avec le Palais survenaient alors que des relations étroites avaient auparavant lié Mehdi Ben Barka et Israël. Relations qui prirent une mauvaise tournure lorsque l’exilé politique marocain a demandé des armes à Israël, lors de son entretien avec le numéro 2 du Mossad le 28 mars 1960. Commença alors une coopération fructueuse entre les délégués du Mossad à Rabat – surtout David Shomron – et les chefs des services de sécurité marocains, Mohammed Oufkir et Ahmed Dlimi. Ce dernier effectua un premier voyage en Israël à la mi-février 1963, pour des pourparlers entre les deux services. Par la suite, après l’aide fournie par Israël au Maroc dans le cadre de la Guerre des Sables au mois d’octobre de la même année, les relations maroco-israéliennes prirent une ampleur considérable. Elles s’étendirent à divers domaines : formation des services secrets, communication, entrainement militaire, coopération agricole et bien d’autres aspects.

A ma question de savoir si en contrepartie Israël recevait du Maroc des renseignements sur ses voisins arabes, les agents concernés m’ont précisé que c’était plutôt Israël qui fournissait des renseignements aux Marocains, surtout par rapport à tout ce qui concernait l’Egypte nassérienne. Ceci explique comment les services de sécurité d’Oufkir ont permis aux agents du Mossad en fonction au Maroc d’installer eux-mêmes du matériel d’écoute dans la salle de réunion de la Conférence de Casablanca de septembre 1965. Ainsi, les Israéliens pouvaient savoir en temps réel ce qui se disait dans les débats entre Etats arabes contre leur pays. Cet événement n’est qu’un exemple parmi tant d’autres dans les relations entre les services d’Oufkir et Israël, avec l’accord tacite de Hassan II. A relever que toutes ces tractations survinrent un mois à peine avant une certaine implication du Mossad dans l’enlèvement de Ben Barka à la demande de Dlimi.

Juste après le début des hostilités, le 7 juin 1967, Hassan II décida d’expédier en grande pompe trois bataillons des Forces Armées Royales pour « sauver » l’armée de Nasser. Les bataillons avaient à leur tête le commandant Bouazza Boulhimez, ancien gouverneur de Casablanca. Avec un groupe d’officiers, Boulhimez prit l’avion pour le Caire. Mais les Egyptiens ne voulaient point coopérer avec lui, il dût attendre en vain deux semaines sur place sans rien faire.

Entre temps, des centaines de soldats marocains empruntèrent la voie terrestre jusqu’au désert libyen, où ils campèrent jusqu’à ce qu’ils comprirent que les Egyptiens ne voulaient pas d’eux dans cette guerre. Apres la défaite éclair des armées arabes, les autorités marocaines voulurent rapatrier leurs troupes par voie terrestre. Mais le gouvernement algérien s’opposa fermement au passage de l’armée marocaine sur son territoire. Le Maroc dut envoyer un bateau à Tripoli pour évacuer ses soldats. Un deuxième contingent marocain arrivé plus tard en train jusqu’en Algérie se rendit compte que la guerre était déjà finie.

Lorsqu’ils voulurent faire demi-tour, les Algériens ne leur permirent de se rapatrier qu’après leur avoir confisqué leurs armes et tout leur équipement. Ces renseignements ont été fournis juste après la guerre par le colonel Boulhimez au conseiller de l’Ambassade de France, Debroise, qui les transmit à Walter Eytan, alors ambassadeur d’Israël à Paris, le 18 juin 1968. Le colonel Boulhimez trouva la mort lors de la tentative de coup d’Etat militaire du 10 juillet 1971 au palais d’été de Skhirat, imputée au lieutenant-colonel Mohamed Ababou et au général Medbouh.

* Conférence de Casablanca (septembre 1965) : du nom de l’hôtel Casablanca, actuel Hyatt Regency.

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