Samuel Daniel Lévy (1874-1971

Samuel David LevyRien n'est fait tant qu'il reste quelque chose à faire Samuel Daniel Lévy (1874-1971)

Dans ce recueil de témoignages, nous avons voulu permettre aux anciens de l'Alliance de témoigner de leurs expériences respectives. Nous nous sommes vite rendu compte que ces témoignages étaient tous empreints de nostalgie et d'admiration pour l'œuvre éducative de l'institution de l'Alliance. Les témoignages viennent d'originaires des grandes villes du Maroc tout comme Meknès, Mazagan, Marrakech, mais aussi des régions éloignées du bled marocain ainsi que de l'Irak et de l'Iran.

Peut-on envisager des souvenirs de classe sans leurs cancres et leurs farceurs ? Nous avons été chanceux de pouvoir mettre la main sur des notes personnelles de l'artiste et poète Isaac D. Knafo connu sous le nom de IDK, qui nous conte avec sagacité des scènes de classe dans sa ville de Mogador natale ainsi que son voyage à Paris à l'École Normale Israélite Orientale (ENIO), des souvenirs de son séjour dans cet établissement et son retour au Maroc.

Samuel D. Lévy a été incontestablement un leader qui a motivé toute une génération d'éducateurs et de dirigeants communautaires. Nous reproduisons des témoignages rapportés par les dirigeants communautaires de l'époque. Bien que certains de ces témoignages soient parfois redondants, nous avons jugé bon de les incorporer car ils traduisent un style et une forme de pensée propres aux dirigeants communautaires d'une autre ère et mettent mieux en évidence les dilemmes et les difficultés qu'ils ont dû confronter.

Dans une dernière partie, nous laissons la place à des réflexions sur l'œuvre de l'Alliance et sa philosophie ainsi que sur celle de certaines de ses grandes figures. Des critiques et éloges sont de mise, notamment du fait que l'œuvre de l'Alliance peut être évaluée aujourd'hui avec un certain recul.

Nos remerciements vont aux auteurs, à Asher Knafo qui nous a transmis les mémoires de son oncle IDK, à Clémence Lévy qui nous a transmis les témoignages sur son beau-père Samuel D. Lévy, à Charles Dadoun et à Morteza Danechrad qui ont bien voulu faire une seconde lecture des travaux soumis et à Martine Dahan du Centre communautaire juif pour la dactylographie de cet ouvrage.

 La vie de S. D. Lévy

Clémence Lévy

Il y a cent ans, naissait à Tétouan (Maroc) un homme dont beaucoup de juifs marocains habitant le Canada connaissent bien le nom : Samuel Daniel Lévy.

Son fils aîné, installé à Montréal, depuis un an a pu heureusement nous rapporter quelques documents précieux, concernant la vie de son père et c'est pour nous une grande joie de rendre hommage, dans ce journal qui est le porte-parole des juifs sépharades canadiens, à cei homme illustre que fut S. D. Lévy.

  1. D. Lévy fit ses études à Paris, à l'école Normale Israélite Orientale. C'est dans cette maison d'Auteuil, berceau des pionniers de l'Alliance, qu'il se prépara ii devenir une sorte d'ambassadeur de la civilisation de l'Occident au Maroc. En 1893, après avoir réussi brillamment à ses examens, S. D. Lévy est nomme- instituteur à Tunis. Il y exerce pendant un an, à Sousse pendant deux, à Tanger trois ans, et quatre à Casablanca.

En 1903, S. D. Lévy est nommé directeur puis inspecteur de la colonie Mauricio, dans la province de Buenos-Aires, en Argentine. Il y créa et fit fonctionner des écoles de la Jewish Colonization Association. Dans ces colonies agricoles fondées par le Baron de Hirsch, la J.C.A. installait des réfugiés russes. S. D. Lévy apporta dans cette nouvelle mission son esprit d'organisation et fit connaître et aimer l'Alliance Israélite Universelle.

De retour au Maroc, S. D. Lévy commence une carrière d'homme d'affaires, mais ce qui l'intéresse vraiment c'est l'action dans la communauté juive. Poussé par la devise de Guillaume le Conquérant : " Il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer ", S. D. Lévy attaque son labeur de bâtisseur. Déjà en 1900, il avait créé la première Association des Anciens Élèves de l'Alliance, mûs par le même souci visant à préserver le judaïsme. Il ne s'agissait pas seulement de soulager la misère, il fallait œuvrer pour la supprimer par l'Instruction qui donne plus de dignité, et surtout la possibilité de s'intégrer dans un monde de travail. Sauver l'enfance, l'instruire, lui permettre de s'émanciper sans qu'elle perde pour cela l'amour des traditions et de la loi juive, tel était l'objectif principal de S. D. Lévy. Pour la jeunesse, il créa aussi une bibliothèque, des cours du soir et une œuvre d'apprentissage.

  1. D. Lévy poursuivit ses efforts pendant quarante ans. Dans cette action, d'envergure, cet homme, à la volonté généreuse et opiniâtre, dont la vocation était de régénérer le judaïsme marocain, trouva dans l'ardente jeunesse qu'il avait formé des éléments qui l'aidèrent à créer ou à participer à la création d'un nombre étonnant d'œuvres sociales : la Maternelle, l'Aide Scolaire, le Centre Anti- Tuberculose, le Préventorium de Ben-Ahmed, l'Union des Association Juives de Casablanca, le Comité d'Études Juives, l'institution Maghen-David, l'École Normale Hébraïque, l'œuvre des Bourses Abraham Ribbi, la Fédération des Associations d'Anciens Élèves de l'Alliance Israélite pour le Maroc, Le Centre Social du Mellah, le Keren Kayameth Leisraël. Il a aussi participé au Congrès Juif Mondial d'où il revint avec deux grands projets : Celui de l'O.R.T. et celui de l'O.S.E.

Chez cet être d'élite d'une modestie exemplaire qui n'a jamais joué de rôle dans les organismes officiels du judaïsme, qui n'a jamais brigué les honneurs, il y a autre chose qu'un cœur généreux. C'est un activiste du judaïsme sur tous les plans, politique, philanthropique et éducatif. Il n'avait pas d'ambition pour lui, il en avait pour le judaïsme marocain qu'il voulait toujours plus fier, plus structuré, plus ferme et doté d'institutions neuves, dignes du grand passé de cette communauté. Une des grandes lignes de la mission de ce bâtisseur infatigable fut le retour aux traditions Maghen David qui devint le foyer par excellence de la langue hébraïque et des traditions juives. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l'École Normale Hébraïque prit la relève des foyers de la culture juive éteints en Europe. Des promotions successives de jeunes maîtres d'hébreu se sont répandues non seulement au Maroc, mais en Europe et en Amériquè. Le Canada, et Montréal en particulier, peuvent s'enorgueillir de plusieurs de ces instituteurs, flambeau de la tradition juive.

Pour la renaissance et la mise à l'honneur de la langue hébraïque, S. D. Lévy a fait au Maroc plus qu'aucun autre. Mais son nom est également lié à la liste de ceux qui oni combattu pour la reconstruction d'un Foyer National Juif. S. D. Lévy fut le Président actif et dévoué du Keren Kayemeth Leisraël pendant 35 ans. Son sionisme, il l'entreprit avec son énergie habituelle, mais non sans prudence et clairvoyance. À l'époque de l'indépendance du Maroc, il osa continuer son travail de pionnier, dans la clandestinité. Pour lui, toutes les occasions étaiern bonnes pour lancer des campagnes d'appel de fonds, et il habitua les familles à marquer des dates heureuses ou malheureuses par des dons destinés à faire planter des arbres en Israël. Son expérience de sioniste en fut une hardie, voire même risquée. S. D. Lévy est resté l'apôtre et le symbole du sionisme au Maroc.

Parallèlement à cette action sioniste, S. D. Lévy s'intéressait aux problèmes du judaïsme mondial. Invité à assister aux assises du Congrès Juif Mondial tenues à Adantic City en décembre 1944, S. D. Lévy par un rapport magistral devant le congrès, retint l'attention des délégués. Sa brillante personnalité s'imposa dès les premiers travaux et lui valut la vice-présidence de la Commission Politique. Il engagea des tractations avec diverses personnalités et le Maroc entra de plain-pied dans la zone d'influence de la générosité juive américaine. C'est ainsi que des organisations telles que le JOINT, L'O.S.E. et l'O.R.T. s'installèrent au Maroc, contribuant généreusement au redressement social du judaïsme marocain.

Le 20 février 1945, à Casablanca, devant une nombreuse assistance, S. D. Lévy rendait compte des résultats de sa mission à Atlantic City. Mais, entre les lignes de son exposé on sentait son amour ardent pour le sionisme. Après l'affreuse tragédie de la guerre et du nazisme, dit- il, " il est permis de croire qu'il ne se trouvera pas d'homme politique à courte vue pour proposer au problème juif mondial de demi-solutions et que la seule solution qui s'impose et qui fera sortir Israël de son enfer, c'est celle qui répond à la formule si étincelante de précision et de clarté que j'ai proclamée à la Tribune du Congrès : A.m Israël Béeretz Israël (Le peuple juif dans la terre d'Israël).

En juin 1967, la victoire de la guerre des Six jours remplit d'une joie exaltante le cœur de cet homme qui avait encore toute sa lucidité. Heureusement pour lui, quand le 16 avril 1970, il s'éteignit, la vision de Paix à laquelle il aspirait de toutes les fibres de son âme, semblait encore réalisable.

Nous ne terminerons pas cet article sans rappeler que la Communauté Israélite de Casablanca a tenu à rendre hommage à ce grand serviteur du judaïsme marocain en donnant son nom à l'une de ses institutions qui s'appelle depuis 1971 " Home de Vieillards S. D. Lévy ".

 4décembre 1974 

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